Google a annoncé, le 9 septembre 2026, un investissement d’au moins 13 milliards d’euros dans ses infrastructures finlandaises, réparti sur les chantiers de 2027 et 2028. Ce programme, le plus important jamais engagé par le groupe en Europe, est conditionné à un contrat d’achat d’électricité de 22 ans signé avec l’énergéticien Fortum, rapporte Clubic. L’accord porte sur jusqu’à la moitié de la production de la centrale nucléaire de Loviisa, à une centaine de kilomètres à l’est d’Helsinki.
50 % de la centrale de Loviisa à partir de 2030
Le contrat débutera en 2028 avec un volume limité de courant, avant de monter en puissance : entre 2030 et 2049, Google pourra acheter jusqu’à 50 % de la capacité de Loviisa, soit environ 4 TWh par an à pleine charge, une puissance moyenne proche de 450 MW.
La centrale, composée de deux réacteurs à eau pressurisée en service depuis la fin des années 1970 et développant chacun 507 MW, produit actuellement environ 8 TWh par an, près de 10 % de l’électricité consommée dans le pays.
Sans programme de prolongation, ces réacteurs n’auraient pas pu fonctionner au-delà de 2027 et 2030. Fortum prévoit environ 1 milliard d’euros d’investissements entre 2023 et 2050 pour les moderniser et viser un fonctionnement jusqu’en 2050, dont 700 millions restent soumis à des décisions d’investissement non encore prises.
L’énergéticien indique que l’engagement de Google lui donne la visibilité financière nécessaire pour poursuivre ce programme, qui doit aussi accompagner une hausse de puissance de 38 MW déjà programmée et permettre 10 MW supplémentaires. Google et Fortum ont par ailleurs signé un protocole pour examiner de nouvelles capacités renouvelables, des moyens de flexibilité et d’éventuels nouveaux réacteurs sur le site.
3 data centers et un pari sur 37 000 emplois
Google annonce trois nouveaux data centers à Kajaani, Muhos et Vaala, dans le nord du pays, ainsi qu’une extension de son site historique de Hamina, une ancienne papeterie acquise en 2009 et refroidie à l’eau froide de la mer. Un projet de récupération de chaleur doit y couvrir jusqu’à 80 % des besoins annuels du réseau urbain local, et Google explore avec les gestionnaires de réseau des scénarios de flexibilité, une piste déjà testée sur ce site pendant la crise énergétique de 2022-2023.
À Kajaani, une batterie de 94 MW optimisée par Fortum doit entrer en service fin 2027 pour absorber les variations de la production éolienne et participer aux marchés de services du gestionnaire de réseau Fingrid.
Selon les chiffres avancés par Google, la phase de construction soutiendrait plus de 37 000 emplois à l’échelle du pays et contribuerait en moyenne à hauteur de 3,6 milliards d’euros par an au PIB finlandais sur 2027 et 2028. Une fois les installations en service, environ 7 000 emplois seraient soutenus chaque année. Ces projections agrègent fournisseurs, services et consommation locale : Google ne recrutera pas 7 000 personnes directement dans ses data centers.
Le nucléaire, nouvelle option des géants du cloud
La demande énergétique de l’intelligence artificielle profite plus largement au secteur nucléaire. Les géants de la tech se tournent de plus en plus vers cette source d’électricité stable et peu carbonée pour alimenter leurs centres de calcul. Microsoft avait ouvert la voie en 2024 en signant un accord pour relancer un réacteur de Three Mile Island, et Meta a racheté la centrale de Clinton, dans l’Illinois.
Google prépare d’ailleurs, en parallèle de l’accord finlandais, la relance de la centrale de Duane Arnold, dans l’Iowa. Arrêtée depuis 2020 après une tempête ayant endommagé ses tours de refroidissement, cette installation de 615 mégawatts doit redémarrer en 2029 grâce à un prêt de 1,9 milliard de dollars accordé par le Département de l’Énergie américain à l’exploitant NextEra Energy.
L’électricité produite sera en grande partie achetée par Google, qui chercherait à construire jusqu’à six data centers à proximité du site. La Finlande marque, elle, le premier accord nucléaire de Google en dehors des États-Unis.
Selon le rapport 2026 sur l’énergie et l’IA de l’Agence internationale de l’énergie, la consommation électrique mondiale des data centers doit passer de 485 TWh en 2025 à environ 950 TWh en 2030, un total qui couvre l’ensemble des centres de données et pas seulement l’IA. L’agence relève des tensions sur les raccordements au réseau, les équipements électriques et le financement.
Ce que la Finlande gagne, ce que Google garde
Le pays traverse une économie fragilisée par la faiblesse de la demande, la disparition d’une partie des échanges avec la Russie et un chômage supérieur à 10 %. Il compte cependant sur son parc nucléaire, sa production éolienne et le recul d’industries électro-intensives qui a laissé des terrains et raccordements disponibles.
En France, le projet SoftBank, doté de 45 milliards d’euros sur cinq ans pour trois campus totalisant 3,1 GW, reste financièrement plus important que le programme finlandais. Mais ses modalités d’approvisionnement électrique sont moins détaillées, quand Google s’appuie sur un site déjà en activité à Hamina et un contrat nucléaire signé.
Davantage de calcul installé en Europe ne signifie pas mécaniquement davantage de souveraineté européenne. La Finlande captera les chantiers, les contrats énergétiques et une partie des emplois, tandis que Google conservera la plateforme, les marges et le pouvoir de décision sur les processeurs, les modèles et l’allocation des ressources. Ce déséquilibre traverse aussi les projets de Microsoft, Amazon, Meta et OpenAI en Europe du Nord.






