Le ministère bulgare de l’Énergie a annoncé jeudi une décision inédite : l’un des deux réacteurs en fonctionnement de la centrale nucléaire de Kozloduy verra sa capacité réduite de 120 mégawatts. Une première en 52 ans d’exploitation, motivée par une baisse sans précédent et critique du niveau du Danube. L’objectif affiché : garantir le fonctionnement sûr de l’installation qui fournit plus d’un tiers de l’électricité nationale.
Réduction de capacité à Kozloduy : une question de sécurité opérationnelle
Pourquoi réduire 120 MW précisément ?
La centrale nucléaire de Kozloduy exploite deux réacteurs de type VVER-1000, des réacteurs à eau pressurisée de conception soviétique. Chacun affiche une puissance nominale de 1 000 MW. La réduction de 120 MW représente 12 % de la capacité d’un réacteur, soit environ 6 % de la production totale du site. Le ministère bulgare de l’Énergie justifie ce choix par la nécessité de maintenir les paramètres de sécurité dans des marges acceptables, alors que le débit du Danube continue de diminuer. Les systèmes de refroidissement des réacteurs VVER nécessitent un volume d’eau constant pour évacuer la chaleur résiduelle produite par la réaction en chaîne. En dessous d’un seuil critique de débit, la température de l’eau de refroidissement augmente, réduisant l’efficacité des échangeurs thermiques.
Les contraintes de refroidissement face aux niveaux d’eau critiques
Le Danube, long de 2 800 kilomètres, constitue la principale source d’eau de refroidissement pour Kozloduy. Les réacteurs puisent l’eau en amont, la font circuler dans le circuit secondaire, puis la rejettent en aval avec une élévation thermique réglementée. Lorsque le niveau du fleuve baisse drastiquement, deux problèmes surgissent : la quantité d’eau disponible diminue et sa température initiale augmente. Le ministère bulgare précise que « les prévisions pour le débit du Danube en amont de la Bulgarie continuent de montrer une tendance à la baisse ». Dans un tel contexte, réduire la puissance du réacteur permet de limiter la quantité de chaleur à évacuer, préservant ainsi les marges de sécurité thermique.
Un événement sans précédent en 52 ans
Première réduction pour raisons hydrologiques
Depuis sa mise en service en 1974, la centrale de Kozloduy n’avait jamais dû réduire sa production pour des raisons météorologiques ou hydrologiques. Les six réacteurs initiaux (quatre VVER-440 et deux VVER-1000) ont fonctionné à pleine capacité, même durant les sécheresses passées. Les deux réacteurs de 440 MW ont été fermés en 2006 dans le cadre de l’adhésion de la Bulgarie à l’Union européenne, laissant les deux VVER-1000 assurer la quasi-totalité de la production nucléaire du pays. La décision du 21 août 2026 marque un tournant : pour la première fois, les contraintes climatiques imposent une limitation opérationnelle. Le ministère bulgare souligne vouloir « garantir le fonctionnement sûr de la centrale », un impératif qui prime sur les objectifs de production.
Impact sur le parc nucléaire européen
Kozloduy, Cernavoda, Paks : une crise régionale du refroidissement
La Bulgarie n’est pas isolée. La Roumanie a complètement arrêté sa centrale de Cernavoda le 13 août, privant le réseau électrique roumain de ses deux réacteurs CANDU de 700 MW chacun. La Hongrie réduit drastiquement la production de sa centrale de Paks depuis fin juillet, affectant ses quatre réacteurs VVER-440. En Suisse, la centrale de Beznau a été stoppée en juin en raison de températures élevées dans l’Aar. En France, plusieurs réacteurs ont subi des baisses de régime pour respecter les seuils de rejet thermique. Le Danube et ses affluents alimentent directement ou indirectement une part significative du parc nucléaire d’Europe centrale. La synchronisation des réductions de capacité révèle une vulnérabilité systémique : les infrastructures énergétiques critiques dépendent de ressources hydriques désormais instables.






