Dans son rapport publié le 2 novembre 2026, TotalEnergies dessine trois évolutions possibles du système énergétique mondial jusqu’en 2060. Le groupe anticipe une progression de l’électricité et des technologies bas carbone, tout en soulignant la persistance du pétrole et du gaz. Pour l’Union européenne, le financement des réseaux et la sécurité des approvisionnements deviennent deux enjeux indissociables.
Le TotalEnergies Energy Outlook 2026, huitième édition du rapport annuel du groupe, paraît dans un contexte de fortes tensions sur les marchés des hydrocarbures. La crise du détroit d’Ormuz, évoquée par l’entreprise, a ravivé les préoccupations liées à l’approvisionnement, tandis que les ventes de véhicules électriques accélèrent dans plusieurs régions.
Ce contraste structure les projections de TotalEnergies : la recherche de sécurité énergétique encourage les États à diversifier leurs sources, mais le rythme d’électrification dépend aussi des infrastructures et des investissements disponibles.
Une transition électrique qui s’accélère, portée notamment par la Chine
Selon le groupe, les investissements mondiaux dans les technologies bas carbone et l’électrification des usages finaux sont passés d’environ 1 200 milliards de dollars en 2015 à 2 100 milliards en 2025. La Chine occupe une place centrale dans cette évolution : TotalEnergies lui attribue environ 60 % des nouvelles installations solaires mondiales, 70 % des nouvelles installations éoliennes et 60 % des ventes de voitures électriques.
Cette dynamique se retrouve également en Asie, en Amérique latine et en Europe. TotalEnergies observe depuis le deuxième trimestre 2026 une accélération des ventes de véhicules électriques, qu’il rapproche de la hausse des prix du pétrole et du gaz liée à la crise au Moyen-Orient. L’entreprise souligne toutefois que la durée de cette accélération reste déterminante pour l’évolution future de la demande d’hydrocarbures. Reuters rapporte la même prudence dans les déclarations des dirigeants du groupe.
Le développement de la production électrique bas carbone ne suffit pas à lui seul : les réseaux doivent pouvoir acheminer cette énergie, les systèmes électriques gérer l’intermittence de certaines sources et les consommateurs disposer d’équipements adaptés.
Trois scénarios, trois niveaux d’ambition climatique
Le scénario « Trends » prolonge les politiques publiques et les comportements actuels. Dans cette trajectoire, la demande mondiale de produits pétroliers se stabiliserait pendant les années 2030, avant de diminuer lentement. Celle de gaz continuerait de progresser avant de plafonner dans les années 2040. TotalEnergies associe ce scénario à un réchauffement estimé entre 2,6 et 2,8 °C à l’horizon 2100.
Le scénario « Momentum » suppose une électrification plus soutenue, un recul marqué du charbon dans les pays de l’OCDE et un usage du gaz comme énergie de transition dans l’industrie et l’électricité. Le réchauffement associé serait compris entre 2,3 et 2,4 °C.
Enfin, « Rupture » part d’un objectif climatique plus exigeant, avec une coopération internationale beaucoup plus forte et une baisse accélérée de l’utilisation du charbon. L’entreprise lui associe une hausse de température de 1,8 à 1,9 °C. Il s’agit de trajectoires construites à partir d’hypothèses différentes, et non de prévisions certaines.
Pourquoi les réseaux électriques sont décisifs pour la France et l’Europe
Le diagnostic européen est particulièrement concret. TotalEnergies estime que l’Union européenne avance dans la décarbonation de son électricité, mais doit simultanément financer des investissements massifs dans les réseaux, préserver la compétitivité de son industrie et contenir les coûts supportés par les ménages et les entreprises.
Le groupe prévoit, dans sa trajectoire tendancielle, que les énergies fossiles représenteraient encore environ 60 % de l’énergie primaire européenne en 2035. Cette proportion illustre le décalage entre un mix électrique de plus en plus décarboné et des usages du transport, du chauffage ou de l’industrie qui restent dépendants des combustibles.
Pour la France, dotée d’un important parc nucléaire et engagée dans l’électrification de ses usages, les enjeux portent sur la capacité des réseaux à accueillir de nouvelles consommations, le coût des équipements et l’évolution des marchés européens du gaz et de l’électricité. Le rapport n’annonce aucun changement de tarif réglementé ni de facture individuelle : il expose les conditions structurelles qui pèseront sur le système énergétique.
La sécurité des stocks demeure parallèlement un sujet immédiat. Dans une intervention rapportée le 2 novembre par Reuters, Patrick Pouyanné juge peu probable une pénurie de gaz en Europe cet hiver, mais avertit que des stocks moins remplis peuvent renchérir les achats de gaz naturel liquéfié.
Un paysage énergétique de plus en plus régionalisé
Le rapport distingue des stratégies nationales divergentes. Les États-Unis s’appuient sur leur production de pétrole et de gaz, tandis que la Chine investit dans l’électricité, les renouvelables, le nucléaire et ses chaînes industrielles. L’Inde et plusieurs économies émergentes doivent concilier une forte croissance de la demande d’énergie avec le financement de leurs infrastructures.
Pour l’Europe, cette fragmentation complique les arbitrages : il faut développer une production électrique moins carbonée, moderniser les réseaux et conserver des approvisionnements suffisamment diversifiés pour résister aux crises. Les trois scénarios de TotalEnergies montrent surtout que le résultat dépendra des décisions d’investissement et des politiques publiques prises au cours des prochaines décennies.






