Gaz : l’Allemagne sécurise 150 TWh sur cinq ans auprès de Trafigura

L’énergéticien public allemand SEFE a signé un nouveau contrat de gaz avec Trafigura, assorti d’un financement bancaire de 1,5 milliard de dollars partiellement garanti par Berlin. L’accord augmente les volumes annuels à 30 TWh dès novembre, alors que les marchés européens abordent l’hiver sous tension.

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Gaz : l’Allemagne sécurise 150 TWh sur cinq ans auprès de Trafigura © L'EnerGeek

L’Allemagne renforce ses approvisionnements en gaz pour les cinq prochaines années. Le groupe public SEFE a annoncé jeudi 29 octobre un contrat avec le négociant Trafigura portant sur 150 térawattheures (TWh) de gaz naturel, avec des premières livraisons prévues le 1er novembre 2026. L’opération s’accompagne d’un prêt de 1,5 milliard de dollars, soutenu en partie par une garantie fédérale allemande.

Le nouvel accord succède à un contrat de quatre ans arrivant à échéance fin octobre. Selon le communiqué publié par SEFE, les volumes passent d’environ 23 TWh à 30 TWh par an, soit une hausse d’un peu plus de 30 %. L’engagement doit courir jusqu’en novembre 2031.

Un approvisionnement renforcé et un prêt garanti par Berlin

Trafigura puisera principalement dans son portefeuille mondial de gaz pour honorer ce contrat. L’annonce porte sur une quantité d’énergie à livrer, et non sur une origine géographique unique : SEFE pourra ainsi s’appuyer sur plusieurs filières d’approvisionnement.

La dimension financière est centrale. Dans son annonce du 29 octobre, Trafigura détaille un financement de 1,5 milliard de dollars sur cinq ans, organisé par un consortium de neuf banques. KfW IPEX-Bank, établissement allemand de financement, intervient comme agent de la facilité et coordinateur du dispositif de garantie. Celle-ci relève du mécanisme fédéral UFK, destiné à soutenir l’accès à des matières premières stratégiques.

La garantie publique couvre une partie du risque du prêt : elle ne constitue pas un achat de gaz de 1,5 milliard de dollars par l’État allemand. SEFE, qui appartient à la République fédérale d’Allemagne, assure de son côté la commercialisation de gaz et d’électricité auprès de clients industriels, d’entreprises et de collectivités en Europe.

Une décision prise alors que le gaz européen reste cher

La signature intervient dans un marché tendu. Le 28 octobre, le contrat gazier européen TTF pour livraison le mois suivant a atteint 100 euros par mégawattheure, pour la première fois depuis décembre 2022. Reuters relie cette hausse aux perturbations des approvisionnements en gaz naturel liquéfié provoquées par le conflit au Moyen-Orient et au faible niveau des stocks européens.

Le choix allemand répond à un double impératif : disposer de volumes réguliers au début de la saison de chauffage et réduire l’exposition aux achats de dernière minute. Les 30 TWh annuels correspondent à un flux contractuel réparti sur cinq ans ; ils ne s’ajoutent donc pas intégralement aux réserves disponibles pour cet hiver. Le contrat remplace surtout un engagement existant, tout en augmentant les quantités promises.

Pourquoi cet accord allemand intéresse aussi la France

Le gaz circule et se négocie sur un marché européen interconnecté. Les besoins des grands acheteurs allemands, la disponibilité des cargaisons de GNL et les prix de gros influencent l’équilibre d’approvisionnement auquel participent les fournisseurs français. L’Agence européenne de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) a notamment décrit la progression des flux transfrontaliers entre la Belgique et l’Allemagne, ainsi que la concurrence avec les acheteurs asiatiques pour les cargaisons de GNL.

Pour les ménages français, la conséquence éventuelle passe par les marchés de gros puis par les modalités des contrats de fourniture. La Commission de régulation de l’énergie a déjà fixé son prix repère de novembre à 194,90 euros par MWh TTC en moyenne, soit 6,6 % de plus qu’en octobre. Cette référence repose sur des périodes de cotation antérieures à la signature allemande.

Avec le nouveau contrat, SEFE augmente sa couverture de long terme dans un contexte de concurrence accrue pour le gaz disponible. La première livraison, annoncée pour le 1er novembre, ouvrira une période de cinq ans durant laquelle les volumes contractuels et les conditions du marché détermineront la contribution de l’accord à la sécurité énergétique européenne.

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