En Polynésie, la transition énergétique ne freine pas la montée des eaux

En Polynésie, la transition énergétique ne freine pas la montée des eaux

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En l’espace de quelques mois, la Polynésie française a donné un sérieux coup d’accélérateur à sa stratégie de transition énergétique. En mai dernier, la collectivité d’outre-mer a inauguré sa nouvelle centrale hydroélectrique. Et le 8 juillet 2019, les représentants à l’assemblée ont donné leur feu vert au nouveau code de l’énergie. La Polynésie s’engage pour atteindre 75% d’énergies renouvelables dans son mix électrique dès 2030. Une ambition exemplaire, qui crédibilise le plaidoyer des petits Etats insulaires, souvent inaudible, malgré le forum organisé par l’Unesco le 11 septembre 2019.

L’indépendance énergétique des îles : une urgente nécessité

Il y a encore quelques années, l’investissement des îles en faveur de moyens de production d’énergie locale était uniquement un enjeu économique. Il s’agissait de lutter contre la dépendance énergétique, et limiter les coûts d’importation de l’énergie, principalement des hydrocarbures. Mais la situation a basculé avec les effets du réchauffement climatique. Tandis que les chercheurs s’alarment du risque de montée des eaux, les îles de la planète multiplient les initiatives en faveur des énergies renouvelables pour s’adapter à la nouvelle donne climatique. Ainsi, la coordinatrice des Nations Unies, Mariko Kagoshima, résume : « les PEID sont particulièrement confrontés au défi du changement climatique en raison de leur petite surface géographique, de leur isolement et de leur exposition ».

La France a ainsi mobilisé ses territoires d’outre-mer, en appuyant de nombreux projets visant à renforcer la production d’électricité verte sur ces territoires isolés. Loin d’être une contrainte, cette nouvelle stratégie énergétique représente au contraire une véritable opportunité économique pour les îles françaises. Comme l’explique l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), les îles françaises sont des zones non interconnectées, il importe donc de développer la production des énergies locales. Toutefois, l’Ademe signale également que « l’atteinte de l’autonomie est difficilement réalisable en 2030 en raison du rythme élevé qu’il implique pour le déploiement des filières renouvelables, au regard, notamment, du développement trop lent constaté entre 2015 et 2018 ».

Polynésie française : 75% d’ENR dans le mix électrique d’ici 2030

Cette opportunité, la Polynésie française a déjà décidé de la saisir. Le 8 juillet dernier, l’assemblée de Polynésie a voté le nouveau code de l’énergie. Ce dernier engage le territoire dans une transition énergétique accélérée. Contrairement à d’autres DOM-TOM, l’île souhaite atteindre une part de 75% d’énergies renouvelables dans son mix électrique dès 2030. Une première étape doit être franchie en 2020, avec une part envisagée à 50% d’ENR dans le mix électrique. L’objectif affiché n’est pas une utopie, notamment grâce à la centrale hydroélectrique Hydromax inaugurée en mai denier. En effet, fin 2018, la Polynésie comptait déjà 30,2% d’ENR dans son mix électrique, avec 25% d’hydroélectricité et 5,2% d’énergie solaire.

Qui plus est, ce nouveau code doit synthétiser les différents engagements pris pour la transition énergétique de l’île. Il vise par ailleurs à faire de l’opérateur Transport d’Energie électrique en Polynésie (TEP) le maître d’œuvre de la future transformation du réseau électrique. De plus, ce nouveau code stipule que les énergies fossiles ne bénéficieront plus d’aucune aide. La Polynésie ne financera plus aucune installation de production d’électricité fonctionnant aux énergies fossiles. Plus largement, toute nouvelle installation recourant aux énergies fossiles sera interdite. Il n’y aura d’exception que si une alternative renouvelable est impossible « dans des conditions économiques ou techniques soutenables ».

La situation particulière des petits Etats insulaires

À l’occasion du Forum des partenaires des Caraïbes de 2019, le 11 septembre 2019, la directrice de la division des Politiques scientifiques et du renforcement des capacités de l’UNESCO, Peggy Oti-Boateng a rappelé l’importance de la lutte contre le changement climatique pour les petits Etats insulaires. Selon elle, « nous devons travailler ensemble, mobiliser tous nos systèmes de connaissances et notre capacité à assurer la résilience de nos sociétés ». Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, exhorte quant à lui à ne plus se contenter de « beaux discours » sur cette question… Lors de la réunion qui aura lieu dans quelques jours à New-York pour le climat, il espère sans doute que de nombreux territoires auront la volonté d’imiter la Polynésie.

Et si Hamada Madi, le Secrétaire général de la Commission de l’Océan Indien, précise que « les Etats membres de la COI sont à des stades de développement très différents », pour souligner que « les problématiques [liées à l’énergie] ne sont pas les mêmes », tous les petits Etats insulaires sont confrontés au même paradoxe. En effet, alors qu’ils représentent seulement 1% des émissions de gaz à effet de serre, ils sont en première ligne face à la montée des eaux.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Des milliards d’euros d’investissements sans aucun résultat probable sur le climat ! Quel gâchis ! Comment en est-on arrivé là ?

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