Consommation de pétrole : l’AIE donne la date du pic et du début de la chute

La fin de la croissance pétrolière n’est plus une hypothèse lointaine. Elle a désormais une date, un chiffre, un scénario. Alors que l’AIE annonce un pic en 2029 et une baisse dès 2030, les acteurs du secteur accélèrent une mue complexe mais inévitable.

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Consommation de pétrole : l’AIE donne la date du pic et du début de la chute © L'EnerGeek

Le 17 juin 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a révélé dans son rapport annuel World Energy Outlook 2024 une projection choc : la consommation mondiale de pétrole atteindra un sommet à 105,57 millions de barils par jour en 2029, avant d’entamer une baisse dès l’année suivante. Ce signal, longtemps attendu, pousse désormais les gouvernements et les industries à repenser en profondeur leurs stratégies énergétiques.

L’AIE acte un tournant historique : le pétrole entre en phase de recul

L’organisme de référence s’appuie sur plusieurs tendances convergentes. D’abord, la montée en puissance des véhicules électriques : « D’ici 2030, presque une voiture sur deux vendue dans le monde sera électrique, ce qui entraînera un pic global de la demande pour les trois combustibles fossiles avant cette date. »

Ensuite, la stagnation de la demande mondiale d’énergie, qui ralentit fortement : « Entre 2023 et 2035, la croissance annuelle moyenne de la demande énergétique mondiale passe de 1,4 % à 0,5 %. » Résultat : même dans le scénario dit « des politiques actuelles » (STEPS), la part des énergies fossiles devrait passer de 80 % en 2023 à 58 % en 2050. Un recul historique. « L’énergie propre couvre pratiquement toute la croissance de la demande d’énergie entre 2023 et 2035 », détaille l’AIE.

Reconfigurations industrielles : diversification accélérée des majors

Face à ces projections, les grands acteurs du pétrole révisent leurs plans. BP, Shell, TotalEnergies, Eni ou encore ExxonMobil ont engagé depuis plusieurs années une diversification vers le gaz naturel, les biocarburants, et de plus en plus les renouvelables. Ce glissement s’intensifie à mesure que l’horizon du pic devient tangible.

Chez TotalEnergies, par exemple, l’objectif est clair : 100 GW de capacité renouvelable d’ici 2030, contre 30 GW aujourd’hui. La part des hydrocarbures dans les investissements devrait être inférieure à 50 % dès 2026. BP, malgré des tensions internes, maintient un cap similaire, avec une baisse progressive de la production de pétrole et une montée en puissance de ses divisions « low carbon energy ».

L’énergie au cœur des politiques nationales

Du côté des États, les politiques énergétiques suivent des trajectoires différenciées mais convergentes.

  • En Chine, deuxième consommateur mondial, la demande pétrolière devrait culminer en 2028, selon l’AIE.
  • Aux États-Unis, le pic est attendu dès 2026, sous l’effet combiné de la réglementation environnementale, de l’électrification des transports et de la substitution par le gaz.

La Commission européenne, de son côté, pousse avec le pacte vert pour une réduction de 90 % des émissions nettes d’ici 2040, ce qui implique une décroissance rapide des usages pétroliers. Les plans hydrogène, les stratégies de capture du carbone et les infrastructures de recharge électrique se multiplient.

Des stratégies nationales très contrastées

Malgré cette tendance globale, les stratégies restent hétérogènes. Certains pays producteurs entendent maximiser leurs revenus tant que la demande reste forte. L’Arabie saoudite, par exemple, mise sur l’exploitation accrue à court terme tout en préparant une transition à travers le projet Vision 2030. À l’inverse, des États comme la Norvège ou le Canada développent des plans de désengagement progressif des hydrocarbures. Cette dichotomie pourrait créer, à court terme, des déséquilibres d’offre avant l’atteinte d’un nouvel équilibre.

L’autre variable centrale, c’est l’innovation. Le développement de batteries solides, les progrès du captage carbone, la miniaturisation des électrolyseurs et la numérisation des réseaux énergétiques constituent des leviers puissants. L’accélération technologique pourrait précipiter le basculement post-pétrolier, en particulier si les coûts d’abattement diminuent plus vite que prévu. « Si les politiques et les technologies évoluent plus rapidement, la baisse de la consommation pétrolière pourrait s’accentuer d’ici la fin de la décennie », explique l’Agence Internationale de l’Energie.

Le pétrole n’a pas encore quitté la scène énergétique mondiale, mais son rôle central vacille. Le pic de consommation annoncé par l’AIE est un signal stratégique fort : celui d’une reconfiguration structurelle des systèmes énergétiques.

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