Cet ingénieur réfugié a rempli de sable des bouteilles jetées pour bâtir une maison dans le désert : sa grand-mère y vit depuis 2016

Un ingénieur réfugié transforme 6 000 bouteilles jetées en maison résistant vingt fois mieux qu’une brique traditionnelle. Sa grand-mère y gagne 5°C de fraîcheur. Comment ce geste a-t-il changé la vie de tout un camp ?

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Cet ingénieur réfugié a rempli de sable des bouteilles jetées pour bâtir une maison dans le désert : sa grand-mère y vit depuis 2016
Source : capture écran Instagram - @trtworld | L'EnerGeek

En 2016, un ingénieur réfugié sahraoui, Tateh Lehbib Breica, a rempli des bouteilles en plastique jetées avec du sable pour bâtir une maison plus sûre pour sa grand-mère, dans le désert algérien, raconte The Guardian. L’expérience, née d’un geste presque artisanal, s’est depuis étendue à des dizaines de foyers.

L’idée lui est venue après de grandes inondations qui avaient endommagé des habitations dans les camps de réfugiés. Il se retrouvait alors avec un stock de bouteilles jetées, initialement destinées à un jardin sur toit. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), il s’est souvenu d’un documentaire vu autrefois sur la construction avec des bouteilles en plastique et a décidé de tenter l’expérience lui-même.

Il a expliqué qu’à son retour dans les camps, il avait décidé de construire un lieu de vie pour sa grand-mère qui soit plus confortable et plus digne d’elle.

Au départ, ses voisins se sont montrés sceptiques. Voir un jeune ingénieur collecter des bouteilles jetées ne ressemblait pas immédiatement au début d’un projet de logement. Certains le surnommaient l’homme fou des bouteilles. Une fois la maison achevée, les gens ont commencé à venir la visiter. Il a raconté que les gens étaient venus la voir et l’avaient vraiment aimée.

Des bouteilles remplies de sable contre la chaleur et le vent

Techniquement, le principe repose sur des bouteilles de 1,5 litre remplies de sable, empilées horizontalement en une structure circulaire, puis recouvertes de ciment et d’un mélange de terre et de paille faisant office d’isolant. La forme ronde limite l’effet des vents forts et empêche l’accumulation de sable contre les murs lors des tempêtes, contrairement aux maisons carrées traditionnelles où les dunes peuvent, selon Lehbib, atteindre le sommet du toit.

Un double toit et des fenêtres placées à des hauteurs différentes favorisent la circulation de l’air, abaissant la température intérieure de 5°C par rapport aux autres logements du camp. Selon Lehbib, une bouteille en plastique serait vingt fois plus résistante qu’une brique d’adobe traditionnelle, qui se désagrège sous les pluies occasionnelles de la région.

Le projet a fini par attirer l’attention du personnel de l’UNHCR travaillant dans les camps. Le Fonds d’innovation de l’agence a soutenu l’idée comme projet pilote et, en janvier 2017, l’UNHCR a annoncé travailler avec Lehbib à la construction de 25 maisons supplémentaires réparties dans les cinq camps de réfugiés sahraouis d’Awserd, Boujdour, Dakhla, Smara et Laayoune.

Ces logements étaient destinés aux résidents les plus vulnérables, personnes âgées, en situation de handicap ou aux revenus les plus faibles. Chaque maison nécessite environ 6 000 bouteilles et se construit en une semaine.

Tateh Lehbib Breica a grandi dans le camp d’Awserd, près de Tindouf, dans une maison en briques séchées au soleil coiffée d’un toit en tôle de zinc. Il s’est souvenu que sa famille et lui avaient dû endurer de fortes chaleurs, la pluie et des tempêtes de sable qui emportaient parfois le toit.

Il a ensuite étudié les énergies renouvelables à l’université de Tlemcen, en Algérie, avant d’obtenir un master en efficacité énergétique à l’université de Las Palmas de Gran Canaria, en Espagne, grâce à une bourse Erasmus Mundus de l’Union européenne.

Les camps sahraouis autour de Tindouf cumulent des conditions rudes : chaleur dépassant régulièrement 50°C l’été, tempêtes de sable et pluies abondantes périodiques qui endommagent les habitations en adobe. Selon l’UNHCR, les inondations de 2015 et 2016 ont détruit 9 000 logements et 60 % des infrastructures déjà limitées des camps.

Plus de 165 000 Sahraouis vivent en exil dans cette région depuis quarante-deux ans, après avoir fui les forces marocaines lors de la guerre du Sahara occidental. Ils attendent toujours le référendum d’autodétermination promis par les Nations unies lors du cessez-le-feu de 1991.

Tateh Lehbib envisage désormais d’étendre sa méthode à des bâtiments plus grands, avec pour objectif de construire une maison pour chaque famille des camps, tout en reconnaissant que ce n’est pas la réponse finale. Il a confié qu’il ne voulait pas passer toute sa vie en réfugié, qu’il voulait retourner sur leurs terres la tête haute, mais qu’en attendant, il avait le droit de vivre dans la dignité.

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