Panneaux solaires et aviation : un débat énergétique relancé par les risques d’éblouissement

La controverse autour des panneaux solaires installés à proximité des aéroports prend une nouvelle ampleur. Après l’incident d’Amsterdam-Schiphol, un collectif français demande le rétablissement des études d’éblouissement. En jeu : la crédibilité de la filière photovoltaïque face aux exigences de sécurité aérienne.

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Panneaux solaires et aviation : un débat énergétique relancé par les risques d’éblouissement © L'EnerGeek

L’incident de Schiphol, révélateur d’une faille de planification

Au printemps 2025, l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol a été contraint de fermer quotidiennement sa piste principale Polderbaan de 10 h à 12 h les jours de beau temps. Plusieurs dizaines de pilotes signalaient un éblouissement intense lors de l’approche, causé par les reflets d’un parc solaire voisin couvrant près de 100 hectares. La mesure a perturbé jusqu’à 85 vols par jour et entraîné une hausse des nuisances sonores pour les riverains, les avions étant redirigés vers d’autres pistes.

Face à la gravité du phénomène, 5 000 panneaux ont été retirés au printemps, avant qu’un tribunal n’ordonne en juillet le démantèlement de 78 000 unités. Ce contentieux met en lumière la fragilité d’un modèle où le solaire, pourtant promu pour sa durabilité, peut compromettre la sécurité aérienne et obliger à des décisions coûteuses. La commune de Haarlemmermeer a rappelé que l’utilisation de panneaux à verre texturé absorbant la lumière aurait pu prévenir le problème, mais leur disponibilité restait limitée lors du chantier.

Un collectif français alerte sur les risques et la réglementation

L’affaire néerlandaise a inspiré la création, en juin 2025, du Bureau PV-REST (Prévention & Vigilance – Risques d’Éblouissement Solaire sur le Transport). Basé à Paris, ce groupement réunit environ 200 membres, dont des développeurs photovoltaïques, des pilotes, des contrôleurs aériens, ainsi que des avocats et des assureurs. Tous demandent le rétablissement des études d’éblouissement en France, supprimées en octobre 2024 par la DGAC pour simplifier les procédures. « Cette décision prise sans consultation des parties prenantes est totalement injustifiée », affirme l’avocat François Versini-Campinchi.

Le collectif souligne que ces études représentent un coût limité — environ 3 500 euros pour deux semaines de travail — comparé aux conséquences financières d’un contentieux ou d’un démantèlement massif. « Un seul incident grave pourrait lourdement affecter tout le secteur », prévient le Bureau PV-REST, qui rappelle que la France est désormais l’un des rares pays européens à avoir assoupli ses règles, alors que l’Allemagne, l’Italie ou encore l’Espagne imposent des obligations strictes.

Photovoltaïque : compatibilité entre transition énergétique et sécurité aérienne

Pour la filière solaire, l’affaire pose un défi stratégique : comment déployer massivement le photovoltaïque tout en évitant des incidents de ce type ? Les panneaux classiques, dotés d’un revêtement antireflet monocouche, améliorent le rendement mais produisent toujours des reflets. Les panneaux à verre texturé profond, réellement absorbants, restent rares et jusqu’à 50 % plus coûteux. Quant aux films biomimétiques anti-éblouissement, ils ne sont pas adaptés aux vastes surfaces de parcs solaires.

Les développeurs insistent sur la nécessité de concilier transition énergétique et sécurité publique. Marceau Leroux, directeur France d’Enerparc, dénonce « un choix à contresens du principe de précaution ». Pour lui, une réglementation adaptée permettrait d’éviter que les projets solaires deviennent la cible de critiques. Dans un contexte où la légitimité des énergies renouvelables est régulièrement contestée, un accident lié à l’éblouissement pourrait nuire à toute la filière.

Vers une harmonisation européenne des règles ?

La situation française reste isolée. L’Agence européenne de la sécurité aérienne recommande aux exploitants d’aérodromes de systématiquement évaluer les risques liés aux surfaces réfléchissantes. L’Organisation de l’aviation civile internationale, de son côté, exige que « les surfaces proches des pistes ne provoquent aucun éblouissement préjudiciable ». La plupart des pays européens imposent des études dans un rayon de 5 à 10 kilomètres autour des aérodromes.

PV-REST souhaite désormais porter le débat à Bruxelles. L’objectif : une réglementation harmonisée, garantissant à la fois la sécurité aérienne et la stabilité juridique des développeurs. Pour la filière photovoltaïque, il s’agit d’un enjeu crucial. Une réglementation claire et anticipée limiterait les contentieux et renforcerait la confiance du public dans le solaire. À l’inverse, l’absence de règles pourrait exposer les projets à des suspensions brutales, comme à Schiphol, et ralentir la trajectoire de croissance de cette énergie.

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