Sizewell C : un rapport britannique alerte sur le partage des risques du futur EPR

Une commission parlementaire britannique juge trop déséquilibré le financement de Sizewell C, dont les coûts de construction sont estimés entre 40,5 et 47,7 milliards de livres. L’alerte concerne aussi la filière nucléaire française : EDF détient 12,5 % du projet et plusieurs industriels français participent à sa réalisation.

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Sizewell C : un rapport britannique alerte sur le partage des risques du futur EPR © L'EnerGeek

Le financement de la future centrale nucléaire britannique Sizewell C fait l’objet d’une mise en garde sévère de la commission des comptes publics de la Chambre des communes. Dans un rapport publié le 28 octobre 2026, les députés estiment que les contribuables et les consommateurs britanniques supportent une part excessive des risques financiers, alors que les investisseurs privés conservent la perspective de rendements élevés.

Le dossier dépasse le Royaume-Uni. EDF possède 12,5 % du capital de Sizewell C et la construction des deux réacteurs EPR mobilise plusieurs entreprises de la filière française. Le rapport porte sur les conditions financières propres au projet britannique, mais ses interrogations sur le coût des grands chantiers nucléaires intéressent également les industriels et les décideurs français.

Des coûts estimés entre 40,5 et 47,7 milliards de livres

Sizewell C doit être construit dans le Suffolk, sur la côte est de l’Angleterre. La centrale comprend deux réacteurs de technologie EPR et doit fournir, une fois en service, l’équivalent de la consommation électrique de six millions de foyers britanniques. Selon la commission, les coûts de construction envisagés se situent entre 40,5 et 47,7 milliards de livres, avec une fin de chantier attendue entre 2039 et 2043.

Le point le plus sensible concerne le partage d’un éventuel dépassement de coûts. Dans le scénario où la dépense atteindrait la borne haute de 47,7 milliards de livres, les calculs présentés par la commission font apparaître jusqu’à 9,8 milliards de livres de charges supplémentaires pour les consommateurs pendant la construction, puis 12 milliards sur les soixante années d’exploitation. Les investisseurs privés, eux, ne seraient tenus d’apporter que 30 millions de livres supplémentaires en numéraire. Il s’agit d’une simulation conditionnelle, et non d’un dépassement déjà constaté.

Les parlementaires s’interrogent aussi sur des rendements annuels attendus supérieurs à 10 % pour les investisseurs dans ce scénario. Ils demandent au gouvernement de mieux expliquer comment les incitations financières encouragent la maîtrise du calendrier et du budget. La commission des comptes publics réclame notamment des informations détaillées sur les scénarios de coûts dans les trois mois et un suivi public semestriel du chantier.

Pourquoi EDF et la filière française sont concernés

Le montage financier de Sizewell C associe l’État britannique, actionnaire à 44,9 %, EDF à 12,5 %, le fonds québécois La Caisse à 20 %, Centrica à 15 % et Amber Infrastructure à 7,6 %. EDF a confirmé en novembre 2025 la finalisation du financement, avec un investissement maximal prévu de 1,1 milliard de livres sur la période de construction.

Le groupe français intervient également comme fournisseur industriel. Ses entités EDF/Edvance, Framatome et Arabelle Solutions sont engagées sur les études, les équipements du circuit primaire, le contrôle-commande de sûreté et le groupe turbo-alternateur. EDF avait indiqué que le projet devait faire travailler environ quarante fournisseurs français et permettre de capitaliser sur l’expérience d’Hinkley Point C au bénéfice du programme EPR2 en France.

Le financement comprend aussi cinq milliards de livres de crédit-export garantis par Bpifrance Assurance Export. Cette garantie est un engagement financier distinct de la participation d’EDF au capital. Le rapport britannique examine principalement l’exposition des contribuables et des consommateurs du Royaume-Uni ; les sommes qu’il chiffre ne correspondent pas à des charges sur les factures d’électricité françaises.

Un débat sur le financement des grands projets nucléaires

Pour réduire les risques de construction, les responsables de Sizewell C misent sur la reproduction d’une large partie de la conception d’Hinkley Point C. Les députés reconnaissent l’intérêt de cette continuité industrielle, mais soulignent les retards et surcoûts rencontrés sur les précédents projets utilisant cette technologie. Ils critiquent également un dispositif dans lequel l’État britannique fournit l’essentiel de la dette et supporte des garanties importantes, tout en détenant moins de la moitié du capital.

Le gouvernement britannique défend de son côté le projet. Dans une réaction rapportée par The Guardian, il estime que les contrats encouragent les investisseurs à achever les travaux rapidement et au meilleur coût. Il avance également une économie potentielle de deux milliards de livres par an pour le système électrique une fois la centrale opérationnelle. Ces économies restent des projections.

La question soulevée par Westminster est donc autant industrielle que financière : qui assume les risques lorsque le coût d’un réacteur augmente, et quelle contrepartie obtient le public qui contribue à son financement ? Pour la filière française, engagée à la fois dans Sizewell C et dans la préparation de nouveaux EPR2, le suivi des coûts, des délais et des retours d’expérience britanniques sera particulièrement instructif.

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