Dans son Energy Outlook 2026 publié le 2 novembre, TotalEnergies dessine trois trajectoires du système énergétique mondial jusqu’en 2060. Même dans son scénario de transition plus volontariste, le groupe aboutit à un réchauffement estimé supérieur à 2 °C en 2100. Le rapport met également en avant un obstacle industriel central : l’électrification avance, mais les réseaux, les coûts et les tensions géopolitiques peuvent en limiter le rythme.
Trois trajectoires, et aucune prévision unique
Le groupe distingue un scénario « Trends », qui prolonge les orientations actuelles des politiques publiques et les comportements observés, un scénario « Momentum » supposant une action plus soutenue, et un scénario « Rupture » construit à partir d’un objectif climatique de moins de 2 °C. Ces trajectoires sont des scénarios conditionnels élaborés par une entreprise énergétique, et non des prévisions certaines ou un nouveau consensus scientifique.
Dans « Trends », la demande mondiale de produits pétroliers augmente encore avant de se stabiliser au cours des années 2030, puis de diminuer lentement. La demande de gaz continue de progresser avant de se stabiliser dans les années 2040. TotalEnergies associe ce scénario à une hausse de température de 2,6 à 2,8 °C d’ici 2100. Il suppose notamment que les pays de l’OCDE n’atteignent pas la neutralité carbone en 2050.
Le scénario « Momentum » envisage une électrification plus forte, un recul marqué du charbon dans les pays industrialisés et une diffusion des carburants bas carbone dans les usages difficiles à électrifier. Malgré ces transformations, le réchauffement associé reste évalué entre 2,3 et 2,4 °C. Le scénario « Rupture », plus exigeant en matière de coopération internationale et de réduction des combustibles fossiles, aboutit quant à lui à une plage de 1,8 à 1,9 °C selon les hypothèses retenues.
Les réseaux électriques deviennent un facteur limitant
L’un des enseignements du document concerne la différence entre développer des capacités de production renouvelable et pouvoir effectivement électrifier les transports, les bâtiments et l’industrie. Dans le scénario tendanciel, TotalEnergies souligne les contraintes d’infrastructures, notamment celles des réseaux électriques, ainsi que les coûts et les tensions géopolitiques. Ces freins peuvent ralentir l’adoption des véhicules électriques, des pompes à chaleur et des nouvelles capacités de production bas carbone.
Cette analyse intéresse directement les acteurs français du réseau et de la production électrique. Construire davantage de moyens de production ne suffit pas si les raccordements, les renforcements des lignes, la flexibilité de la consommation et le stockage ne suivent pas. Le rapport ne fournit cependant pas, dans son communiqué de synthèse, de montant précis à investir dans le réseau français ni de calendrier réglementaire nouveau : il s’agit d’un diagnostic de scénario à l’échelle mondiale.
Le choc énergétique de 2026 peut accélérer certains usages
Le document souligne un paradoxe. La crise énergétique liée au détroit d’Ormuz renforce l’attention portée à la sécurité des approvisionnements fossiles, tout en rendant plus attractives certaines alternatives locales et électriques. TotalEnergies observe depuis le deuxième trimestre 2026 une accélération des ventes de véhicules électriques en Asie, en Amérique latine et en Europe, ainsi qu’une progression des exigences d’incorporation de biocarburants.
Selon les informations recueillies par Reuters le 2 novembre, les dirigeants du groupe considèrent néanmoins qu’il est trop tôt pour conclure que cette accélération restera durable. Une baisse ultérieure des prix des hydrocarbures pourrait modifier les arbitrages des consommateurs. Le rapport ne démontre donc pas que la crise entraînera mécaniquement une réduction permanente de la demande de pétrole.
Pour l’Europe, un arbitrage entre sécurité et décarbonation
Dans sa synthèse, TotalEnergies estime que les énergies fossiles représentent encore environ 60 % de l’énergie primaire mondiale en 2035, toutes trajectoires confondues selon la formulation du groupe. L’Europe est décrite comme confrontée à un double impératif : sécuriser ses approvisionnements pendant la transition et financer une électrification suffisamment rapide sans affaiblir la compétitivité industrielle.
Ce constat doit aussi être lu à la lumière des activités de son auteur, présent dans le pétrole, le gaz et l’électricité. Les hypothèses retenues et les choix de scénario sont discutables et ne constituent pas une validation indépendante des investissements fossiles. Pour les décideurs énergétiques, le point opérationnel reste la coordination entre production, réseaux et usages : les ambitions climatiques ne se traduisent en réductions d’émissions que si les infrastructures permettent réellement de substituer de l’électricité bas carbone aux combustibles fossiles.






