Le 11 juin 2025, la Ville de Paris a retenu Lime, Dott et Voi pour déployer 22 500 vélos électriques dès le 1er octobre, dans le cadre d’un nouveau contrat de 4 ans. Au-delà du confort, le débat se recentre sur l’efficacité énergétique, depuis la fabrication jusqu’à la fin de vie des engins.
Embodied energy : la fabrication, principale source d’émissions
Chaque VAE génère environ 262 kg CO₂e dès sa fabrication, avant même d’être utilisé. Selon l’Ademe, la production repose à 80 % sur des process lourds : alliages, moteur, batterie.
Un vélo émet donc 10 à 20 g CO₂e/km sur son cycle de vie complet, l’essentiel provenant de cette phase initiale.
Recharge électrique : un impact mineur
En France, la recharge d’un vélo n’émet qu’environ 2 % du bilan carbone total, grâce à un mix bas carbone : nucléaire, hydraulique, éolien .
Concrètement, un parc de 22 500 VAE rechargés tous les deux jours consomme environ 50 000 kWh par mois — un volume modéré, surtout en contexte urbain dense.
Free-floating : plus gourmand en logistique
Contrairement aux systèmes à borne, le service en free-floating nécessite des redistributions actives, impliquant des véhicules d’assistance et de nombreux déplacements logistiques.
Selon Low-Tech Magazine, ces services émettent 24 % de CO₂ supplémentaires, par rapport aux systèmes bornés, en raison de levées de vélos, rotations techniques, et retours au dépôt.
Durabilité accrue ou gâchis programmé ?
Un vélo partagé parcourt en moyenne 12 000 km en 14 mois, amortissant plus vite l’énergie grise. Néanmoins, la batterie s’essouffle au bout d’environ 500 à 800 cycles, soit 14 à 18 mois d’usage.
Les opérateurs comme Dott prolongent la durée de vie via maintenance interne, mais la question du recyclage des batteries reste ouverte : les filières de traitement sont encore embryonnaires et coûteuses.
Comparatif énergétique : vélo vs voiture
L’Ademe estime que :
- VAE : 10–20 g CO₂e/km
- VOITURE électrique légère : ≈ 95 g CO₂e/km
- Voiture thermique : 212–223 g CO₂e/km
Résultat : un trajet quotidien de 10 km en VAE évite l’émission d’environ 440 kg CO₂e par an, soit l’équivalent d’un aller-retour Paris–Barcelone en avion.
Un modèle durable ?
Pour que l’empreinte énergétique se comprime, plusieurs conditions doivent être remplies :
- prolongation de la durée de vie du cadre et des batteries,
- optimisation de la logistique (véhicules électriques, bornes fixes, entretien centralisé),
- structuration des filières de recyclage.
La redevance prévue par la Ville peut contribuer à financer ces enjeux.
Ainsi, les vélos électriques partagés dominent une mobilité plus sobre, mais leur écobilan réel repose sur un équilibre délicat entre fabrication, usage, logistique et fin de vie. À l’échelle de Paris intra-muros, ils apportent une solution énergétique attractive, à condition de maîtriser le chemin critique de leur cycle complet. Le véritable enjeu, désormais, est de transformer le modèle pour en faire un service vraiment durable.






