Eramet : éviction du DG en pleine accélération sur le lithium

Alors qu’Eramet s’impose comme un acteur stratégique des métaux pour la transition énergétique, le départ de son directeur général soulève la question de la cohérence de sa gouvernance avec les choix industriels opérés. Entre accélération sur le lithium et consolidation de ses filières, le groupe affine sa stratégie.

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Eramet : éviction du DG en pleine accélération sur le lithium © L'EnerGeek

Le groupe Eramet a mis un terme le 1er février 2026, au mandat de son directeur général, Paulo Castellari, huit mois seulement après son entrée en fonction. Cette décision intervient dans une phase critique, alors que l’entreprise joue un rôle clé dans l’approvisionnement mondial en métaux pour batteries. Ce changement au sommet interroge la capacité d’Eramet à aligner sa gouvernance sur sa trajectoire industrielle ambitieuse, notamment dans le lithium.

Une gouvernance fragilisée à l’heure des virages énergétiques

En renvoyant son directeur général à peine quelques mois après sa nomination, Eramet expose une tension entre gouvernance d’entreprise et stratégie industrielle de long terme. Le Conseil d’administration évoque dans son communiqué des « divergences sur les modes de fonctionnement » pour justifier cette rupture. En coulisse, c’est l’alignement entre vision stratégique et capacité d’exécution qui semble en cause.

Ce départ intervient alors que Paulo Castellari avait été nommé le 26 mai 2025 pour mettre en œuvre une nouvelle phase de développement orientée vers les métaux critiques. Son mandat faisait suite à la décision de Christel Bories de se retirer des fonctions exécutives, tout en conservant la présidence du Conseil. Huit mois plus tard, c’est elle qui reprend, temporairement, la direction du groupe en tant que directrice générale intérimaire, dans l’attente d’une nouvelle nomination.

Ce changement de direction pourrait ralentir certaines décisions opérationnelles à un moment où la rapidité d’exécution est cruciale pour sécuriser des actifs stratégiques, face à la concurrence mondiale sur les matières premières de la transition énergétique.

Le lithium argentin, fer de lance d’un repositionnement stratégique

Le gisement de lithium en Argentine, mis en exploitation partielle par Eramet en 2025, est présenté par le Conseil d’administration comme un nouveau pilier de croissance. « Le succès de la montée en charge du site de lithium en Argentine donne au Groupe un nouveau pilier de croissance et de performance ». Cet actif est censé faire entrer Eramet dans le cercle restreint des producteurs intégrés de lithium à l’échelle mondiale.

Le lithium est désormais au cœur du modèle économique du groupe minier, qui cherche à capitaliser sur la demande explosive de batteries électriques. Pour cela, il doit sécuriser ses investissements, optimiser sa chaîne logistique et éviter tout retard de production. Or, les choix de Paulo Castellari, notamment sur l’allocation des ressources ou le tempo d’accélération, n’auraient pas trouvé l’adhésion complète du Conseil.

Dans ce contexte, les prochaines semaines seront décisives. La publication des résultats annuels prévue le 18 février 2026 devra montrer la solidité des résultats opérationnels du projet argentin, alors que les marchés restent sensibles à toute forme d’instabilité dans la conduite stratégique des grands groupes liés aux énergies du futur.

Stabiliser le cap industriel : performance, sécurité, réduction des coûts

En toile de fond de cette rupture managériale, le groupe rappelle ses priorités opérationnelles : « améliorer la sécurité, la performance opérationnelle et réduire les coûts ». Ces objectifs s’inscrivent dans une logique de discipline industrielle essentielle pour affronter un environnement concurrentiel, particulièrement sur les marchés du nickel, du manganèse ou du cobalt.

Eramet évolue dans un écosystème énergétique complexe, tiraillé entre exigences écologiques, pression sur les rendements et instabilité géopolitique dans plusieurs zones minières. La performance industrielle n’est plus dissociable de la stratégie énergétique. Cela suppose une gouvernance forte, capable de porter une vision long terme tout en assurant des arbitrages rapides.

La cohérence entre gouvernance, stratégie minière et vision énergétique devient donc centrale pour Eramet. En internalisant à nouveau les fonctions de direction générale, même provisoirement, le Conseil affirme sa volonté de reprendre la main sur un projet industriel désormais trop stratégique pour être piloté à distance.

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