La Basse-Saxe autorise un projet nucléaire franco-russe malgré les tensions avec Moscou

Des experts russes bientôt sur le sol allemand pour fabriquer du combustible nucléaire, malgré la guerre en Ukraine. Sécurité, dépendance énergétique, tensions diplomatiques : ce projet franco-russe divise et soulève bien plus de questions qu’il n’y paraît.

Publié le
Lecture : 3 min
La Basse-Saxe autorise un projet nucléaire franco-russe malgré les tensions avec Moscou
La Basse-Saxe autorise un projet nucléaire franco-russe malgré les tensions avec Moscou © L'EnerGeek

La région allemande de Basse-Saxe a autorisé, mercredi 22 juillet, la production de combustible nucléaire par Advanced Nuclear Fuels (ANF), filiale de l’entreprise française Framatome, en coopération avec le groupe étatique russe Rosatom. D’après Le Figaro, la fabrication doit avoir lieu dans une usine de Lingen, ville du nord-ouest de l’Allemagne située près de la frontière avec les Pays-Bas.

L’autorisation, délivrée par le ministère régional de l’Environnement, concerne un combustible de type russe, compatible avec les réacteurs de conception soviétique ou russe encore en service dans plusieurs centrales d’Europe centrale et de l’Est. Le dossier remonte à mars 2022 : ANF avait déposé sa demande juste après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Un projet qui inquiète sur le plan de la sécurité

L’implication de Rosatom suppose la venue d’experts et d’équipements russes sur le site allemand, ce qui a fait naître des craintes en matière de sécurité nationale. Le gouvernement allemand accuse par ailleurs l’État russe de mener contre lui une guerre hybride, mêlant espionnage, sabotage d’infrastructures et désinformation.

Pour encadrer ces risques, plusieurs mesures ont été annoncées. Les employés de TVEL, la filiale de Rosatom directement concernée, ne pourront accéder au site que dans des cas exceptionnels étroitement limités, et toujours accompagnés. Les équipements et logiciels russes devront rester séparés du reste des installations et faire l’objet d’audits externes. Le combustible à base de gadolinium importé de Russie sera également soumis à des analyses poussées.

Le ministère fédéral de l’Environnement a justifié la délivrance de l’autorisation dans un communiqué : « Les décisions relatives aux demandes d’autorisation sont prises dans le strict respect du droit. Lorsque toutes les conditions requises sont réunies et que les risques identifiés peuvent être suffisamment maîtrisés grâce à des mesures adaptées et aux prescriptions imposées par les autorités, celles-ci sont tenues de délivrer l’autorisation. »

Le ministère précise toutefois que l’autorisation pourrait être réétudiée si de nouveaux risques venaient à être identifiés, notamment en matière de sécurité nationale. Il affirme avoir émis à plusieurs reprises des réserves sur ce dossier qualifié de « particulier », car l’État russe « mène en Europe une guerre d’agression contraire au droit international et considère l’Union européenne, et l’Allemagne en particulier, comme des adversaires ».

Faute de base juridique pour s’y opposer, il estime qu’il faudrait des sanctions à l’échelle de l’Union européenne visant également le secteur nucléaire russe pour pouvoir bloquer ce type de projet.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, les Européens ont sanctionné les importations russes de pétrole et de gaz, mais ont maintenu leur coopération avec Moscou dans le nucléaire civil, faute d’alternative. La Russie contrôle en effet une large part de l’approvisionnement mondial en uranium, grâce à ses propres réserves et à ses intérêts dans d’anciens pays soviétiques comme le Kazakhstan.

D’anciens membres de la sphère d’influence soviétique, ainsi que la Finlande, exploitent toujours des centrales conçues à l’époque de l’URSS et ont besoin de combustibles adaptés à ces installations.

Le ministre régional de l’Environnement de Basse-Saxe, Christian Meyer, chargé du dossier depuis mars 2022, a expliqué avoir été contraint de délivrer l’autorisation, le gouvernement fédéral ayant souligné l’absence de base juridique permettant de la refuser. Il n’en dénonce pas moins la coopération engagée avec Rosatom.

Il a toujours affirmé qu’une coopération étroite avec le groupe nucléaire de Vladimir Poutine était fondamentalement erronée et qu’il faudrait réduire, et non accroître, les dépendances envers la Russie, a-t-il déclaré dans un communiqué. Il qualifie cette autorisation de « signal désastreux pour l’objectif d’indépendance énergétique de l’Europe ».

La France n’est pas en reste dans ce dossier : via Framatome, filiale d’EDF, elle entretient elle aussi des liens étroits avec Rosatom. L’autorisation délivrée à Lingen illustre la difficulté des Européens à se défaire de leur dépendance au nucléaire russe, après le début de l’invasion de l’Ukraine.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.