La Commission européenne veut obtenir davantage de gazole et de carburant aérien de ses raffineries. À Bruxelles, mercredi 28 octobre 2026, les commissaires Dan Jørgensen, chargé de l’énergie, et Andrius Kubilius, chargé de la défense, ont réuni les industriels du secteur pour examiner des moyens d’augmenter la production. Les propositions formulées lors de cette première rencontre doivent encore être évaluées.
L’enjeu dépasse les stations-service : les carburants raffinés alimentent le transport routier, l’aviation, les chaînes logistiques et les armées européennes. Dans sa déclaration à l’issue de la réunion, Dan Jørgensen a expliqué que les tensions sur le marché mondial du diesel pourraient se prolonger en 2027, en se référant aux analyses de l’Agence internationale de l’énergie.
Une capacité de raffinage européenne devenue stratégique
Selon la Commission européenne, les raffineries de l’Union produisent environ 70 % du carburant aérien et 85 % du gazole consommés en Europe. Leur production atteignait 543,7 millions de tonnes de produits pétroliers en 2024. L’Allemagne figurait alors au premier rang des producteurs, devant l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas.
Cette base industrielle s’est contractée : environ un quart des raffineries de l’Union ont fermé au cours des vingt dernières années, tandis que la capacité de raffinage a diminué d’environ 10 %, selon les chiffres présentés par Dan Jørgensen. Ces deux indicateurs décrivent respectivement le nombre de sites et leur capacité globale de production.
La Commission cherche désormais à mieux utiliser les installations existantes et à examiner les suggestions des industriels pour accroître les volumes disponibles. Aucun objectif chiffré de production supplémentaire ni calendrier de mise en œuvre n’a été annoncé à l’issue de cette première rencontre. Les discussions se poursuivront au niveau technique, avec un nouveau rendez-vous prévu au début de 2027.
Le gazole et le kérosène sous surveillance
La pression sur les approvisionnements est déjà documentée. Dans son point de situation du 22 octobre, établi après une réunion avec les États membres et l’Agence internationale de l’énergie, la Commission constatait des marchés du gazole et du carburant aérien tendus, mais aucune pénurie physique de ces produits en Europe à cette date.
Pour les automobilistes et les entreprises françaises, la question est celle de la disponibilité des carburants et de leurs coûts d’approvisionnement. Une augmentation de la production européenne pourrait contribuer à desserrer certaines contraintes, mais le prix payé à la pompe dépend également du pétrole brut, du raffinage, du transport, de la distribution et des taxes. La réunion de Bruxelles n’a débouché sur aucune baisse de prix annoncée.
Le commissaire à la défense a, de son côté, insisté sur la logistique militaire. Dans son intervention du 28 octobre, Andrius Kubilius a mis en avant quatre besoins : disposer de capacités de production suffisantes, conserver une industrie du raffinage compétitive, pouvoir acheminer les carburants en cas de crise et protéger les infrastructures critiques. Il a notamment évoqué l’étude d’une extension des capacités d’oléoducs d’Europe centrale pour mieux desservir le flanc oriental.
Préserver les raffineries tout en changeant les carburants
Bruxelles doit également résoudre une équation de long terme. La baisse attendue de la consommation de certains produits pétroliers, les coûts énergétiques et la concurrence internationale obligent les raffineurs à adapter leurs installations. La Commission entend élaborer avec le secteur une feuille de route commune qui associe sécurité d’approvisionnement et transition énergétique.
Les biocarburants durables et les carburants synthétiques figurent parmi les pistes examinées. Leur développement nécessitera des investissements et des choix industriels distincts des mesures envisagées pour augmenter rapidement les volumes de gazole et de kérosène. Le compte rendu du média européen Eunews souligne cette double priorité : répondre à la tension actuelle sur les carburants et préparer la transformation des raffineries.
La prochaine étape sera l’examen technique des propositions remises par l’industrie. Pour la France comme pour ses partenaires européens, la capacité à produire, transporter et sécuriser les carburants restera un élément central de la politique énergétique et de la préparation aux crises.






