Climat : les financements des pays développés insuffisants et "surévalués"

Climat : les financements des pays développés insuffisants et “surévalués”

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Près de deux an et demi après la COP21 et l’accord international sur le climat signé à Paris, l’heure est au bilan pour l’ONG Oxfam qui alerte sur la situation « critique » liée à la surévaluation systématique des financements climatiques. Dans un rapport publié jeudi 3 mai 2018, intitulé « 2018 : les vrais chiffres des financements climat », l’ONG dévoile le décalage « préoccupant » existant entre les financements promis aux pays en développement pour lutter contre le changement climatique et les fonds réellement alloués par les pays développés.

L’Accord de Paris et la promesse des 100 milliards de dollars

Réunis à Bonn du 6 au 10 mai 2018 pour une nouvelle session de négociations relatives à l’application concrète des mesures de l’Accord de Paris, les 195 délégations signataires devront faire face à de nouvelles polémiques concernant l’un des dossiers les plus sensibles des négociations : les financements. Un rapport publié jeudi 3 mai 2018 par l’organisation non gouvernementale Oxfam alerte sur la faiblesse des financements accordés jusqu’à présent par les pays plus riches en direction des pays en développement pour lutter contre le changement climatique.

Pour rappel, l’Accord de Paris sur le climat signé en décembre 2015 prévoit, outre l’objectif de limiter la hausse des températures à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, le financement annuel d’ici 2020 de 100 milliards de dollars au profit des Etats les plus vulnérables au réchauffement climatique. Ces fonds doivent être mobilisés conjointement par les pays développés pour soutenir l’action climatique dans les pays en développement et les aider à la fois à réduire leurs émissions et à s’adapter aux impacts du changement climatique.

Des financements climat réels largement surévalués

Problème, cet engagement est aujourd’hui très loin d’être tenu et le rapport de l’Oxfam sur « Les vrais chiffres des financements climat » est des plus inquiétants. Selon les données récoltées, « le montant total déclaré par les bailleurs (…) sur la période 2015-2016 » ne s’élèverait qu’à « 48 milliards de dollars par an » et serait en outre largement surestimé, précise l’Oxfam. L’assistance « spécifique au climat » n’avoisinerait en réalité que 16 à 21 milliards de dollars, l’enjeu climatique ne constituant dans la majorité des cas qu’une partie des projets financés par les pays du Nord. Sur le contenu de ces financements, l’ONG met tout particulièrement en exergue la faiblesse des financements consacrés à l’adaptation au changement climatique qui ne représentent que 20% des fonds alloués pour la période 2015-2016 (contre 19% pour la période 2013-2014), la plus grande partie des fonds étant toujours captée par les politiques d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

Sur la forme, si l’Oxfam reconnaît qu’il est effectivement difficile d’établir un chiffrage exact des contributions tant les informations récoltées peuvent être disparates (certains pays ne précisent pas la part bilatérale et multilatérale des fonds publics alloués et d’autres comme les Etats-Unis ont tout bonnement refusé de communiquer leurs données), ces entraves techniques ne peuvent remettre en cause l’analyse et la criticité de la situation tant le décalage avec les montants promis est important. Précisons ici que ces difficultés devraient diminuer à terme compte tenu des deux groupes de travail mis en place par l’Accord de Paris sur la prévisibilité et la comptabilisation des financements des pays développés vers les pays du Sud.

Faire face aux conséquences du changement climatique

A seulement deux ans de la date butoir prévue pour atteindre les 100 milliards de dollars annuels, on est donc toujours loin du compte, selon l’ONG qui alerte sur ces tendances « très préoccupantes pour les pays et les populations les plus pauvres dans le monde », et rappelle la nécessité de mobiliser de très fortes sommes pour aider les pays en développement. « Pour des millions de personnes vivant dans les pays et les communautés les plus pauvres du monde, les tendances en matière de financement climat sont alarmantes. Le fossé reste vertigineux entre les ressources dont disposent les pays en développement pour s’adapter au changement climatique et les risques croissants auxquels ils sont confrontés », explique l’ONG.

Le rapport rappelle par exemple que 20 millions de personnes dans le monde sont menacées par la sécheresse et la famine en Afrique de l’Est, et que les inondations en Asie du Sud font chaque année des dégâts considérables. En publiant cette synthèse en pleine session de travail de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’ONG espère donc mettre la pression sur les représentants présents afin de définir au plus vite un mode de comptabilisation efficace des contributions réelles, et donner à l’Accord de Paris un cadre plus contraignant.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Liste des pays également en retard sur leurs objectifs climatiques :

    “Les gouvernements du monde entier doivent intensifier leurs politiques et leurs objectifs climatiques pour les rendre plus conformes à l’Accord de Paris :

    Le Climate Action Tracker a publié de nouvelles évaluations de 23 des 32 pays qu’il suit régulièrement, montrant que certains pays prennent des mesures. Dans le même temps, d’autres pays reculent, risquant de perdre d’importants actifs en continuant à développer le charbon.

    Malgré les progrès accomplis, la plupart des gouvernements ne sont pas en voie de respecter leurs engagements pris dans le cadre des Accords de Paris sur le climat (accords qui, dans bien des cas, sont insuffisants pour maintenir le réchauffement climatique à 1,5 ° C)

    La part du lion de l’analyse de CAT s’est concentrée sur le négatif, en particulier, la réticence apparente ou l’incapacité de certains pays à abandonner le charbon.

    Des pays comme le Japon, l’Indonésie et la Turquie poursuivent toujours la construction de centrales au charbon. La Chine met fin à la construction de centrales au charbon à travers le pays, mais le charbon représente encore environ les deux tiers de la production d’électricité du pays. Plus frappant est la prise de conscience que l’hôte de la COP24 de cette année, la Pologne, qui dépend encore fortement du charbon et est le seul pays de l’UE à planifier une plus grande expansion du charbon.

    Dans le même temps, des pays comme la Corée du Sud, le Chili et l’Allemagne prennent les premières mesures pour l’élimination du charbon, mais des mesures plus concrètes doivent encore être prises.

    À l’inverse, des pays comme les États-Unis et l’Australie sont déterminés à aller de l’avant avec la production de charbon, en dépit de preuves accablantes selon lesquelles les énergies renouvelables sont la technologie privilégiée.

    Selon les politiques actuelles, la part des énergies renouvelables devrait atteindre 21% de la consommation totale d’énergie finale mondiale d’ici 2030 et la baisse rapide des coûts a permis à l’énergie solaire et éolienne de concurrencer les sources de production d’électricité conventionnelles dans plusieurs régions.

    La baisse des coûts, les améliorations technologiques et les cadres favorables alimentent une croissance sans précédent des énergies renouvelables, qui élargit l’accès à l’énergie, améliore les bilans en terme de santé et contribue à lutter contre le changement climatique, tout en créant des emplois et une croissance économique durable.

    Dans le même temps, nous devons être plus ambitieux en exploitant la puissance des énergies renouvelables pour atteindre les objectifs de développement durable et de lutte contre le changement climatique, et prendre des mesures plus délibérées pour parvenir à un avenir énergétique durable.”

    Carte et bilan par pays :

    https://climateactiontracker.org/countries/

    .

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