Le nucléaire américain est toujours au point mort Le nucléaire américain est toujours au point mort

Le nucléaire américain est toujours au point mort

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Fin juillet 2017, le nucléaire américain a connu un nouveau revers : l’arrêt des travaux pour la construction de deux réacteurs nucléaires en Caroline du Sud a été annoncé. Alors que le secteur espérait, il y a encore dix ans, se déployer à grande échelle sur le territoire américain, son avenir semble désormais plus compromis que jamais. Victime de ses coûts élevés, de sa mauvaise presse et de la concurrence d’autres sources d’énergie, le nucléaire ne parvient toujours pas à s’imposer dans le mix énergétique américain.

L’échec du projet nucléaire Summer

Le 31 juillet 2017, les autorités de Caroline du Sud ont annoncé la fin des travaux pour la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires : le projet a été malmené au point de ne plus pouvoir être sauvé. Deux compagnies, la Santee Cooper et la South Carolina Electric & Gas avaient été choisies pour mener à bien ce projet nucléaire baptisé Summer. Avec un budget de 11,5 milliards de dollars, la nouvelle centrale nucléaire devait être livrée en 2020. Mais c’était sans compter les retards accumulés ainsi que les normes de sécurité nucléaire de plus en plus exigeantes. Devant tant de difficultés, les deux entreprises ont préféré jeter l’éponge : en l’état actuel des choses, la centrale n’a aucune chance d’être livrée avant au moins 2024, et pour terminer le projet il faudrait doubler le budget initial. Inconcevable pour les entreprises car le projet Summer n’aurait alors aucune chance de devenir rentable.

La répartition des réacteurs reste très déséquilibrée : certains états refusent d’investir dans l’énergie nucléaire.

Le nucléaire américain : une énergie à l’arrêt

Ce coup dur pour le projet Summer résume à lui seul l’état du secteur nucléaire américain. Développé dans les années 1960, le nucléaire civil américain n’a jamais vraiment réussi à s’imposer et il est resté, au fil des décennies, une source d’énergie relativement anecdotique. En 2016, le nucléaire ne pesait que 19,7% dans le mix électrique américain. Un profil énergétique aux antipodes du mix français qui repose majoritairement sur l’énergie nucléaire. En 2006, l’administration américaine souhaitait relancer le nucléaire civil et espérait installer 45 nouveaux réacteurs sur le territoire américain à l’horizon 2030. Avec l’arrêt du projet Summer, il ne reste désormais plus qu’un seul réacteur nucléaire en construction, dans l’état de Géorgie, et aucune autre construction n’est prévue pour l’instant.

La concurrence du gaz de schiste

Si l’énergie nucléaire peine à séduire aux Etats-Unis, c’est notamment à cause de l’accident de la centrale de Three Mile Island en 1979 (le cœur d’un réacteur avait partiellement fondu et plus de 200 000 personnes avaient dû fuir) mais c’est surtout parce que cette ressource est peu compétitive par rapport aux autres énergies. Longtemps concurrencé par le charbon-roi, le nucléaire américain souffre depuis quelques années de la comparaison avec le gaz de schiste qui a le vent en poupe outre-atlantique.

Les ressources de gaz de schiste sont très importantes sur le continent nord-américain, et l’exploitation tourne actuellement à plein régime. Là où l’exploitation d’un site gazier permet d’obtenir un kilowatt d’électricité à 1 000 dollars, il faut compter 10 000 dollars pour 1 kilowatt issu de l’énergie nucléaire. Ce manque de compétitivité, ajouté aux suspicions liées à la sécurité des réacteurs, a tué dans l’oeuf tout espoir pour le nucléaire américain de se relever. Aujourd’hui, le gaz naturel pèse 33,8% dans le mix électrique américain, suivi de près par le charbon qui représente 30,4%.

La part du nucléaire américain reste stable tandis que celle du gaz progresse depuis plusieurs années.

La lente agonie du nucléaire américain

L’arrêt du projet Summer n’est pas un épisode isolé : il résume la stratégie américaine qui consiste à ne pas investir dans une énergie qui n’a pas fait ses preuves sur le territoire. Un statu quo qui ne pourra pas toujours durer : les 99 réacteurs américains actuellement en service ont pour la plupart été construits entre les années 1970 et 1985. La question de leur fin de service devrait donc se poser dans les prochaines années. Mais comment remplacer cette source d’énergie ? La majorité des réacteurs sont situés dans l’est du pays, principalement dans les grands bassins d’activité industrielle (l’Illinois, berceau de l’industrie automobile américaine, est l’état dans lequel on compte le plus de réacteurs). Afin de gagner du temps, les entreprises responsables des centrales ont déjà lancé des demandes pour prolonger la durée d’exploitation. Octroyés pour une durée de base de quarante ans, certains visas d’exploitation ont déjà été prolongés : certaines centrales pourraient donc connaître une durée d’activité de quatre-vingt ans.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Cà devrait influencer aussi la situation en Grande-Bretagne et ailleurs et n’est pas seulement lié au prix du gaz de schiste mais à la concurrence des énergies renouvelables. Le constat est le même partout et ce n’est finalement pas plus mal dès lors que le bilan des renouvelables est meilleur en terme d’émissions, de recyclage, de coûts, d’emplois, de risques, d’absence de déchets d’ultra longue durée, de radioactivité mondiale, de dissémination, d’intégration, de ressource, d’indépendance de pays comme de régions communes etc, de pluralité d’énergies etc :

    « With renewables providing more and more cheap power in Europe and across the world, it seems unlikely that any of the new generation of large nuclear plants will ever be able to compete. »

    https://www.ecowatch.com/westinghouse-nuclear-2469123144.html

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    • Vous continuez à mettre en opposition nucléaire et renouvelables alors que cette approche est complètement contre-productive, et dénoncée par tous les experts du climat à commencer par le GIEC.

      En effet, contrairement à ce que vous affirmez, les ENR intermittentes ne peuvent pas remplacer massivement les énergies pilotées telles que la nucléaire, en l’état actuel et à venir des technologies.

      Quant à votre affirmation sur le bilan carbone des ENR face au nucléaire, elle est complètement fausse au moins en France, avec un bilan carbone de l’ordre de 10gCO2/kWh pour le nucléaire, 15 pour l’éolien, et 120 pour des panneaux PV produits en Chine.

      Sur les coûts, là encore votre comparaison est biaisée alors que ces moyens de production ne rendent pas du tout le même service : Le solaire produit aux environs de midi et surtout en été, l’éolien produit quand il y a du vent, mais le besoin est permanent, particulièrement le soir en hiver.

      Le modèle que vous promouvez est appliqué par l’Allemagne (du moins elle essaie). C’est un échec total, tant en terme de coûts (un kWh pour les particuliers deux fois plus cher que le nôtre) que d’emplois (l’Asie tient 90% de la production de panneaux PV) et d’émissions polluantes (l’Allemagne est un des plus gros pollueurs d’Europe, au total comme par kWh).

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  • « Aujourd’hui, le nucléaire est l’apanage des économies planifiées et des régimes autoritaires qui ont de gros moyens financiers, comme la Russie et la Chine », note Nicolas Goldberg, analyste au cabinet Colombus Consulting. Résultat, outre l’ex-empire du Milieu, la quasi-totalité des projets se trouvent dans des pays dépendant de la sphère d’influence des chinois CGN et CNNC et du géant russe Rosatom (Vietnam, Hongrie, Turquie) »

    https://www.challenges.fr/entreprise/energie/le-non-a-l-atome-se-propage-dans-le-monde-entier_485701

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    • Utiliser un cas particulier pour en tirer une règle générale est une erreur grossière de logique.

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    • Par ailleurs, votre exemple illustre les contraintes croissantes que les ENR intermittentes posent pour la stabilité du réseau.

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  • Comment remplacer le nucléaire ? Mais c’est tout simple ! : diminuer la consommation d’électricité et continuer à développer les énergies renouvelables.

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    • C’est tellement simple que pour l’instant personne n’y est arrivé. Sans même parler de l’impact financier ou environnemental.

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