À partir du 1er novembre 2026, une nouvelle étape de la réforme des heures creuses entre en vigueur en France. Selon le médiateur national de l’énergie, 9,3 millions de foyers supplémentaires sont concernés par le déploiement progressif de ces nouveaux horaires.
Concrètement, les créneaux situés entre 7 h et 11 h, ainsi qu’entre 17 h et 23 h, sont appelés à disparaître pour les abonnés touchés, alerte Maison et Travaux. Les ménages devront revoir la programmation de leur machine à laver, de leur chauffe-eau ou de leur lave-vaisselle, sous peine de les voir basculer sans le savoir en tarif plein.
Le solaire a rendu la nuit moins intéressante
Le principe des heures creuses nocturnes remonte à une époque où la demande s’effondrait la nuit alors que le parc nucléaire continuait de tourner à plein régime. Il fallait alors inciter les ménages à consommer après le coucher du soleil, notamment pour chauffer l’eau sanitaire.
Le mix électrique français a changé de physionomie depuis : environ 30 GW de photovoltaïque sont désormais raccordés au réseau, générant des excédents de production autour de midi et des prix de gros parfois négatifs aux beaux jours.
La Commission de régulation de l’énergie a donc décidé de déplacer les heures à bas prix vers les moments où l’électricité est réellement abondante. Sa présidente, Emmanuelle Wargon, résumait le problème en février 2025 : de nombreuses plages d’heures creuses sont placées à des moments qui ne sont plus des moments creux pour le système, et inversement il y a assez peu d’heures creuses à des moments qui sont utiles pour le consommateur et pour le système.
Un calendrier qui s’étale jusqu’en 2027
Une première vague, lancée en novembre 2025, a déjà touché 1,7 million d’abonnés entre novembre 2025 et juin 2026 : deux à trois de leurs huit heures creuses ont quitté la nuit pour rejoindre la tranche 11 h-17 h, celle du pic de production solaire.
La deuxième phase, qui démarre le 1er novembre 2026, doit faire basculer les 9,3 millions de foyers restants d’ici octobre 2027, à raison d’environ 300 000 abonnés par mois pris en charge par Enedis. Au total, près de 11 millions de clients équipés d’un compteur Linky verront leurs horaires évoluer.
Le volume quotidien de huit heures creuses reste garanti, mais sa répartition change selon la saison. En été, du 1er avril au 31 octobre, le créneau nocturne garantit au moins cinq heures consécutives entre 23 h et 7 h, complétées par un créneau d’après-midi pouvant atteindre trois heures entre 11 h et 17 h.
En hiver, du 1er novembre au 31 mars, la nuit concentre six heures creuses entre 23 h et 7 h, les deux heures restantes étant réparties en journée selon les abonnés, sans garantie systématique. Un lave-vaisselle lancé à 8 h, autrefois facturé en heures creuses, pourra ainsi basculer en tarif plein.
Seuls les contrats HP/HC classiques sont concernés. L’option Tempo garde sa plage fixe de 22 h à 6 h ; les offres à créneaux spécifiques telles que les heures super creuses ou les heures solaires ne sont pas non plus concernées.
Les abonnés desservis par une entreprise locale de distribution suivront, eux, un calendrier propre, distinct de celui d’Enedis. Dans tous les cas, le fournisseur doit prévenir son client par courrier ou voie électronique au moins un mois avant l’application des nouveaux horaires.
Un outil en ligne proposé par Octopus Energy permet déjà de connaître sa future plage horaire et sa date de bascule en saisissant simplement son numéro de point de livraison.
Les équipements Linky s’ajustent seuls
Les appareils asservis au compteur Linky via son contact heures creuses n’exigent aucune intervention : ils se recalent automatiquement sur les nouveaux horaires. C’est une bonne nouvelle pour le chauffage, puisque faire tourner une pompe à chaleur ou des radiateurs pendant les heures creuses de la mi-journée devient économiquement intéressant.
La situation se complique pour les propriétaires de voitures électriques, qui programment souvent la recharge depuis leur véhicule ou leur borne plutôt que via le compteur. Leur routine habituelle consiste à brancher le soir pour profiter des huit heures nocturnes, ce qui suffit à récupérer une trentaine de kWh sur prise renforcée et environ 60 kWh sur une wallbox.
Avec la réforme, cette programmation devra être reprise deux fois par an, le 1er avril et le 1er novembre, sauf si la borne est pilotée par le contact du Linky.
Un surcoût d’un euro par recharge pour les gros rouleurs
Les conducteurs qui parcourent de longues distances et ont besoin d’un plein complet chaque nuit verront deux à trois heures de charge basculer en heures pleines. À 7,4 kW, le surcoût est de l’ordre d’un euro par recharge, une somme modeste mais jugée agaçante par ceux qui la subissent.
À l’inverse, les télétravailleurs, les retraités ou les salariés d’entreprises disposant de bornes sur leur parking ont tout intérêt à recharger leur véhicule pendant le créneau méridien. Ils réduisent leur facture et valorisent une production solaire qui serait sinon perdue.
Selon le médiateur national de l’énergie, l’option heures pleines/heures creuses reste intéressante dès lors qu’au moins un quart de la consommation du foyer est réalisé pendant les heures creuses, la rentabilité exacte dépendant des tarifs propres à chaque contrat.






