Nucléaire français : le nouveau contrat stratégique est lancé !

Le document s’articule autour de quatre axes stratégiques, chacun étant décliné en projets techniques, indicateurs de performance, et responsabilités clairement identifiées.

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Incroyable : le béton des réacteurs se régénère… sous l’effet des radiations !
Nucléaire français : le nouveau contrat stratégique est lancé ! © L'EnerGeek

Le gouvernement français a dévoilé, le 10 juin 2025 à Massy, le nouveau contrat stratégique de la filière nucléaire (CSFN) pour la période 2025-2028. Signé par les ministres Marc Ferracci (Industrie et Énergie) et Éric Lombard (Économie), ce document d’engagement partagé entre l’État, les industriels et les syndicats se positionne comme la matrice opérationnelle de la relance du programme EPR2, tout en intégrant les volets transversaux liés aux compétences, à l’innovation et à la durabilité.

Nucléaire : Un cadre structurant pour la relance du programme EPR2

Le cœur du contrat, comme le souligne la Sfen, repose sur la mise en œuvre du programme EPR2, qui prévoit la construction de six réacteurs à eau pressurisée de nouvelle génération (PWR), répartis sur trois sites : Penly, Gravelines, et Bugey. La nouvelle échéance cible de 2038 pour la mise en service du premier réacteur reflète une réévaluation prudente des contraintes de planification et des risques industriels.

Ces EPR2, évolution directe des EPR de première génération, intègrent des leçons d’expérience du chantier de Flamanville 3. Leur conception vise à standardiser les procédures de fabrication, à réduire les aléas de chantier et à optimiser les performances d’exploitation sur un cycle de vie de 60 ans. Selon le ministère, l’objectif est de contenir les délais entre 10 et 12 ans, soit une ambition de réduction de 25 % par rapport aux benchmarks récents.

Le contrat n’établit pas encore de calendrier détaillé, mais mentionne la nécessité d’un cadrage technique complet d’ici fin 2026, préalable à la décision finale d’investissement (DFI).

Un outil technique à quatre leviers : sûreté, compétences, innovation, durabilité

Le document s’articule autour de quatre axes stratégiques, chacun étant décliné en projets techniques, indicateurs de performance, et responsabilités clairement identifiées.

1. Renforcement de la performance industrielle

L’objectif premier est de réduire les non-qualités sur l’ensemble de la chaîne de valeur, du génie civil à la mise en service, en renforçant les exigences de sûreté nucléaire, sécurité chantier et excellence opérationnelle. La mutualisation des retours d’expérience, notamment via le retour structuré du chantier HPC (Hinkley Point C) au Royaume-Uni, figure explicitement dans les annexes du contrat.

Un objectif de 95 % de respect des jalons de fabrication pour les composants critiques est mentionné, avec des indicateurs de productivité contractualisés entre les donneurs d’ordres et les sous-traitants.

2. Développement des compétences techniques

Le contrat anticipe 100 000 recrutements équivalent temps plein sur 10 ans, dont 60 % dans les métiers techniques (tuyauterie, robinetterie, génie civil, contrôle commande, mécanique nucléaire). L’Université des Métiers du Nucléaire (UMN) devient l’opérateur central du volet compétences. La filière s’engage sur des objectifs quantifiés de féminisation et de rajeunissement des effectifs, en lien avec les opérateurs de formation continue et initiale.

Un référentiel unique de compétences sera mis en place dès 2026, aligné sur les standards européens de qualification du personnel nucléaire (EHRO-N).

3. Innovation technologique et recherche appliquée

Le contrat engage un soutien renforcé à la R&D dans les technologies SMR (Small Modular Reactors), avec une ambition de prototype d’ici 2032. Plusieurs projets de start-up sont cités, notamment ceux orientés vers la production de chaleur industrielle (250–400 °C) pour réseaux urbains ou procédés thermochimiques.

Le volet innovation couvre également la digitalisation des jumeaux numériques pour les futurs EPR2, l’intégration de systèmes de maintenance prédictive par IA, et le contrôle qualité par ultrasons automatisé. Le Fonds France Nucléaire 2, nouvel outil de financement créé par EDF et Siparex, injectera jusqu’à 50 millions d’euros par projet dans les PME/ETI stratégiques.

4. Transition écologique et économie circulaire

Outre la décarbonation du mix, l’objectif est de renforcer la gestion des effluents, le traitement des déchets de moyenne activité à vie longue (MAVL) et l’adaptation des installations au réchauffement climatique (variation des débits de refroidissement, température d’étiage).

Le contrat prévoit un renforcement du lien entre l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) et les exploitants afin d’intégrer les contraintes de stockage dès la phase de conception (design-to-decommissioning).

Financement : 80 milliards pour le nucléaire français

La Cour des comptes évalue le coût global du programme EPR2 à 79,9 milliards d’euros (conditions 2023). Le financement repose sur :

  • un prêt bonifié de l’État, représentant au moins 50 % du besoin de financement ;
  • un contrat de régulation du nucléaire avec un prix plafond garanti de 100 euros/MWh.

Ce modèle type CfD (Contract for Difference) permet d’assurer la rentabilité d’EDF tout en reversant une partie des revenus à l’État en cas de prix de marché supérieur.

Le contrat ne précise pas les détails du calendrier de levée des financements, mais une présentation à la Commission européenne est attendue dans les prochaines semaines pour validation du cadre d’aide publique.

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