Le groupe qatari QatarEnergy a signé avec l’australien Woodside un contrat portant sur jusqu’à 3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an, issues d’un futur terminal en Louisiane. Prévu pour commencer en 2030, cet accord illustre la diversification des routes d’approvisionnement alors que l’Europe affronte une forte tension sur le marché du gaz.
Un grand exportateur de gaz du Golfe s’engage à acheter, pendant vingt ans, du gaz produit aux États-Unis. L’accord annoncé le 29 octobre par Woodside et QatarEnergy porte sur un maximum de 3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an. Pour Doha, il s’agit d’élargir son portefeuille commercial à des volumes qui pourront être chargés loin du détroit d’Ormuz, devenu un point de vulnérabilité majeur pour les échanges énergétiques.
Un contrat de vingt ans adossé à un terminal en construction
Selon le communiqué officiel de Woodside déposé auprès du régulateur américain des marchés financiers, le GNL proviendra du projet Louisiana LNG, près de Lake Charles. Sa première phase comprend trois unités de liquéfaction, d’une capacité totale prévue de 16,5 millions de tonnes par an. Le groupe vise une première production en 2029.
Les livraisons destinées à QatarEnergy doivent commencer au démarrage de la deuxième unité et atteindre progressivement le plafond contractuel avec la troisième. Le calendrier communiqué par QatarEnergy prévoit les premiers chargements en 2030. La vente se fera selon une formule dite « franco à bord » : l’acheteur prend en charge le transport maritime à partir du port de chargement, ce qui lui donne de la souplesse pour orienter les cargaisons vers différents marchés.
Woodside dispose ainsi d’un débouché supplémentaire pour un projet évalué à 17,5 milliards de dollars. Il avait déjà conclu un accord de long terme avec l’énergéticien allemand Uniper. Cette présence d’un acheteur européen dans le même terminal donne une dimension concrète à la nouvelle organisation des échanges transatlantiques de gaz.
Pourquoi le Qatar cherche aussi du gaz hors du Golfe
La stratégie intervient après les perturbations de production et de navigation provoquées par la guerre au Moyen-Orient. Le 27 octobre, l’italien Edison a fait état d’une prolongation des interruptions de livraisons qataries jusqu’à la fin de l’année, tandis que des acheteurs d’Asie du Sud étaient également concernés, selon les informations recueillies par Reuters.
En parallèle, QatarEnergy développe des achats de longue durée auprès de producteurs américains. Le groupe cherche à disposer de volumes commercialisables même lorsque ses propres installations ou les routes maritimes du Golfe sont perturbées. Le nouveau contrat avec Woodside s’inscrit dans cette logique de diversification géographique, au-delà des achats ponctuels de cargaisons.
Un enjeu de concurrence pour les acheteurs européens
Pour la France et ses voisins, l’enjeu porte sur la disponibilité et le prix des cargaisons de GNL sur un marché international où les acheteurs européens et asiatiques peuvent se retrouver en concurrence. La crise actuelle a déjà fait remonter le prix de référence du gaz européen au voisinage de 100 euros le mégawattheure le 28 octobre, selon Le Monde.
Le contrat signé en Louisiane concerne toutefois des livraisons à partir de 2030. La pression de cet hiver dépend d’abord des stocks disponibles, des arrivées de GNL et de la consommation liée aux températures. Dans son point de situation du 9 octobre, Gas Infrastructure Europe soulignait déjà le faible niveau de remplissage des stockages européens à l’entrée de la saison froide.
À plus long terme, l’accord montre comment le risque géopolitique influe sur les contrats de gaz : un producteur du Golfe achète désormais une partie de son approvisionnement futur sur la côte américaine, tandis que les énergéticiens européens sécurisent eux aussi des volumes sur ces installations. La capacité réelle de Louisiana LNG, les dates de mise en service de ses différentes unités et l’évolution de la demande détermineront la portée commerciale de ces engagements.






