Trois canicules en deux mois ont fait bouger les lignes. La climatisation, présentée pendant des années comme une « mal-adaptation » au réchauffement climatique, commence à s’imposer comme une nécessité, y compris dans des milieux qui la combattaient jusqu’ici.
Le signe le plus net de ce basculement est venu de Marine Tondelier elle-même. Fin juin, en pleine canicule, la cheffe du parti Les écologistes a lâché, sur le plateau climatisé de BFMTV : « L’urgence dans les années 70, c’était de se battre pour qu’il n’y ait pas de changement climatique ou le moins possible. Là où nous en sommes aujourd’hui, la clim fait partie des solutions. » Une phrase qui aurait difficilement pu sortir de la bouche d’un responsable écologiste il y a encore quelques années.
Des morts qui pèsent dans le débat
Le bilan sanitaire de l’été pèse dans ce basculement. La deuxième canicule de l’année, fin juin, a fait au moins 2 000 morts en France, un chiffre encore provisoire, car on peut mourir « à petit feu » des suites d’un épisode de chaleur. À l’échelle mondiale, la climatisation aurait au contraire permis de sauver près de 200 000 vies en trois ans, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Yves Marignac, expert énergie et porte-parole de l’association négaWatt, constate lui aussi un changement de perspective : « Ces épisodes caniculaires qui se multiplient nous obligent à considérer le fait que même des bâtiments bien conçus, bien isolés, bien ventilés, vont avoir du mal à assurer la fraîcheur nécessaire en été si ces épisodes se multiplient, ce qui pourrait les classer comme passoire énergétique. » Pour lui, la climatisation devient nécessaire « dans une majorité probablement de bâtiments ».
Un consensus se dessine désormais autour des publics les plus fragiles : maisons de retraite, écoles, hôpitaux, avec des recommandations pour garder les logements frais. La question est posée en termes de santé publique plutôt que de confort. Marignac rapporte à ce sujet une remarque entendue lors de tables rondes, venue de représentants du monde de la santé : « J’ai entendu […] à quel point ils étaient choqués qu’aujourd’hui nos centres commerciaux soient climatisés alors que nos hôpitaux ne le sont pas. »
Un équipement en pleine expansion
Sur le terrain, l’équipement progresse déjà nettement : un quart des particuliers en France possèdent un climatiseur, fixe ou mobile, et le pays en vend chaque année 1 million, malgré les défis liés à l’efficacité des climatiseurs. Le phénomène dépasse largement les frontières françaises : la planète compte aujourd’hui 1,5 milliard de climatiseurs, un chiffre que l’Agence internationale de l’énergie voit grimper à 5,5 milliards dans vingt-cinq ans.
L’appareil s’installe aussi dans l’imaginaire collectif et la publicité. Une réclame du fabricant BGH, devenue virale, met en scène un père de famille errant en slip dans un appartement surchauffé sous le regard consterné de ses enfants, avec ce surtitre : « Avec l’été arrive le pire cauchemar de toutes les familles : les pères en slip. »
Yves Marignac va plus loin sur les responsabilités passées. Selon lui, les pouvoirs publics ont longtemps ignoré cette question : « Effectivement, il y a eu un déni, probablement dans les politiques publiques, de la nécessité de traiter le confort d’été, donc le besoin de fraîcheur dans les bâtiments. Et donc, ce dont on se rend compte aujourd’hui, c’est qu’on a été collectivement aveugle. »
Le climatiseur reste toutefois loin de faire l’unanimité comme réponse totale au problème. Sa consommation électrique est importante, il rejette de la chaleur dans la rue, il coûte de l’argent aux ménages et certains modèles laissent s’échapper des gaz à effet de serre.




