Alfredo Moser, mécanicien brésilien, a mis au point dans son garage une méthode d’éclairage sans électricité pendant la crise énergétique de 2001, raconte Los Andes. L’idée lui vient pendant une coupure de courant : traverser le toit avec une bouteille remplie d’eau pour capter la lumière du jour et l’envoyer à l’intérieur d’une pièce sombre.
Le principe repose sur une bouteille transparente, d’environ deux litres, remplie d’eau et d’une petite quantité de chlore. Une partie du récipient reste au-dessus du toit, exposée au soleil, tandis que l’autre pénètre dans la pièce. Quand la lumière solaire frappe l’eau, celle-ci la réfracte et la disperse dans plusieurs directions.
C’est là toute la différence avec un simple trou percé dans une toiture : ce dernier ne projette qu’un faisceau vers un point unique, alors que la bouteille répartit la clarté sur une zone bien plus large et pendant plusieurs heures.
Le chlore, lui, sert uniquement à empêcher les algues et les bactéries de troubler l’eau, ce qui opacifierait la bouteille en quelques semaines et réduirait sa capacité à laisser passer la lumière.
Des résultats mesurés
Une étude publiée en 2020 a testé le dispositif dans une habitation à échelle réduite. Lors d’une des mesures, trois bouteilles remplies d’eau et de chlore ont produit 1 739 lux, largement au-dessus des repères habituels : un bureau bien éclairé tourne généralement entre 300 et 500 lux, une pièce résidentielle confortable autour de 150 à 300 lux.
Les auteurs de l’étude ont toutefois averti que des essais plus contrôlés restaient nécessaires pour vérifier la reproductibilité de ces résultats selon les conditions, le rendement dépendant directement de la lumière extérieure disponible.
Le système s’est depuis répandu bien au-delà du Brésil. La littérature académique documente des installations aux Philippines, en Inde, au Bangladesh, en Tanzanie et en Argentine. Aux Philippines, l’ONG Liter of Light l’a déployé dans des milliers de foyers de quartiers populaires, où les maisons en tôle laissaient certaines pièces totalement obscures en pleine journée.
L’avantage principal tient à l’absence totale d’électricité tant qu’il y a du soleil : le dispositif ne produit ni ne stocke aucun courant, il se contente de conduire et redistribuer la lumière naturelle. Il ne demande pas de matériaux coûteux et peut être réalisé avec des outils basiques, ce qui explique sa diffusion dans des habitations aux toits opaques où certaines pièces restent sombres même en journée.
Les limites sont tout aussi nettes. La lampe de Moser cesse de fonctionner dès le coucher du soleil, et son rendement varie selon le rayonnement solaire, le climat et l’emplacement de la bouteille sur le toit. Percer une toiture existante n’est pas un geste anodin : il faut résoudre correctement l’imperméabilisation, l’étanchéité et la résistance de la structure pour éviter les infiltrations.
Une intervention mal réalisée peut provoquer des problèmes d’humidité, en particulier dans une habitation déjà achevée. Introduire une bouteille en plastique dans n’importe quelle couverture ne suffit pas.
Le concept illustre malgré tout comment recyclage, habitat et énergie peuvent se croiser dans une solution simple : une bouteille qui finirait autrement à la poubelle capte la lumière du soleil et la répartit à l’intérieur d’une maison.






