La sécheresse de l’été 2026 a aggravé les tensions sur les ressources en eau dans les Outre-mer, particulièrement aux Antilles et à La Réunion. Les préfectures ont placé plusieurs territoires en alerte sécheresse et limité certains usages. La collecte des eaux de pluie et la réutilisation des eaux usées permettent de réduire les prélèvements et de répondre à cette pression. Dans l’industrie, l’agriculture et les services, plusieurs entreprises ultramarines ont déjà installé ces dispositifs ou prévoient de s’en équiper. Le Groupe Bernard Hayot (GBH) en fournit un exemple.
Durant l’été 2026, les épisodes de sécheresse se sont multipliés dans les Outre-mer, accentuant les tensions sur les ressources en eau, essentiellement aux Antilles et à La Réunion. La Guyane a été relativement épargnée. À Mayotte, les difficultés structurelles d’accès à l’eau, aggravées par le cyclone Chido, persistent. Les restrictions d’usage s’y poursuivent dans un contexte distinct de celui des sécheresses observées ailleurs.
Le code de l’environnement fixe quatre niveaux d’urgence hydrique : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise. Les restrictions décidées par les préfectures peuvent varier d’un territoire à l’autre. En période d’alerte, les particuliers ne peuvent généralement plus laver leur véhicule à domicile, remplir leur piscine ou arroser leur pelouse. L’arrosage des potagers peut être limité aux heures du soir ou de la nuit.
Guadeloupe, Martinique et La Réunion confrontées au déficit de précipitations
En Guadeloupe, la faible pluviométrie a entraîné une baisse des niveaux des nappes phréatiques, particulièrement marquée dans l’est de l’archipel. Dès avril, la préfecture a placé Grande-Terre et La Désirade en alerte sécheresse, un niveau maintenu tout l’été. Basse-Terre, Les Saintes et Marie-Galante, également concernées, n’ont pas dépassé le niveau de vigilance.
En Martinique, la saison des pluies n’a pas suffi à reconstituer les réserves en eau. En juin 2026, les précipitations n’ont atteint que 20 à 60 % des normales saisonnières selon les secteurs. Dès mai, l’île a été placée au niveau d’alerte, qu’elle a conservé pendant la majeure partie de l’été. La préfecture a dû restreindre certains prélèvements agricoles et instaurer des tours d’eau.
À La Réunion, notamment dans l’est de l’île, le déficit hydrique a provoqué des tensions particulièrement fortes. Après plusieurs saisons des pluies déficitaires, le manque de précipitations s’est poursuivi en 2026. Les niveaux de plusieurs nappes phréatiques et cours d’eau étaient préoccupants. Tout l’été, l’ensemble de l’île est restée au moins en vigilance, tandis que la plupart des communes ont connu des périodes d’alerte. À Saint-Benoît, Saint-Philippe et Saint-André, l’alerte renforcée a été maintenue pendant la majorité de la saison. Fin août 2026, la préfecture a même instauré des coupures d’eau nocturnes à Saint-Philippe.
« Zéro consommation et zéro rejet »
Face à ces tensions et ces restrictions, l’utilisation circulaire de la ressource hydrique – collecte des eaux de pluie et réutilisation des eaux usées traitées – est un atout pour limiter les prélèvements. Dans les territoires ultramarins, ces solutions sont déjà utilisées dans certaines exploitations agricoles et dans des bâtiments publics récents. Plusieurs entreprises ultramarines ont, elles aussi, équipé leurs sites de systèmes de collecte ou de réutilisation de l’eau.
Présent dans les cinq DOM, GBH offre un cas d’étude intéressant sur la manière dont un groupe ultramarin peut intégrer la gestion de l’eau à plusieurs de ses activités. Dans ses activités automobiles, le groupe a notamment déployé des stations de lavage présentées comme fonctionnant en « zéro consommation et zéro rejet ». Elles collectent les eaux pluviales et récupèrent les eaux issues du lavage. Après traitement, ces dernières sont réutilisées pour les cycles suivants, permettant aux stations de fonctionner en circuit fermé.
Agriculture, industrie, commerce : GBH multiplie les dispositifs de récupération de l’eau
Dans ses plantations de bananes, GBH a généralisé la collecte des eaux de pluie pour limiter les prélèvements destinés à l’irrigation. Le groupe récupère également l’eau dans ses activités industrielles, notamment au sein de SAPEB, sa filiale martiniquaise spécialisée dans le béton. Des bassins de décantation recueillent ces eaux de procédé, qui sont ensuite réutilisées pour fabriquer le béton et nettoyer les zones de production.
En Martinique, les magasins Bamitel, Gamm’Vert et Mr Bricolage collectent les eaux de pluie pour arroser les espaces verts, laver les sols et alimenter les chasses d’eau. La question de l’eau se retrouve également dans les actions philanthropiques du groupe. Après le cyclone Chido, GBH a créé à Mayotte un fonds de 2 millions d’euros pour financer des systèmes de collecte des eaux de pluie destinés à l’irrigation. En avril 2026, 80 exploitations agricoles avaient déjà bénéficié de ce dispositif.
Blanchisseries, distilleries, hôtels : des solutions déjà en service
D’autres entreprises ultramarines ont adopté des dispositifs similaires. Au Lamentin, en Martinique, la blanchisserie industrielle Flovert recycle depuis plusieurs années 80 % de ses eaux de nettoyage. En Martinique, les distilleries de rhum Saint-James, Depaz et J.M. récupèrent les eaux de production, les traitent puis les réutilisent. Certains établissements touristiques ont prévu la collecte des eaux de pluie dès leur conception, comme l’hôtel Akoya à La Réunion et les Gîtes Couleur Vanille en Guadeloupe.
Au-delà des installations déjà en service, de nombreuses entreprises préparent de nouveaux projets. En août 2026, Le Jardin de Thalie, un complexe hôtelier réunionnais, a ainsi engagé les démarches pour installer un système de réutilisation des eaux usées traitées. En Martinique, l’embouteilleur SNEMBG et le transporteur routier SOTRANSAL vont installer des systèmes de récupération des eaux de pluie.






