Énergie orbitale : le projet de Star Catcher face au défi des data centers

Star Catcher lance en octobre 2026 son prototype Protostar pour démontrer la transmission d’énergie par laser entre satellites.

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Énergie orbitale : le projet de Star Catcher face au défi des data centers © L'EnerGeek

En octobre 2026, Star Catcher a lancé Protostar depuis Vandenberg à bord d’une fusée SpaceX. L’objectif était de démontrer qu’un satellite pouvait alimenter un autre satellite par faisceau laser, sans câble. Cette avancée technique soulève une question énergétique cruciale : l’orbite peut-elle répondre à la demande croissante d’électricité des data centers dédiés à l’intelligence artificielle, ou s’agit-il simplement de déplacer le problème à 400 kilomètres d’altitude ?

La crise énergétique de 2026 : l’IA consomme plus que le Japon

Selon les prévisions, les data centers mondiaux consommeront 945 térawattheures d’électricité en 2030, soit le double de 2024. Cette consommation dépassera celle du Japon. L’essor de l’intelligence artificielle génère des besoins énergétiques que les réseaux terrestres peinent à satisfaire. Andrew Rush, PDG de Star Catcher, souligne que l’énergie est un facteur limitant pour les applications spatiales majeures, allant de l’informatique orbitale basée sur l’IA à l’observation de la Terre.

En septembre 2026, le Texas a suspendu les permis de construction de data centers afin d’évaluer leur impact sur les ressources en électricité et en eau. Ce moratoire illustre le refus croissant d’accueillir ces infrastructures énergivores. Face à ces restrictions, Google a lancé un satellite équipé de puces d’IA Trillium, testant ainsi le calcul orbital comme alternative à la consommation terrestre.

Les avantages solaires de l’orbite : lumière continue et intensité accrue

L’espace offre un avantage énergétique considérable : le Soleil brille en permanence, et l’absence d’atmosphère permet une intensité solaire dix fois supérieure à celle au sol. Star Catcher exploite cette ressource en utilisant des lentilles pour concentrer la lumière solaire, la convertir en faisceau laser infrarouge, puis la transmettre vers les panneaux photovoltaïques d’un satellite voisin. Andrew Rush explique que, sans réseau électrique dans l’espace, il est essentiel de créer une infrastructure énergétique orbitale.

Transmission laser : une solution pour l’espace, pas pour la Terre

Star Catcher ne prévoit pas d’envoyer de l’énergie vers la Terre, se concentrant sur l’alimentation des satellites en orbite. Protostar doit déployer un CubeSat et diriger un faisceau laser vers ses panneaux solaires pour mesurer l’énergie reçue. Fin 2025, la start-up a validé son logiciel lors de la mission Sextant Alpha, réussissant à transmettre plus de 1,1 kilowatt à des panneaux solaires au sol. Cette technologie vise à créer un réseau électrique spatial, où les satellites reçoivent l’énergie d’une centrale orbitale, évitant ainsi le besoin de batteries lourdes.

Défis énergétiques : rendement et refroidissement en orbite

Chaque étape de la chaîne énergétique entraîne des pertes. La concentration solaire atteint un rendement de 80 à 90%, mais la conversion en laser infrarouge tombe à 40-50%. La transmission dans l’espace perd 10 à 20% par diffraction, et la réception par panneaux photovoltaïques convertit environ 30% du laser en électricité. Le rendement global se situe donc entre 10 et 15%. L’intérêt réside dans la disponibilité constante et l’économie de masse : chaque kilo de batterie économisé libère de l’espace pour d’autres équipements.

Le refroidissement en orbite est un autre défi. Sur Terre, l’eau et l’air dissipent la chaleur, mais dans l’espace, seul le rayonnement thermique fonctionne, ce qui est moins efficace. Les puces Trillium de Google génèrent une chaleur intense, nécessitant des radiateurs surdimensionnés, augmentant ainsi la masse et le coût. Google estime que l’orbite deviendrait économiquement viable à 200 dollars par kilogramme lancé, un objectif envisageable avec les lanceurs Starship de SpaceX vers le milieu des années 2030.

Perspectives 2030-2035 : l’orbite, une solution énergétique ?

Star Catcher a levé 65 millions de dollars en financement privé et obtenu 60 millions de dollars de la US Space Force, qui considère cette infrastructure comme stratégique. Cependant, la question énergétique globale reste en suspens. Bien que l’orbite offre une énergie solaire abondante, les pertes de rendement et les contraintes thermiques limitent sa viabilité pour les grands data centers. L’Europe, avec l’initiative SOLARIS de l’ESA, explore la transmission par micro-ondes, potentiellement plus efficace sur de longues distances.

L’énergie orbitale ne résoudra probablement pas la crise énergétique terrestre avant 2035, mais elle pourrait créer une infrastructure spatiale autonome, alimentant les constellations de satellites et les stations scientifiques. Star Catcher ouvre la voie à un réseau électrique spatial où l’énergie circule entre satellites comme elle le fait entre centrales et villes sur Terre. Reste à savoir si l’humanité choisira de transférer ses besoins énergétiques vers l’espace ou de repenser sa consommation au sol. Pour l’instant, Protostar teste cette promesse d’un espace où l’énergie est abondante.

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