Faute d’eau pour refroidir ses réacteurs, la Hongrie rationne la recharge des voitures électriques : les automobilistes n’en reviennent pas

Une centrale nucléaire à 10 % de sa capacité, un fleuve à sec et des recharges qui doublent de prix le soir : la Hongrie rationne déjà ses voitures électriques. Et la France pourrait suivre.

Publié le
Lecture : 2 min
Faute d'eau pour refroidir ses réacteurs, la Hongrie rationne la recharge des voitures électriques : les automobilistes n'en reviennent pas
Faute d’eau pour refroidir ses réacteurs, la Hongrie rationne la recharge des voitures électriques : les automobilistes n’en reviennent pas © L'EnerGeek

En Hongrie, plusieurs opérateurs de recharge pour véhicules électriques réduisent temporairement la puissance de leurs bornes afin de soulager le réseau électrique national, mis sous tension par une canicule. Cette mesure est en vigueur depuis le début du mois d’août 2026, et elle touche directement les conducteurs qui rechargent leur voiture en soirée.

MOL fait partie des premiers acteurs à avoir réagi. Entre 17 heures et 22 heures, ses bornes rapides Plugee, capables de délivrer 150 kW, plafonnent désormais à 100 kW. E.ON Drive Infrastructure Hungary a choisi une réduction de 50 % sur ses sites équipés de bornes de 300 kW ou plus, une mesure censée libérer jusqu’à 10 MW sur le réseau selon l’entreprise. Shell, depuis le 5 août, limite ses chargeurs rapides à 150 kW entre 16 heures et 22 heures, et a temporairement désactivé certaines bornes installées sur les parkings Tesco.

Metro va plus loin : l’entreprise coupe purement et simplement ses points de recharge tous les jours, sur le même créneau de 16 heures à 22 heures.

L’application EV.app, elle, n’a rien bridé mais joue sur les prix. Une recharge lancée aux heures de pointe peut être facturée 420 forints par kWh, soit environ 1,16 euro, contre un tarif habituel bien plus bas. À ce prix, remplir les 52 kWh de la batterie d’une Renault 5 E-Tech reviendrait à près de 60 euros.

L’objectif n’est pas de faire payer plus cher les automobilistes pour le plaisir, mais de les pousser à décaler leur charge vers la nuit ou tôt le matin.

Pour les conducteurs, ces restrictions ne signifient pas l’impossibilité de se brancher. Elles imposent simplement une charge plus lente pendant plusieurs heures. Sur une Porsche Taycan en 800 volts, une recharge qui prenait 14 minutes peut désormais en réclamer une trentaine.

Le Danube au plus bas, la centrale de Paks au ralenti

Ces mesures ne sortent pas de nulle part. Le Vieux Continent traverse une vague de chaleur importante, et la Hongrie fait face à une sécheresse qui frappe directement sa production d’électricité. La centrale nucléaire de Paks, seule centrale du pays, assure à elle seule près de la moitié de l’électricité produite en Hongrie.

Ses quatre réacteurs ont besoin d’eau du Danube pour refroidir leurs installations, sauf que le fleuve est tombé à un niveau historiquement bas.

Début août, la centrale a frôlé l’arrêt complet, une première en 44 ans d’exploitation : selon Reuters, sa production est descendue à un peu plus de 10 % de sa capacité de 2 GW. Le 13 août, elle ne tournait encore qu’à environ 25 % de sa puissance. La Hongrie envisage des travaux exceptionnels dans le Danube pour relever temporairement le niveau du fleuve à proximité du site.

Conséquence directe : le réseau électrique hongrois peine à couvrir la demande, selon le média Hungary Today. La tension est particulièrement forte entre 17 heures et 22 heures, quand la production solaire baisse alors que les climatiseurs tournent à plein régime dans les foyers.

Il serait pourtant trompeur de voir dans les voitures électriques la cause du problème. La panne vient d’abord d’un manque d’eau qui prive le pays d’une bonne partie de sa production, combiné à une consommation domestique gonflée par la chaleur.

Les bornes rapides ont simplement l’avantage d’être faciles à piloter à distance : réduire une borne de 300 à 150 kW est nettement plus simple que de couper l’alimentation d’un immeuble ou d’une usine. RTE considère d’ailleurs depuis plusieurs années que la recharge des véhicules électriques pourrait devenir une source de flexibilité pour le réseau français, au même titre que les ballons d’eau chaude ou certaines pompes à chaleur.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.