Alors que les exportations de brut du Golfe remontent à 16,1 millions de barils par jour fin juin 2026, un paradoxe frappe les marchés énergétiques mondiaux. Les produits raffinés, diesel et essence en tête, demeurent nettement plus tendus que le pétrole brut lui-même. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) signale que les stocks pétroliers mondiaux ont atteint 7,959 milliards de barils fin juin, leur plus bas niveau depuis un an, malgré les mesures d’amortissement mises en place depuis mars. Comment expliquer cette déconnexion entre production de brut et disponibilité des carburants à la pompe ?
Le paradoxe du brut : production en hausse, produits raffinés en pénurie
16,1 millions b/j : l’offre de brut du Golfe se redresse, mais le raffinage traîne
La fermeture du détroit d’Ormuz depuis février 2026 avait fait chuter les exportations pétrolières du Golfe de 24 millions à 16,1 millions de barils par jour. Les arrêts de production ont culminé à 11,2 millions de barils quotidiens en mai avant de refluer à 8,3 millions en juin, selon l’Energy Information Administration (EIA) américaine. Malgré la signature d’un mémorandum de compréhension le 18 juin entre Washington et Téhéran pour rouvrir le détroit, les capacités de raffinage n’ont pas suivi la remontée des livraisons de brut. Les infrastructures de transformation restent sous-utilisées, notamment en Asie et en Europe, où les marges de raffinage se sont contractées de 30% depuis le début du conflit.
Diesel et essence : pourquoi ces produits raffinés sont bien plus tendus que le brut lui-même
Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, l’affirme sans détour : « Le raffinage n’a pas augmenté autant que les livraisons de brut, ce qui signifie que les marchés des produits raffinés, notamment le diesel et l’essence, sont nettement plus tendus que ceux du brut. » Les pays membres de l’AIE ont libéré 290 millions de barils sur les 400 millions annoncés en mars, mais cette injection massive de brut n’a pas résorbé la pénurie de carburants transformés. Les prix du diesel en Europe ont bondi de 18% entre juin et juillet, tandis que l’essence affiche une hausse de 12% sur la même période. Les consommateurs subissent directement ces tensions : le prix du fioul domestique reflète ces déséquilibres structurels.
Chaînes d’approvisionnement alternatives : États-Unis, Brésil, Kazakhstan face à la fermeture d’Ormuz
Augmentation des exportations US et alternatives : une solution durable ou temporaire ?
Les États-Unis, le Brésil, le Venezuela et le Kazakhstan ont intensifié leurs exportations pour compenser les déficits du Golfe. Les livraisons américaines de pétrole brut vers l’Asie ont progressé de 42% au deuxième trimestre 2026, atteignant 3,8 millions de barils par jour. Le Brésil a augmenté sa production de 15%, portant ses exportations à 2,1 millions de barils quotidiens. Toutefois, ces flux alternatifs ne compensent que partiellement les volumes perdus. L’AIE souligne que la Chine a joué un rôle stabilisateur en réduisant ses importations de près de 50% par rapport à leur niveau d’avant-guerre, allégeant ainsi la pression sur l’offre mondiale.
Contournement du détroit par Arabie saoudite et Émirats : routes maritimes et coûts logistiques
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont déployé des stratégies de contournement coûteuses. Riyad achemine désormais 4,5 millions de barils par jour via l’oléoduc East-West traversant le royaume jusqu’à la mer Rouge, évitant ainsi Ormuz. Abou Dhabi utilise le pipeline Habshan-Fujairah, d’une capacité de 1,5 million de barils quotidiens, pour exporter vers l’océan Indien. Ces routes alternatives alourdissent les coûts logistiques de 8 à 12 dollars par baril, répercutés sur les prix finaux. Les temps de transport s’allongent de 5 à 7 jours, compliquant la planification des raffineurs européens et asiatiques.
Gaz naturel : 70% de compensation par les producteurs alternatifs
États-Unis et Canada compensent les pertes du Golfe : analyse de la résilience sectorielle
Contrairement au pétrole raffiné, le marché du gaz naturel a mieux absorbé le choc. Fatih Birol précise que « 70% de l’offre perdue de gaz naturel du Golfe a été compensée par d’autres producteurs, notamment les États-Unis et le Canada ». Les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) ont bondi de 28% au premier semestre 2026, atteignant 11,2 milliards de pieds cubes par jour. Le Canada a augmenté ses livraisons vers l’Asie de 19%, portant ses exportations à 4,7 milliards de pieds cubes quotidiens. Cette résilience sectorielle contraste avec les difficultés du raffinage pétrolier, où les investissements en capacités nouvelles tardent à se matérialiser. Les analystes de Goldman Sachs anticipent néanmoins une volatilité persistante si les tensions autour d’Ormuz se prolongent.
Perspectives techniques 2027 : reconstitution des stocks et stabilisation du raffinage
L’EIA projette une reconstitution progressive des stocks mondiaux à partir du quatrième trimestre 2026, avec un rythme de 2,7 millions de barils par jour, puis 5,0 millions en 2027. Le prix du Brent, qui a chuté de 85 dollars en juin à moins de 70 dollars début juillet, devrait se stabiliser autour de 78 dollars au quatrième trimestre 2026 avant de remonter à 82 dollars en 2027. Toutefois, la normalisation complète des marchés de produits raffinés dépendra de nouveaux investissements en capacités de raffinage, estimés à 45 milliards de dollars sur deux ans par l’AIE. Les nouvelles escalades signalées en juillet entre Washington et Téhéran fragilisent ces prévisions. Fatih Birol avertit : « La dégradation de la situation autour du détroit d’Ormuz accentue les inquiétudes concernant la sécurité d’approvisionnement en pétrole et l’incertitude sur les perspectives du marché. » La reconstitution des stocks stratégiques, entamée tardivement, ne suffira pas à résorber les tensions structurelles sur diesel et essence sans une relance massive du raffinage mondial.






