La Suisse a posé des panneaux solaires entre les rails : un an après, les résultats sont si bons que la SNCF a envoyé ses ingénieurs sur place

11 000 trains sont passés dessus, zéro incident. Ces panneaux solaires posés entre les rails suisses intriguent déjà la SNCF, l’Italie et la Corée du Sud. Leur secret ? Il tient en une dizaine de minutes chrono.

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La Suisse a posé des panneaux solaires entre les rails : un an après, les résultats sont si bons que la SNCF a envoyé ses ingénieurs sur place
La Suisse a posé des panneaux solaires entre les rails : un an après, les résultats sont si bons que la SNCF a envoyé ses ingénieurs sur place © L'EnerGeek

En avril 2025, la start-up suisse Sun-Ways a posé des panneaux photovoltaïques sur 100 mètres de voie ferrée près du village de Buttes, dans le canton de Neuchâtel. Un an plus tard, cette première mondiale, une centrale solaire installée directement entre les rails, est validée comme un succès et attire l’attention de la France, de l’Italie et de plusieurs pays d’Asie.

Les modules, posés sur les traverses entre les rails, sont amovibles. Un élément de trois panneaux, long de six mètres, peut être détaché et déconnecté du réseau en une dizaine de minutes, selon Joseph Scuderi, fondateur de Sun-Ways. Cette rapidité permet de dégager la voie pour remplacer une traverse ou souder un rail sans démonter toute l’installation.

Plus de 11 000 trains ont circulé au-dessus de ces panneaux depuis leur mise en service, sans le moindre incident. Le site a produit plus de 16 000 kilowattheures, l’équivalent de la consommation annuelle de trois ou quatre foyers.

Le courant est directement injecté dans le réseau électrique local. « Nous avons atteint nos objectifs, tant en matière de sécurité ferroviaire que de production électrique », a résumé Scuderi dans un entretien à Swissinfo.

Deux craintes initiales se sont dissipées. Scuderi envisageait de nettoyer les panneaux avec une brosse fixée à l’arrière des convois ; il a découvert que le passage des trains, qui roulent jusqu’à 90 km/h sur ce tronçon, suffit à balayer la poussière par simple effet d’air. Quant à l’éblouissement redouté pour les conducteurs, TransN, l’opérateur public de la ligne, n’a reçu aucun signalement de son personnel en ce sens.

Le réseau ferroviaire suisse compte environ 5 320 kilomètres de voies hors tunnels et tronçons peu ensoleillés. Sun-Ways estime que ce dispositif, généralisé à l’ensemble du réseau, pourrait produire jusqu’à un milliard de kilowattheures par an, soit environ 2 % de la consommation électrique nationale.

Les CFF, qui exploitent l’essentiel du réseau, suivent le projet sans y être associés : ils misent plutôt sur leurs propres bâtiments, gares, parois antibruit et centres de maintenance, pour poser leurs panneaux.

La SNCF, l’Italie et la Corée du Sud sur les rangs

En février, la SNCF a signé un accord de coopération technique avec Sun-Ways lui donnant accès aux données et aux retours d’expérience du projet suisse. Le gestionnaire français, qui exploite environ 28 000 kilomètres de voies et figure parmi les plus gros consommateurs d’électricité du pays, vise à couvrir 20 % de sa consommation par le solaire d’ici 2030.

En Italie, des discussions sont en cours avec Rete Ferroviaria Italiana pour lancer un projet pilote avant la fin de l’année. Poser les panneaux entre les rails éviterait les procédures d’expropriation longues et coûteuses qu’imposent habituellement les installations solaires proches des voies, selon Scuderi.

En Corée du Sud, un projet gouvernemental a déjà été autorisé près de la gare d’Osong, avec une phase pilote de deux ans. En Indonésie, la société d’ingénierie Mutitron Automa suit de près les résultats obtenus en Suisse.

Reste un obstacle : transporter cette électricité sur de longues distances. Selon Julien Pouget, professeur associé à la Haute École spécialisée de Suisse occidentale, la technologie actuelle ne permet pas d’acheminer efficacement le courant au-delà de 500 mètres. « Il faut une architecture électrique spécifique, car actuellement, pour un tronçon dépassant les 500 mètres, la technologie existante n’est pas adaptée », a-t-il expliqué dans un entretien au quotidien 24 heures.

Une piste de solution, coécrite avec Scuderi et d’autres chercheurs, doit être présentée en août à Paris, lors d’un congrès du Conseil international des grands réseaux électriques.

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