Aide carburant de 100€ : le gouvernement « assume » de ne pas la verser automatiquement, les automobilistes doivent la réclamer eux-mêmes

100 euros promis, moins de 40 % des « gros rouleurs » les ont touchés. Pourquoi un tel gâchis ? Entre démarche volontaire boudée et comparaison cinglante avec l’Espagne, le dispositif fait grincer des dents à l’Assemblée.

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Aide carburant de 100€ : le gouvernement « assume » de ne pas la verser automatiquement, les automobilistes doivent la réclamer eux-mêmes
Aide carburant de 100€ : le gouvernement « assume » de ne pas la verser automatiquement, les automobilistes doivent la réclamer eux-mêmes © L'EnerGeek

À peine 1,1 million de personnes ont perçu l’indemnité carburant de 100 euros destinée aux automobilistes « gros rouleurs », alors que près de 3 millions de Français y étaient éligibles. La ministre déléguée à l’Energie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a défendu ce mercredi 15 juillet les modalités du dispositif, tout en encaissant les critiques d’un rapport parlementaire présenté le même jour.

Ce dispositif, lancé fin mai par le gouvernement, vise à amortir la hausse du prix des carburants liée au conflit au Moyen-Orient. Il équivaut à 20 centimes par litre pour une consommation moyenne de six mois. Le montant a d’ailleurs doublé en cours de route : prévu initialement à 50 euros, il a été porté à 100 euros par une annonce gouvernementale le 21 mai 2026.

Une démarche volontaire pointée du doigt

Sur BFMTV, Maud Bregeon a reconnu que « un peu moins de 40 % de ceux qui étaient éligibles » ont réellement touché l’aide. Selon elle, cet écart s’explique par le principe même du dispositif : « On a assumé qu’il faille une démarche volontaire pour toucher cette aide », a-t-elle affirmé.

Concrètement, il faut aller sur impots.gouv.fr, vérifier son éligibilité via un simulateur, puis remplir un formulaire disponible depuis le 27 mai 2026. La date limite pour demander l’indemnité est fixée au 30 juillet 2026.

L’aide cible les personnes dont le revenu fiscal de référence par part, au titre de 2024, ne dépasse pas 16 880 euros, et qui parcourent au moins 15 km par trajet domicile-travail ou 8 000 km par an dans le cadre professionnel.

  • Les véhicules électriques, hybrides rechargeables et les poids lourds sont exclus, tout comme les véhicules de fonction dont le carburant est pris en charge par l’employeur.
  • Le versement, sur le compte bancaire déclaré aux impôts, intervient dans un délai d’environ dix jours après la demande.
  • Une seule indemnité peut être perçue par bénéficiaire.

Le rapport Brun juge l’aide « très insuffisante »

Le même jour, le député PS Philippe Brun a présenté les conclusions d’une mission flash commandée par la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Son constat est sévère : l’aide a été « sous-utilisée », et son montant est « très insuffisant pour les ménages ruraux, en particulier pour les plus modestes ». Il estime aussi que les critères d’attribution sont trop ciblés pour avoir un effet économique réel.

Philippe Brun compare le dispositif français à celui mis en place par l’Espagne, chiffré à 6,8 milliards d’euros, et jugé nettement plus ambitieux. Face à ce contraste, il conclut que « le dispositif d’urgence mis en œuvre par le gouvernement français apparaît en regard, comme particulièrement anecdotique ».

Le député y voit un argument en faveur d’une fiscalité « flottante » sur les carburants, un mécanisme qui abaisserait automatiquement les taxes quand les prix montent, et inversement. Il estime que l’exemple espagnol « démontre […] que le caractère flottant de ces taxes peut être mis en œuvre de manière effective ».

Maud Bregeon a balayé la comparaison. Selon elle, la marge budgétaire dont dispose Madrid pour financer ce type d’aides tient à des choix structurels assumés par l’Espagne : « si l’Espagne aujourd’hui a un déficit […] est en capacité de faire ces aides, c’est parce qu’elle a su faire des réformes », a-t-elle expliqué, citant en particulier celle des retraites.

La ministre a par ailleurs annoncé qu’un bilan complet serait établi à l’échéance de juillet, date à laquelle la prolongation de l’aide arrive à son terme. « Au bout de cette échéance, on fera évidemment un point », a-t-elle indiqué, évoquant des tensions revenues au Moyen-Orient « depuis deux ou trois jours », qui pèsent de nouveau sur les prix du pétrole brut.

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