Dans un hameau de Saint-Ouen-en-Belin, en Sarthe, une réunion publique a duré trois heures le 22 septembre. Le sujet, une centrale solaire posée sur des terres agricoles, opposait une exploitante en quête de revenu stable à des riverains inquiets pour le paysage, réunis depuis peu au sein d’une association locale. Cette scène, banale désormais dans les campagnes françaises, résume assez bien où en est l’agrivoltaïsme aujourd’hui, entre promesses tenues et frictions bien réelles.
Un cadre juridique enfin stabilisé, un projet qui s’ancre dans le paysage
Le sujet a longtemps souffert d’un flou réglementaire. Ce flou s’est dissipé en mars dernier, lorsque le Conseil d’État a validé, malgré les recours de plusieurs régions et de la Confédération paysanne, le décret qui fixe les critères d’un projet agrivoltaïque légitime. Concrètement, une parcelle accueillant des panneaux doit continuer à produire un rendement agricole représentant au moins 90 % de celui d’une zone témoin comparable. Autrement dit, l’agriculture reste l’activité principale, l’électricité n’étant qu’un complément, du moins sur le papier.
Une loi de simplification promulguée fin mai est venue alléger certaines lourdeurs administratives, sans toucher au fond du dispositif. La CDPENAF, la commission départementale chargée d’examiner les dossiers, n’a plus systématiquement à auditionner le porteur de projet, ce qui accélère un peu les délais. Elle conserve toutefois un avis conforme, ce qui signifie qu’un avis défavorable peut encore bloquer un dossier. C’est dans ce paysage réglementaire, désormais moins instable, que des acteurs comme Veles Énergies accompagnent les exploitants qui souhaitent transformer une partie de leur foncier en source d’électricité, tout en gardant la main sur leur activité première.
Des cultures qui résistent mieux à la chaleur, un constat qui surprend
Ce qui change la donne, ce n’est pas seulement la loi. Ce sont les résultats de terrain, souvent plus convaincants que prévu. Lors de la canicule record des 23 et 24 juin, sur un site de grandes cultures du Puy-de-Dôme, les capteurs ont mesuré une température inférieure d’environ quatre degrés au niveau des plantes sous ombrière, comparée à une parcelle témoin restée à découvert. L’ombrage tournant des panneaux limite l’évapotranspiration, économise l’eau, et protège les plantes lors des épisodes les plus rudes.
Sur un site d’élevage bovin du Calvados, l’effet se lit presque à l’œil nu. Les vaches privées d’ombre rentrent au bâtiment dès neuf heures et demie pour fuir la chaleur, alors que celles qui bénéficient de la canopée agrivoltaïque restent paître jusqu’à midi, soit deux heures et demie de répit supplémentaires. Ce confort animal se traduit aussi par une meilleure prise alimentaire, un point sur lequel insistait récemment l’exploitant du site. Ces observations viennent d’expérimentations ponctuelles, pas d’une généralité applicable à toutes les cultures ni à tous les élevages, mais elles nourrissent un argumentaire de plus en plus difficile à balayer d’un revers de main.
Le revenu complémentaire, moteur premier des exploitants
Au-delà de l’agronomie, la motivation reste souvent économique. Face à des charges qui grimpent et à des aléas climatiques toujours plus fréquents, nombre d’agriculteurs cherchent une rentrée d’argent qui ne dépende pas de la météo. Dans la Manche, un groupement d’éleveurs laitiers voit sa facture annuelle d’électricité approcher les 30 000 euros, portée principalement par les robots de traite et la ventilation, un montant qui a motivé l’installation d’une batterie de stockage couplée à des panneaux existants.
D’autres exploitants préfèrent la location de toiture, formule plus tranquille puisqu’elle garantit un loyer sans travail supplémentaire. Cela dit, tout n’est pas rose non plus. La rentabilité dépend fortement de la surface engagée, du type de contrat signé et de la qualité de l’accompagnement en amont, un point sur lequel plusieurs professionnels du secteur agricole insistent régulièrement, notamment via les partenariats noués entre organismes de conseil en élevage et énergéticiens.
Bretagne, Cher, Charente, des territoires qui avancent en ordre dispersé
Le mois de septembre a été particulièrement dense en annonces. En Bretagne, un partenariat entre un énergéticien et une structure de conseil en élevage bovin et caprin vise à concevoir des installations pensées d’abord pour les besoins des exploitations, et seulement ensuite pour la production électrique. Deux jours plus tard, le même énergéticien a signé un second accord, cette fois à l’échelle nationale, avec un réseau dédié aux éleveurs bovins allaitants. Aucune localisation précise de site n’a encore été communiquée pour l’un ou l’autre partenariat, mais la démarche illustre une évolution notable, celle de partir du besoin agricole plutôt que d’imposer un modèle industriel standardisé.
Dans le Cher et en Charente, deux parcs associant élevage ovin et production solaire doivent entrer en service au premier semestre 2028. L’un, à Saint-Just, prévoit la construction d’une bergerie neuve pour accueillir environ cent cinquante brebis aux côtés d’une centrale de 30 mégawatts-crête.






