Le 29 août 2026, une annonce retentissante a été faite, mais elle suscite plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Donald Trump a salué « le plus grand accord pétrolier de l’histoire », impliquant 65 milliards de barils sur 17 gisements vénézuéliens inexploités. Pourtant, l’accord manque de transparence : aucun document officiel n’a été publié, laissant floue la structure opérationnelle et les modalités techniques. Comment les États-Unis obtiendront-ils 55% de la production du Venezuela ? Qui exploitera les gisements de pétrole ? Quand le premier baril sera-t-il produit ? L’accord reste enveloppé d’incertitudes.
Les détails de l’exploitation pétrolière vénézuélienne
55% de la production pour les États-Unis : des modalités encore floues
Un responsable américain non identifié a expliqué que les États-Unis obtiendraient 55% de la production via une combinaison de participation au capital d’une nouvelle société et de droits d’achat de pétrole brut au prix de revient. Ce dispositif permettrait à Washington de contrôler la majorité des volumes extraits tout en minimisant l’investissement initial. Toutefois, la proportion exacte de participation au capital par rapport aux droits d’achat reste incertaine. Les analystes se questionnent : s’agit-il de 30% de capital et 25% de droits, ou d’une autre répartition ? L’absence de documents techniques empêche toute évaluation précise.
Création d’une société privée pour l’exploitation
L’accord inclut la création d’une société distincte pour exploiter les 17 gisements, tout en préservant la souveraineté vénézuélienne sur ses ressources, comme l’a affirmé Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela. La société fonctionnera sous licence vénézuélienne avec une gouvernance partagée, mais les détails comme les statuts ou la composition du conseil d’administration sont inconnus. Ricardo Hausmann, professeur à Harvard, critique cet accord, qu’il juge « honteux », et remet en question sa légitimité constitutionnelle.
Implication des grandes compagnies pétrolières
Chevron, ExxonMobil, Shell et Repsol n’ont pas encore confirmé leur participation. Chevron, qui exploite déjà des coentreprises avec PDVSA, observe la situation avec prudence. Selon Marco Rubio, secrétaire d’État américain, les investissements nécessaires pour ces nouveaux gisements pourraient atteindre 100 milliards de dollars sur 25 ans. Les entreprises réclament des garanties juridiques et une stabilité politique, alors que la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026 a intensifié la volatilité géopolitique.
Calendrier d’extraction et réserves pétrolières
Réserves vénézuéliennes : un long processus d’extraction
Les 65 milliards de barils représentent des réserves prouvées, mais non immédiatement exploitables. Avec une production actuelle de 1,2 million de barils/jour, il faudrait près de 150 ans pour épuiser ces réserves, même si la production des nouveaux gisements atteignait ce niveau. Les experts estiment une augmentation progressive à 200 000 barils/jour la première année, puis entre 500 000 et 800 000 barils/jour après cinq à sept ans. David Oxley de Capital Economics projette un doublement potentiel des réserves américaines, mais pas avant 2035-2040.
Délai avant l’exploitation effective
Les gisements sont actuellement inexploités, nécessitant la construction d’infrastructures complètes. Les étapes préliminaires comprennent des études géologiques, des permis environnementaux, la construction de puits et de pipelines. Les ingénieurs pétroliers estiment un délai de trois à quatre ans avant la première exportation. Euronews souligne que la production a augmenté de 30% entre janvier et juillet 2026 grâce à la réouverture de puits existants, mais exploiter de nouveaux gisements nécessite des ressources bien plus importantes.
Capacité actuelle et perspectives de production
La production vénézuélienne a chuté à 700 000-800 000 barils/jour en 2024-2025 en raison de la crise économique et des sanctions, avant de remonter à 1,2 million de barils/jour en août 2026. L’ajout des nouveaux gisements pourrait potentiellement porter la production à 2,5 ou 3 millions de barils/jour d’ici 2032-2035. Cependant, les tensions sur les marchés pétroliers et les décisions des compagnies pourraient freiner ces prévisions.
Problèmes opérationnels et incertitudes géopolitiques
Défis d’infrastructure et d’investissement
Le Venezuela souffre d’un manque d’investissement chronique. Les raffineries fonctionnent à 30-40% de leur capacité, et les infrastructures d’exportation nécessitent une modernisation. Bien que l’accord prévoie 100 milliards de dollars d’investissements, leur répartition reste floue. Delcy Rodríguez a évoqué des « solutions concrètes », mais aucun calendrier de travaux n’a été annoncé, rendant l’exportation massive incertaine.
Manque de transparence sur les détails de l’accord
Deux jours après l’annonce, aucun document officiel n’a été publié par les États-Unis ou le Venezuela. France Inter souligne que Trump compte sur le pétrole vénézuélien pour influencer les prix de l’essence, mais sans préciser comment les volumes seront transférés sur le marché américain. Des sénateurs américains ont demandé des éclaircissements, laissant planer le doute sur la nature exacte de l’accord.
Incertitudes politiques et risques géopolitiques
La légitimité de Delcy Rodríguez est contestée, n’ayant pas été élue au suffrage universel. Ricardo Hausmann estime que les Vénézuéliens pourraient rejeter cet accord, considéré comme illégitime. Un changement de gouvernement à Caracas ou à Washington pourrait remettre en cause l’accord. Les grandes compagnies pétrolières exigent des garanties solides, et sans ratification parlementaire au Venezuela, la validité juridique de l’accord est fragile.






