Un vecteur énergétique en forte croissance
Porté par la flambée des prix du gaz et de l’électricité depuis 2022, le bois de chauffage – incluant les bûches, granulés et plaquettes – connaît une dynamique exceptionnelle. Environ 7 millions de foyers français y ont recours, dans un contexte d’incitation à la sortie des énergies fossiles et de soutien public à la rénovation énergétique (MaPrimeRénov’, chèque énergie, etc.).
Mais cette attractivité croissante du bois de chauffage a engendré une multiplication des abus, au point d’alerter les autorités. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) vient de publier, le 8 juillet 2025, les conclusions de son enquête menée entre 2023 et début 2024, dévoilant un niveau de fraude préoccupant et croissant, comparé à la précédente opération de 2021.
185 entreprises passées au crible, un taux d’anomalie élevé
L’enquête a ciblé trois axes : transparence du marché du bois de chauffage, respect du droit de la consommation, et conformité concurrentielle. Sur les 185 entreprises contrôlées, les agents ont prononcé 45 avertissements et 29 injonctions. Les non-conformités constatées s’inscrivent dans toutes les étapes de la chaîne commerciale :
- Non-respect du droit à l’information précontractuelle : plus d’un professionnel sur deux (53 %) ne fournit pas de conditions de rétractation conformes (formulaires absents ou incomplets).
- Affichage défaillant des prix : 37 % des entreprises ne présentent pas clairement le tarif du combustible ni les frais logistiques associés, en contradiction avec les articles L.111-1 et suivants du Code de la consommation.
- Clauses contractuelles abusives : 70 % des contrats analysés comportaient des dispositions illicites (exclusion de remboursement, limitation du droit à réparation, etc.).
- Non-respect des obligations d’information sur le démarchage téléphonique : 53 % ne mentionnent pas la possibilité d’inscription à la liste Bloctel.
- Défaut de médiateur : 62 % des entités ne proposent aucun recours extrajudiciaire à leurs clients.
Un foyer d’irrégularités dans la vente en ligne
Le volet numérique concentre les inquiétudes. Des annonces frauduleuses concernant le bois de chauffage prolifèrent sur les places de marché (Leboncoin, Facebook Marketplace) et les applications de messagerie (Telegram, WhatsApp). Les arnaques suivent un schéma bien rodé : promesses de livraison rapide, tarifs attractifs, visuels séduisants, paiement en ligne… mais aucune marchandise n’est livrée.
Plusieurs sites fictifs ont également été repérés, usurpant l’identité d’entreprises légitimes ou se prétendant affiliés à des fournisseurs comme EDF, dans le but de rassurer les clients.
Ces fraudes exploitent la précipitation des consommateurs, souvent novices dans l’achat en ligne de bois de chauffage. La DGCCRF a prononcé 29 avertissements pour défaut d’étiquetage énergétique, modalités de rétractation absentes ou livraison non détaillée. 23 injonctions ont été notifiées pour infractions graves à la réglementation sur la vente à distance.
Des carences structurelles dans l’appropriation du cadre juridique
Au-delà des pratiques isolées, l’enquête souligne un défaut généralisé de maîtrise du cadre réglementaire par les opérateurs du secteur du bois de chauffage. L’encadrement juridique du bois-énergie reste encore trop peu assimilé par une partie des professionnels, notamment les acteurs émergents et les distributeurs en ligne.
Or, le développement de ce segment est au cœur de la stratégie nationale de transition énergétique, comme en témoigne sa place dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Toute dérive non corrigée risque de fragiliser l’acceptabilité sociale et la durabilité du secteur.
Vers un renforcement des contrôles en 2025
La DGCCRF indique que cette opération servira de base pour un plan de surveillance renforcée. Les investigations de 2025 cibleront notamment les pratiques commerciales en ligne, les distributeurs non référencés de bois de chauffage, et les non-conformités contractuelles persistantes.
En parallèle, les autorités incitent les consommateurs à utiliser la plateforme SignalConso pour signaler tout manquement, et à saisir le Médiateur national de l’énergie en cas de litige non résolu.
Si le bois-énergie constitue une énergie importante pour de nombreux Français, sa montée en puissance nécessite un renforcement de l’encadrement, une professionnalisation accrue des distributeurs et une vigilance permanente des autorités. La lutte contre la fraude devient un enjeu structurel pour crédibiliser ce vecteur énergétique.






