Flotte fantôme russe : la Chine accueille un nouveau pétrolier

Depuis l’instauration du plafonnement des prix et l’interdiction des cargaisons maritimes de pétrole russe par l’Occident, le Kremlin a accéléré la constitution d’une flotte dite « fantôme ».

Publié le
Lecture : 3 min
Les tensions en mer Rouge : quel impact sur le pétrole mondial ?
Flotte fantôme russe : la Chine accueille un nouveau pétrolier © L'EnerGeek

Le 6 septembre 2025, un pétrolier transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) issu du projet russe Arctic LNG 2 a jeté l’ancre en Chine. Cette cargaison de pétrole et de gaz, malgré les sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne, révèle la capacité de Moscou à maintenir ses exportations énergétiques vers l’Asie. Elle rappelle aussi le rôle central de la flotte fantôme, cet ensemble de navires opérant dans l’ombre, mobilisé par la Russie pour contourner les restrictions économiques liées à la guerre en Ukraine.

La flotte fantôme, un outil stratégique au service de Moscou

Depuis l’instauration du plafonnement des prix et l’interdiction des cargaisons maritimes de pétrole russe par l’Occident, le Kremlin a accéléré la constitution d’une flotte dite « fantôme ». Ces navires, souvent anciens et mal assurés, battent pavillon de complaisance et utilisent des routes discrètes pour assurer la continuité des exportations. Selon une analyse publiée par Le Monde, près de 70 % des exportations maritimes de pétrole russe empruntent désormais ce circuit parallèle, rendant plus difficile l’application des sanctions.

Les États-Unis ont ciblé plusieurs de ces navires par des mesures individuelles, mais la dispersion des armateurs et la multiplicité des sociétés écrans compliquent leur traque. L’exemple du méthanier Voskhod, identifié comme sanctionné et pourtant accueilli en Chine en septembre, illustre la résilience de ce système. D’après les informations citées par Bloomberg, le navire a chargé sa cargaison en Sibérie avant de franchir les détroits asiatiques et de rejoindre un port chinois, échappant aux contraintes financières occidentales.

Le cas du GNL sibérien : Arctic LNG 2 entre Moscou et Pékin

Le projet Arctic LNG 2, situé sur la péninsule de Gydan, est l’un des fleurons énergétiques russes. Développé par le groupe Novatek, il vise à transformer les vastes ressources de gaz sibérien en GNL exportable vers l’Asie. Or, ce projet est explicitement visé par les sanctions américaines depuis fin 2023. Cela n’a pas empêché plusieurs expéditions d’avoir lieu depuis l’été 2025.

Selon Reuters, le méthanier transportant 150 000 m³ de GNL, chargé le 19 juillet 2025, a accosté en Chine début septembre 2025. Il s’agit du deuxième navire sanctionné à y livrer sa cargaison, après l’arrivée de l’Arctic Mulan fin août au terminal de Beihai, dans la province du Guangxi. À cette occasion, les données de suivi maritime avaient déjà révélé l’ancrage d’un premier cargo russe peu avant la visite officielle de Vladimir Poutine à Pékin.

Le rythme des expéditions s’est d’ailleurs accéléré. Entre le 27 et le 31 août, le méthanier La Perouse est devenu le sixième navire connu à avoir chargé du GNL d’Arctic LNG 2, toujours selon Reuters. Le 4 septembre, le directeur général adjoint de Novatek, Yevgeny Ambrosov, confirmait publiquement que « les chargements ont commencé. Le premier navire est entré en Chine ».

Pékin se place en position de soutien de la Russie

Pour la Chine, qui importe massivement du pétrole et du gaz afin de soutenir sa croissance industrielle, ces cargaisons sont stratégiques. Le pays reste prudent dans ses déclarations, mais son accueil répété de navires sanctionnés par Washington confirme une orientation pragmatique : garantir l’approvisionnement énergétique tout en renforçant son partenariat avec Moscou.

La séquence diplomatique de fin août est révélatrice. Le premier cargo arrivé à Beihai coïncidait avec la préparation de la visite du président russe en Chine. Ce calendrier suggère que les deux pays coordonnent désormais ouvertement leur coopération énergétique, malgré les sanctions occidentales. Le navire arrivé le 6 septembre a quant à lui quitté le port chinois dès le lendemain, signe d’une opération discrète et rapide, mais parfaitement assumée.

Du côté des capitales occidentales, ce mouvement alimente le débat sur l’efficacité des mesures. En dépit des restrictions financières, la Russie trouve des débouchés pour ses hydrocarbures. Le marché asiatique absorbe ainsi les flux détournés de l’Europe, avec le soutien logistique de la flotte fantôme.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.