L'avenir du nucléaire belge vu par l'ex-Directeur de l'agence de sûreté - L'EnerGeek

L’avenir du nucléaire belge vu par l’ex-Directeur de l’agence de sûreté

centrale-de-Tihange_photoHullieInterviewé par Matin Première, Willy De Roovere, l’ancien directeur de l’agence fédérale de contrôle nucléaire (l’équivalant de l’ASN française), est revenu sur le présent et l’avenir du parc nucléaire belge.

Selon De Roovere, même si les centrales ont initialement été conçues pour une durée de 30 ans, leur prolongation, si elle engendrerait des investissements importants, ne représenterait pas de risque pour la sûreté.

« Les centrales ont été adaptées continuellement. Dans le monde, par exemple aux Etats-Unis, il y a des centrales prévues pour un âge de 60 ans. Donc techniquement on peut remplacer des pièces, des grosses pièces même, comme ça se fait par exemple dans les avions ».

Il n’est en revanche théoriquement pas possible de remplacer la cuve d’un réacteur nucléaire, ce qui pose directement la question de l’avenir des réacteurs de Doel 3 et de Tihange 2, actuellement à l’arrêt après que des microfissures aient été détectées sur leur cuve.

Si des tests menés tout au long de la vie des centrales ont montré que des cuves peuvent normalement tenir 60 ans, les défauts constatés sur les deux réacteurs cités précédemment posent un autre problème.

« Dans le cas de Doel 3 et de Tihange 2, ce sont des problèmes spécifiques. A savoir des fissures qui sont parallèles à la surface dans une partie inférieure dans la cuve. Il faut voir si ces fissures sont supportables ou non, mais ce n’est pas le matériau de base qui est en question ». L’analyse d’échantillons prélevés sur les cuves devrait apporter des éléments de réponse.

Si Willy De Roovere ne semble pas très préoccupé par l’état des cuves (les microfissures datant selon lui de la construction du réacteur), il signale en revanche que leur maintien à l’arrêt par mesure de précaution pourrait engendrer un risque de black-out en cas d’un prochain hiver rigoureux.

« C’est tout de même un gros paquet qui manque avec ces réacteurs à l’arrêt. Il faut donc aller chercher l’énergie en dehors de notre pays. Mais si les Etats voisins ont besoin de cette électricité, et ne peuvent pas nous la vendre, je ne suis effectivement pas certain que ce sera une vie facile durant cette période… »

Considérant la place du nucléaire dans le mix belge, même s’il n’est pas judicieux pour l’ancien patron de l’agence fédérale de contrôle nucléaire de renoncer à l’atome aussi rapidement que l’Allemagne, il semble davantage favorable à l’allongement  de la durée de vie des réacteurs existants qu’à la construction de nouveaux.

« Une nouvelle centrale, c’est jusqu’à dix ans de construction, puis peut-être trente ou quarante ans de fonctionnement. Cette longue période demande une stabilité de décision : si venait à être validée la construction d’une nouvelle centrale, il faut que les gouvernements qui suivent ne changent pas l’accord, ni les lois, ce qui permettrait un business plan qui tient la route ».

Pour conclure, il ajoute :  « il nous faut de l’électricité. L’énergie verte a sa place, et, personnellement, je ne suis pas 100% favorable au nucléaire s’il n’y a pas de réflexion. Mais je pense qu’il a tout de même se place dans les différents moyens de production ».

Rédigé par : arthur-leroy

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