L’Europe devrait pouvoir se fournir en gaz durant l’hiver 2026-2027, mais à un coût élevé. C’est l’analyse présentée lundi 2 novembre par Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies, alors que les réserves gazières européennes abordent la saison de chauffe à des niveaux contrastés. Le sujet n’est pas seulement la quantité de gaz disponible : il concerne aussi le prix nécessaire pour attirer des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL).
Ce que TotalEnergies anticipe pour le gaz cet hiver
Lors d’une présentation des perspectives énergétiques du groupe, Patrick Pouyanné a écarté le scénario d’une pénurie physique de gaz en Europe. Selon Reuters, qui a recueilli ses déclarations le 2 novembre, le dirigeant considère en revanche que les Européens devront payer davantage pour sécuriser leurs achats.
Il critique l’assouplissement anticipé des exigences de stockage, qui aurait laissé les pays européens entrer dans l’hiver avec des réserves moins abondantes. Son raisonnement repose sur un marché mondial tendu : les acheteurs européens sont en concurrence avec l’Asie pour les cargaisons de GNL, dans un contexte de perturbations des exportations du Golfe liées à la guerre en Iran.
Cette appréciation est celle du dirigeant d’un fournisseur majeur de gaz et de GNL. L’évolution réelle de l’approvisionnement dépendra des températures, de la consommation, des livraisons et de la situation géopolitique au cours des prochains mois.
74,62 % de stocks dans l’Union européenne, 61,03 % en Allemagne
Les données de Gas Infrastructure Europe, arrêtées au 1er novembre 2026, montrent un taux de remplissage des stockages de 74,62 % dans l’Union européenne, représentant 845,22 térawattheures de gaz. La situation varie sensiblement selon les pays.
L’Allemagne, premier marché de stockage de l’Union, affiche 61,03 %, contre 86,68 % en France et 91,14 % en Italie. Ces écarts illustrent des stratégies et des conditions de remplissage différentes. Ils influencent la marge de manœuvre de chaque pays lorsque les soutirages augmentent avec le froid.
Un taux de stockage ne résume toutefois pas, à lui seul, la sécurité d’approvisionnement. Les importations par gazoduc, les arrivées de GNL, les interconnexions européennes et la demande industrielle comptent également. Berlin a ainsi assuré le 2 novembre que ses approvisionnements restaient sécurisés malgré des réserves plus faibles, selon les informations recueillies par l’AFP.
Pourquoi des stocks moins remplis peuvent renchérir le gaz
Les réserves souterraines permettent de couvrir une partie de la demande lorsque la consommation hivernale augmente. Si elles sont moins abondantes au début de la saison, les fournisseurs peuvent devoir acheter davantage de gaz sur les marchés internationaux pour compléter les volumes disponibles.
Cette concurrence pour les cargaisons de GNL est d’autant plus sensible que les flux depuis le Moyen-Orient sont perturbés. Le contrat européen de référence a franchi les 100 euros par mégawattheure à la clôture du 28 octobre, rappelle Reuters. Ce niveau traduit une tension de marché ; il ne correspond pas directement au tarif facturé à chaque foyer français.
Le 28 octobre, le groupe norvégien Equinor avait également souligné le risque d’une nouvelle poussée des prix en cas de vague de froid tardive, lorsque les réserves seront davantage sollicitées. Son directeur général Anders Opedal précisait que le niveau futur des prix restait impossible à prédire, dans des déclarations rapportées par Reuters.
La France dispose d’une réserve plus élevée, mais reste exposée au marché européen
Avec des stockages remplis à 86,68 % au 1er novembre, la France aborde la saison de chauffe avec un niveau supérieur à la moyenne de l’Union. Son approvisionnement dépend néanmoins aussi des achats internationaux, des contrats de livraison et des échanges avec les pays voisins.
Pour les entreprises énergivores comme pour les fournisseurs, l’enjeu sera de sécuriser les volumes tout en maîtrisant les coûts d’achat. Pour les particuliers, les répercussions éventuelles dépendront du type de contrat, des mécanismes tarifaires et du calendrier de révision des offres. Les prochaines semaines permettront de mesurer si la demande hivernale accentue la concurrence pour le GNL ou si les flux disponibles suffisent à stabiliser les marchés.






