Des ouvriers du bâtiment mettent au jour un navire médiéval de 24,5 mètres enterré sous la rue depuis 650 ans

Quatre ans de travail, deux pays, et un naufrage si brutal que rats, chaussures et cuillères en bois sont restés figés depuis 1374. La plus ancienne boussole d’Europe s’y cachait aussi.

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Des ouvriers du bâtiment mettent au jour un navire médiéval de 24,5 mètres enterré sous la rue depuis 650 ans
Des ouvriers du bâtiment mettent au jour un navire médiéval de 24,5 mètres enterré sous la rue depuis 650 ans © L'EnerGeek

Une étude dendrochronologique publiée en mai 2026 dans la revue Dendrochronologia apporte un éclairage nouveau sur la fabrication du navire retrouvé sous une rue de Tallinn, en Estonie. Ses résultats montrent que la construction s’est étalée sur au moins quatre années et a mobilisé du bois provenant de deux pays.

Le navire en question, surnommé la cogue de Lootsi ou Lootsi 8, avait été mis au jour en mars 2022, lorsqu’une excavatrice creusant les fondations d’un immeuble de bureaux, rue Lootsi, avait heurté du chêne à environ 1,5 mètre sous le trottoir actuel, dans une zone qui formait autrefois une mer côtière peu profonde.

Long de 24,5 mètres, large de 9 mètres et haut de 4 mètres, il figure parmi les plus grandes épaves médiévales retrouvées en Europe du Nord.

Pour mener l’analyse, les chercheurs ont d’abord découpé la coque en quatre sections afin de la transporter jusqu’au Musée maritime estonien. Ils ont ensuite prélevé 97 échantillons de bois sur trois saisons de terrain, dont 87 ont pu être datés avec précision.

Du chêne lituanien coupé sur 2 hivers

Le long du littoral lituanien, des charpentiers ont abattu du chêne pendant deux hivers consécutifs, entre 1370 et 1372, pour fabriquer la coque inférieure du navire. Le bois destiné aux parties supérieures, dont la cambuse, a lui été coupé durant l’hiver 1373-1374.

Les éléments amovibles retrouvés à bord proviennent d’arbres abattus ce même hiver, mais poussant près de Tallinn. Un navire commencé en Lituanie aurait ainsi navigué vers le nord pour recevoir ses finitions de la part d’artisans locaux. Les bois de cargaison partagent la même origine que des planches d’une porte encore en place dans la Tour de Brême, vestige des remparts médiévaux de Tallinn.

Reste une question sans réponse : le navire a-t-il été achevé en Lituanie avant de gagner Tallinn pour son équipement final, ou entièrement fini sur place ? Dans les deux cas, il était neuf lorsqu’il a coulé. Aucune trace de réparation majeure n’a été relevée, seulement des torsions et des nœuds mineurs, signe d’un chêne de bonne qualité.

Un quart environ des planches étudiées présentaient des anneaux lunaires, ces couches plus claires qui apparaissent lorsqu’un froid sévère ou des branches cassées empêchent un arbre de développer un bois de cœur résistant. Une étude allemande sur le chêne n’en avait trouvé que dans 1 % des arbres examinés.

Sur la cogue de Lootsi, 21 des 87 échantillons datés en portaient la trace, soit 24,1 %. Là où ce défaut affaiblissait les planches externes, les charpentiers ont fixé des renforts internes pour empêcher la coque de se briser, preuve qu’ils savaient repérer les faiblesses du bois et les compenser.

Un abandon précipité

L’état de la coque, restée suffisamment intacte pour que tout son contenu soit demeuré en place, suggère un naufrage soudain plutôt qu’un abandon organisé. Chaussures en cuir usées, outils, armes, une cuillère en bois datée d’environ 1300, donc déjà ancienne au moment du naufrage, et deux rats de navire conservés dans du goudron renversé d’un tonneau percé ont ainsi été retrouvés tels quels.

Plus de 20 chaussures, dont les semelles avaient été réparées à la main pendant leur usage, ainsi que des fruits et du poisson conservés, complètent l’inventaire.

Priit Lätti, chercheur au Musée maritime estonien, a expliqué dans un entretien à la télévision estonienne qu’il ne pensait pas que l’inventaire ait simplement été laissé sur le navire, qu’il s’agissait très probablement d’un naufrage, et que les gens avaient dû quitter le navire à la hâte, laissant tout en désordre.

Le dernier chargement du navire avant le naufrage était du gros bois de chêne et des tuiles de toit en céramique, destinés à la construction. La poupe s’est révélée bien conservée, contrairement à la proue : celle-ci avait fini par émerger après le naufrage, et des récupérateurs locaux avaient scié des sections de la structure exposée.

Parmi les objets remontés figure aussi une boussole sèche à aiguille, que les chercheurs considèrent comme la plus ancienne de ce type encore fonctionnelle jamais retrouvée en Europe.

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