Au 2 septembre 2026, la France a rempli 71,3% de ses capacités de stockage de gaz, progressant vers son objectif de 85% avant l’hiver. Cependant, cette avancée cache une dépendance croissante aux flux mondiaux de gaz naturel liquéfié, particulièrement instables. Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a déclaré sur RMC que les chiffres sont « relativement rassurants », tout en soulignant la vulnérabilité de la France face aux fluctuations géopolitiques.
État des lieux : 71,3% de remplissage, mais vers quel objectif ?
Entre le 1er août et le 2 septembre 2026, le taux de remplissage des installations de stockage souterrain en France a progressé de 59% à 71,3%, soit une augmentation de 12,3 points. Cette accélération résulte de l’utilisation des quatre terminaux méthaniers du pays (Dunkerque, Montoir-de-Bretagne, Fos-sur-Mer et Le Havre), qui reçoivent des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) provenant notamment des États-Unis, du Qatar et d’Australie. Cette dynamique laisse espérer atteindre l’objectif de 85% avant l’hiver, à condition de maintenir l’approvisionnement.
Atteindre un remplissage de 85% est techniquement possible, mais dépend de la disponibilité des cargaisons sur le marché mondial. Emmanuelle Wargon rappelle : « On est complètement dépendant des marchés internationaux. Et c’est vrai qu’avec tout ce qui se passe, la guerre en Iran, forcément, ça fait monter les prix du gaz. » La France importe 95% de sa consommation, principalement de Norvège par gazoduc et d’Algérie, complétée par le GNL. Selon le régulateur de l’énergie, l’approvisionnement physique semble assuré, mais la volatilité des prix suscite plus d’inquiétudes que le risque de pénurie.
La chaîne d’approvisionnement sous tension
Les terminaux méthaniers, points d’entrée du GNL en France, sont cruciaux. Dunkerque, ouvert en 2016, complète Montoir-de-Bretagne (1980) et Fos-sur-Mer (2010), ainsi que le terminal flottant du Havre depuis 2023. Ces sites peuvent recevoir environ 30 milliards de mètres cubes par an, couvrant près de 70% de la consommation nationale. Leur efficacité dépend cependant de la fluidité des routes maritimes et de la concurrence mondiale pour sécuriser les cargaisons.
Les tensions entre l’Iran et les États-Unis, exacerbées en septembre 2026, ont poussé les prix européens du gaz à des sommets inédits depuis janvier 2023. Le TTF néerlandais, indice de référence, variait entre 73,85 et 75,33 euros par mégawattheure le 2 septembre, d’après les données de marché publiées par BFM TV. Le détroit d’Ormuz, par où transite 20% du GNL mondial, est un point sensible : une fermeture prolongée perturberait toute la chaîne logistique, alimentant ainsi l’instabilité du marché malgré des stocks européens généralement bien remplis.
L’Europe rivalise avec l’Asie pour obtenir des cargaisons de GNL. La Chine, le Japon et la Corée du Sud enchérissent sur les cargaisons spot, augmentant les prix. La flexibilité des méthaniers permet aux vendeurs de rediriger leurs livraisons vers les acheteurs les plus offrants, rendant les flux vers l’Europe moins prévisibles. La France bénéficie de contrats à long terme avec l’Algérie via le gazoduc Medgaz et de relations solides avec la Norvège, mais reste vulnérable aux fluctuations du marché pour couvrir ses besoins hivernaux.
L’interdiction du GNL russe en janvier 2027 : rupture majeure
L’Union européenne interdira l’importation de GNL russe à partir du 1er janvier 2027. Bien que la France n’en importe pas directement beaucoup, cette décision réduira l’offre sur le marché européen, exerçant une pression haussière durable sur les prix. Thierry Bros, expert en énergie, prévoit une hausse supplémentaire de 10% des tarifs au premier trimestre 2027, après une augmentation de 5,6% au 1er septembre 2026, portant le prix de référence à 172,05 euros TTC par mégawattheure. Cette hausse touchera les 6 millions de foyers français aux offres indexées, soit 60% des clients résidentiels.
Scénarios d’approvisionnement pour l’hiver 2026-2027
Trois scénarios se dessinent pour l’hiver prochain. Le scénario optimiste prévoit une météo clémente et une stabilisation géopolitique au Moyen-Orient, permettant de maintenir les stocks au-dessus de 50% en fin d’hiver. Le scénario médian envisage un hiver normal avec des tensions modérées, entraînant une baisse des réserves à 30-40% en mars 2027, nécessitant une reconstitution rapide au printemps. Le scénario pessimiste combine une vague de froid prolongée et un blocage du détroit d’Ormuz, épuisant les stocks sous 20% et déclenchant des mécanismes d’urgence, comme l’interruption des livraisons industrielles observée lors des tensions pétrolières.
Emmanuelle Wargon se veut rassurante : « On est assez confiants sur le fait qu’on aura du gaz. » Toutefois, elle insiste sur la nécessité de rester vigilant face aux évolutions géopolitiques. La transition vers des sources décarbonées, telle que l’électrification accélérée du parc automobile français, réduira progressivement la dépendance au gaz fossile, bien que ce processus prenne encore plusieurs années. D’ici là, la France devra concilier sécurité d’approvisionnement et maîtrise des coûts énergétiques dans un contexte mondial incertain et volatil.






