Novembre 2026 : hausse du gaz de 6,6%, nouveau modèle des heures creuses

En novembre 2026, le prix repère du gaz grimpe de 6,6% pour atteindre 194,90 euros le MWh selon la CRE, impactant 11 millions de foyers. Simultanément, 9,3 millions d’abonnés électriques basculent vers de nouvelles plages horaires creuses (23h-7h + 2h en journée), tandis que l’État libère 10 millions de barils de gazole des stocks stratégiques pour réduire les prix à la pompe de 12 à 18 centimes par litre.

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Novembre 2026 : hausse du gaz de 6,6%, nouveau modèle des heures creuses
Novembre 2026 : hausse du gaz de 6,6%, nouveau modèle des heures creuses © L'EnerGeek

Novembre 2026 redistribue les cartes du marché énergétique français. Le prix repère du gaz bondit de 6,6%, passant de 182,88 à 194,90 euros le mégawattheure (MWh) TTC selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Parallèlement, 9,3 millions de foyers basculent vers un nouveau calendrier d’heures creuses, tandis que l’État libère 1,6 million de mètres cubes de gazole des stocks stratégiques pour contenir la flambée à la pompe. Décryptage des mécanismes qui reconfigurent vos factures.

La hausse du gaz expliquée : du prix repère CRE à votre facture

De 182,88 à 194,90 euros le MWh : anatomie d’une augmentation de 6,6%

Le tarif repère fixé par la CRE constitue la référence pour les offres indexées proposées par les fournisseurs alternatifs. Concrètement, un ménage chauffé au gaz verra sa mensualité augmenter de 12 euros en moyenne. L’augmentation touche directement les 11 millions de foyers raccordés au réseau gazier, dont 40% utilisent encore des contrats indexés sur ce prix repère.

La CRE calcule ce tarif en agrégeant plusieurs composantes : coûts d’approvisionnement sur les marchés de gros européens, frais d’acheminement via les réseaux de transport (GRTgaz, Teréga), taxes et contributions. L’organisme publie mensuellement ce prix pour garantir la transparence du marché libéralisé depuis 2007. Contrairement au tarif réglementé de vente (TRV) disparu en 2023, le prix repère n’engage aucune obligation tarifaire mais sert d’indice de référence contractuel.

Les facteurs derrière la hausse : marchés spot, contrats futurs, saisonnalité

Trois dynamiques convergent pour expliquer la tension sur les prix. Premièrement, les cotations sur le marché spot néerlandais TTF (Title Transfer Facility), principale plateforme d’échange européenne, affichent une remontée de 18% depuis septembre. Deuxièmement, les contrats à terme pour livraison hivernale intègrent une prime de risque liée aux capacités de stockage souterrain, remplies à 92% au 1er octobre contre 97% l’année précédente.

Troisièmement, la saisonnalité joue pleinement : novembre marque l’entrée dans la période de pointe où la consommation domestique double par rapport à l’été. Les fournisseurs répercutent mécaniquement ces tensions d’approvisionnement sur leurs grilles tarifaires. À titre comparatif, le prix repère avait progressé de 4,2% en novembre 2025, ce qui place l’augmentation 2026 dans une trajectoire plus marquée.

Électricité : 9,3 millions de foyers basculés vers un nouveau calendrier

Heures creuses élargies (23h-7h + 2h en journée) : logique tarifaire et impact réseau

Du 1er novembre au 31 mars, 9,3 millions de foyers supplémentaires adoptent un nouveau découpage horaire : six heures creuses nocturnes consécutives entre 23h et 7h, complétées par deux heures en milieu de journée. Enedis, gestionnaire du réseau de distribution, pilote ce basculement pour lisser la courbe de charge hivernale et éviter les pics de consommation entre 18h et 20h.

La modification tarifaire repose sur un arbitrage économique simple : inciter les usagers à décaler leurs consommations électro-intensives (chauffe-eau, lave-linge, recharge de véhicules électriques) vers les plages où la production coûte moins cher. En hiver, la production hydraulique et nucléaire de base suffit rarement à couvrir la demande de pointe, obligeant à activer des centrales thermiques ou à importer de l’électricité à prix élevé. Le nouveau calendrier vise à réduire ces appels de puissance coûteux de 8%.

Qui bénéficie vraiment ? Analyse par profil de consommation

L’avantage financier varie considérablement selon les usages. Un foyer équipé d’un ballon d’eau chaude de 200 litres programmé sur les heures creuses économise environ 15 euros par mois, soit 90 euros sur la période. En revanche, un ménage sans équipement programmable ou travaillant en horaires décalés ne tire aucun bénéfice de cette grille tarifaire, tout en payant un abonnement 10% plus cher que l’option base.

Les propriétaires de véhicules électriques constituent les grands gagnants : recharger une batterie de 50 kWh coûte 6,20 euros en heures creuses contre 9,80 euros en heures pleines, soit une économie de 3,60 euros par recharge. Sur une année, avec deux recharges hebdomadaires, l’économie atteint 374 euros. Paradoxalement, les ménages précaires en logements mal isolés, qui consomment massivement en soirée pour compenser les déperditions thermiques, subissent la double peine : hausse du gaz et tarification électrique défavorable.

Les stocks stratégiques : libération de 10 millions de barils pour maîtriser le gazole

SAGESS, décret n°2026-981 : comment fonctionnent les réserves pétrolières

Le décret n°2026-981 publié le 23 octobre autorise la Société anonyme de gestion de stocks de sécurité (SAGESS) à céder 1,6 million de mètres cubes de gazole, soit environ 10 millions de barils, entre le 1er novembre et le 31 janvier 2027. La SAGESS gère les réserves stratégiques pétrolières françaises, constituées pour faire face aux ruptures d’approvisionnement conformément aux obligations de l’Agence internationale de l’énergie (90 jours de consommation).

Le texte réglementaire impose aux distributeurs une obligation de répercussion intégrale : « Les distributeurs doivent répercuter intégralement l’écart à la pompe et en informer le client avant la vente », précise l’article 3 du décret. La baisse attendue oscille entre 12 et 18 centimes par litre selon les zones géographiques et les stratégies commerciales des enseignes. Pour un automobiliste parcourant 15 000 kilomètres annuels avec un véhicule consommant 6 litres aux 100 kilomètres, l’économie mensuelle atteint entre 14,40 et 21,60 euros.

Le mécanisme de libération repose sur des appels d’offres mensuels où les opérateurs pétroliers rachètent les volumes stockés à prix régulé, inférieur au cours international. La SAGESS reconstitue ensuite progressivement ses réserves lorsque les cours baissent, évitant ainsi une pression permanente sur les finances publiques. À noter : la CRE fixe deux échéances pour les projets de 2030-2031, illustrant la planification énergétique de long terme qui contraste avec ces interventions conjoncturelles sur les stocks.

Au-delà de l’effet prix, la mesure interroge la soutenabilité des interventions publiques sur les marchés énergétiques. Les stocks stratégiques, conçus pour les crises géopolitiques majeures, deviennent un instrument de régulation conjoncturelle du pouvoir d’achat. La reconstitution ultérieure risque de coïncider avec des cours élevés, générant un coût budgétaire différé. Parallèlement, les exploitants ont jusqu’au 9 novembre pour préparer l’enchère de capacité 2030-2031, rappelant que la sécurité d’approvisionnement électrique repose aussi sur des mécanismes de marché structurels.

Novembre 2026 cristallise la tension entre urgence sociale (contenir l’inflation énergétique) et équilibres de marché (prix reflétant les coûts réels). La hausse du gaz de 6,6%, partiellement compensée par la baisse du gazole pour les automobilistes, dessine un paysage énergétique fragmenté où chaque ménage subit ou bénéficie des arbitrages selon son profil de consommation. Reste à savoir si le gouvernement prolongera la libération des stocks au-delà du 31 janvier, ou si février marquera un retour brutal aux cours de marché.

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