50 milliards pour un data center : qui va payer la facture ?

Un gigantesque data center de 50 milliards d’euros va voir le jour à Fouju en Seine-et-Marne. Symbole de la souveraineté numérique européenne, ce projet soulève des questions cruciales sur le prix de l’électricité et la capacité du réseau français à soutenir les investissements massifs en IA sans sacrifier l’industrie traditionnelle.

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50 milliards pour un data center : qui va payer la facture ? © L'EnerGeek

Un data center colossal de 50 milliards d’euros va sortir de terre à Fouju, un village de 650 habitants en Seine-et-Marne. Il consommera autant d’électricité que 200 000 foyers. Une bonne nouvelle pour la souveraineté numérique européenne ? Oui. Mais à condition de poser les vraies questions sur le coût de l’énergie et la cohérence industrielle de la France.

200 000

C’est le nombre de foyers équivalents en consommation électrique que représentera à lui seul le futur "Campus IA" de Fouju, en Seine-et-Marne.

L’Europe veut ses data centers. Mais avec quelle électricité ?

Le projet "Campus IA" de Fouju, c’est le plus grand centre de données annoncé en Europe. 50 milliards d’euros d’investissement, une puissance de calcul colossale dédiée à l’intelligence artificielle, et une consommation électrique qui ferait pâlir d’envie un pays de taille moyenne. Sur le papier, c’est exactement ce dont l’Europe a besoin pour ne pas laisser les Américains et les Chinois se partager le gâteau de l’IA mondiale. Arthur Mensch, le patron de Mistral AI, a raison quand il rejette l’idée d’un continent condamné à la traîne : la France a les cerveaux, les ingénieurs, et surtout – avantage décisif – un parc nucléaire capable de fournir une électricité décarbonée et relativement compétitive.

Force est de constater que c’est précisément cet atout qui justifie l’installation de tels projets en France plutôt qu’en Allemagne, qui continue de payer le prix de son renoncement au nucléaire avec une électricité industrielle parmi les plus chères d’Europe. Pendant que Berlin subventionne à coups de dizaines de milliards ses renouvelables intermittents, Paris dispose d’une infrastructure énergétique que le monde entier lui envie – et qu’elle ferait bien de ne pas dilapider.

Le vrai sujet : le prix de l’électricité pour l’industrie

Mais soyons honnêtes : l’enthousiasme doit s’arrêter là où commencent les vraies questions. Un data center qui consomme l’équivalent de 200 000 foyers, c’est une pression supplémentaire énorme sur le réseau électrique français. RTE l’a d’ailleurs clairement anticipé dans ses scenarios : la multiplication des data centers IA, conjuguée à l’électrification des usages et au développement de la mobilité électrique, va créer une demande supplémentaire de plusieurs dizaines de TWh d’ici 2035.

Or, qui dit tension sur l’offre dit hausse des prix. Et qui paie quand les prix de l’électricité montent ? Vous. Moi. Les PME. Les industries à forte intensité énergétique qui, elles, n’ont pas 50 milliards d’euros pour négocier des contrats d’approvisionnement sur mesure. Je pense qu’il est urgent que l’État arrête de traiter l’énergie comme une variable d’ajustement budgétaire et commence à réfléchir sérieusement à sa politique tarifaire industrielle. La compétitivité de la France ne se gagnera pas uniquement en accueillant les data centers des géants étrangers. Elle se construira en garantissant à toutes nos industries un accès à une énergie abondante, stable et abordable.

Nucléaire, data centers et souveraineté : le triangle d’or qu’on s’obstine à ignorer

La bonne nouvelle dans tout cela ? Ce projet de Fouju démontre, mieux que n’importe quel discours politique, que le nucléaire est l’énergie du XXIe siècle. Sans lui, impossible d’alimenter ces mastodontes du calcul avec une électricité décarbonée et prévisible. Les opposants aux EPR devraient méditer ce chiffre : 200 000 foyers en consommation supplémentaire, ça ne se compense pas avec des panneaux solaires et des vœux pieux.

La France a une carte exceptionnelle à jouer dans la course mondiale à l’IA. Elle dispose de l’énergie nucléaire, des talents et d’un tissu industriel encore solide. Mais cela suppose des choix courageux : accélérer la construction de nouveaux réacteurs, simplifier les procédures administratives qui transforment chaque grand projet en parcours du combattant, et cesser de taxer l’énergie industrielle jusqu’à l’asphyxie.

Sinon, dans dix ans, nous aurons accueilli les data centers du monde entier — et regardé notre industrie partir ailleurs, faute d’électricité accessible. Ce serait le comble de l’ironie pour le pays de l’atome.

Jean-Baptiste Giraud
Éditorialiste

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