Gaz : l’ACER chiffre à 18 à 33 milliards d’euros le surcoût des importations européennes

Dans un rapport publié le 27 octobre, le régulateur européen de l’énergie évalue le coût supplémentaire des importations de gaz provoqué par les tensions au Moyen-Orient. Les stocks européens n’étaient remplis qu’à 75 % au 21 octobre, tandis que la dépendance au GNL américain augmente.

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Gaz : l’ACER chiffre à 18 à 33 milliards d’euros le surcoût des importations européennes © L'EnerGeek

Le conflit au Moyen-Orient a renchéri la facture gazière européenne de 18 à 33 milliards d’euros pour un même volume importé, selon un rapport publié le 27 octobre 2026 par l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER). Ce diagnostic intervient alors que les réserves de gaz de l’Union européenne restent moins remplies qu’à l’approche des hivers précédents et que la concurrence internationale pour le gaz naturel liquéfié (GNL) demeure vive.

Un surcoût chiffré, au-delà de la seule hausse des cours

Dans son rapport de surveillance des marchés gaziers de l’été 2026, l’ACER évalue à 18 à 33 milliards d’euros le supplément payé par l’Europe pour importer une quantité identique de gaz. L’intervalle dépend de la référence retenue sur le marché néerlandais TTF : prix au jour le jour ou prix mensuels. Il s’agit donc d’une estimation de surcoût d’approvisionnement, et non d’une somme directement facturée aux ménages.

Les perturbations des exportations du Golfe ont accentué la concurrence entre acheteurs européens et asiatiques. Selon le régulateur, les prix au comptant sur les places gazières européennes se sont rapprochés de 90 euros par mégawattheure à la mi-octobre. Le coût moyen du gaz injecté dans les stockages au cours de la saison figure parmi les deux plus élevés de la dernière décennie.

Des réserves européennes remplies à 75 % au 21 octobre

L’ACER indique que les installations de stockage souterrain de l’Union étaient remplies à 75 % au 21 octobre 2026, un niveau inférieur à la moyenne des neuf dernières années. Elles n’étaient remplies qu’à 28 % à la sortie de l’hiver 2025-2026, contre 34 % un an auparavant. La reconstitution des stocks a été freinée par des prix élevés et des incitations commerciales défavorables aux injections estivales.

Ces pourcentages sont des moyennes européennes : ils ne décrivent pas le taux de remplissage propre à la France. Les réserves constituent par ailleurs une composante de l’approvisionnement, aux côtés des importations par gazoduc et des arrivées de GNL. L’ACER souligne que la consommation européenne de gaz a diminué d’environ 20 % depuis la crise de 2022, ce qui contribue à amortir les tensions sur les volumes disponibles.

Le gaz américain prend davantage de place

La recomposition des flux est nette. D’après les données présentées par l’ACER le 27 octobre, le GNL américain représente désormais environ 30 % de l’approvisionnement total en gaz de l’Union, contre environ 11 % pour l’ensemble du gaz russe. Les importations européennes totales de GNL ont diminué de 14 % durant l’été, et aucun volume significatif de GNL qatari n’a atteint l’Union pendant cette période.

Les perturbations se prolongent : selon Reuters, le 27 octobre, QatarEnergy a étendu jusqu’à fin décembre la suspension de certaines livraisons, notamment à l’énergéticien italien Edison. Ce développement concerne directement l’Italie, mais les marchés gaziers européens étant interconnectés, les tensions d’approvisionnement peuvent également se transmettre aux prix de gros dans d’autres pays, dont la France.

La chaleur estivale a aussi accru les besoins des centrales à gaz

Le rapport met en lumière une autre fragilité du système énergétique. Les vagues de chaleur, les faibles débits des cours d’eau et les sécheresses ont limité certaines productions hydroélectriques et nucléaires en Europe. En réponse, la production d’électricité à partir du gaz a progressé de près de 9 % sur l’ensemble de l’été gazier, et de 20 % en août par rapport aux mêmes périodes de 2025.

Cette interaction entre météo, production électrique et marché gazier est importante pour comprendre pourquoi une tension sur le gaz peut également peser sur les prix de gros de l’électricité. Le développement du solaire a contribué à couvrir une partie de la demande, mais n’a pas entièrement compensé le recul des autres moyens de production durant les épisodes les plus contraignants.

Un hiver sous surveillance, avec une échéance supplémentaire en janvier

Pour l’hiver 2026-2027, l’ACER identifie deux variables majeures : la rigueur des températures et la disponibilité des cargaisons de GNL sur un marché mondial concurrentiel. Le régulateur mentionne aussi la sortie progressive du GNL russe à partir de janvier 2027 comme facteur susceptible d’accroître le besoin d’autres fournisseurs, notamment américains.

Pour les consommateurs français, la principale conséquence à surveiller reste l’évolution des coûts d’approvisionnement des fournisseurs et leur transmission éventuelle aux contrats, selon les formules tarifaires et les dates de révision. Le rapport européen ne fournit ni prévision chiffrée de hausse des factures françaises ni scénario de pénurie nationale. Il documente en revanche le coût déjà supporté par le marché européen et les facteurs qui détermineront sa résistance pendant l’hiver.

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