Les cours du pétrole ont franchi ce mercredi 25 juin 2026 un seuil symbolique en passant sous la barre des 70 dollars pour le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence américaine. Le baril de WTI a touché un point bas à 69,63 dollars en séance avant de clôturer à 70,34 dollars, enregistrant une baisse de près de 4 %. Selon CNBC, il s’agit du premier passage sous ce seuil psychologique depuis le 2 mars dernier, soit avant le déclenchement des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran le 28 février.
Le brut retrouve ses niveaux d’avant la crise iranienne
Le Brent de la mer du Nord, étalon international, a suivi une trajectoire similaire. Les contrats à terme pour août ont chuté de 4,3 % pour s’établir à 73,74 dollars le baril, un niveau qui n’avait plus été observé depuis la période précédant immédiatement l’ouverture des hostilités entre Washington et Téhéran. La correction brutale des prix intervient alors que les craintes d’une perturbation durable de l’approvisionnement mondial s’estompent progressivement.
Le détroit d’Ormuz rouvre après des semaines de blocage
L’origine de la détente sur les cours réside principalement dans la reprise du trafic maritime à travers le détroit d’Ormuz, verrou stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. L’Organisation maritime internationale (OMI) a annoncé que plus de 11 000 marins bloqués dans le golfe Persique allaient pouvoir évacuer la zone après l’obtention de garanties de sécurité. « Nous avons obtenu les garanties de sécurité nécessaires et avons soigneusement vérifié les conditions permettant une navigation sûre pour soutenir ces opérations », a déclaré Arsenio Dominguez, secrétaire général de l’OMI, dans un communiqué.
La réouverture s’effectue « en étroite coopération avec l’Iran, Oman, tous les autres États côtiers de la région, les États-Unis et l’industrie maritime », a précisé M. Dominguez. La perspective d’un retour à la normale des flux d’hydrocarbures a immédiatement rassuré les investisseurs, provoquant une chute rapide des cours qui avaient atteint des sommets durant la crise.
Une prime de risque géopolitique encore visible
Malgré la baisse significative, les prix du pétrole demeurent sensiblement plus élevés qu’avant le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Fin février, le Brent s’échangeait aux alentours de 70 dollars le baril. Depuis, les cours ont connu une envolée spectaculaire, dépassant à plusieurs reprises les 80 dollars, voire franchissant brièvement des niveaux bien supérieurs lors des moments les plus tendus du conflit.
La prime de risque géopolitique, qui s’était installée durablement sur les marchés énergétiques, commence seulement à se résorber. Les analystes soulignent toutefois que la situation reste fragile. Les négociations entre Washington et Téhéran sur un éventuel accord nucléaire et la fin définitive des hostilités sont toujours en cours, et leur issue demeure incertaine. Toute rupture des pourparlers pourrait rapidement faire remonter les cours.
Trump accuse les compagnies pétrolières de ne pas répercuter la baisse
Alors que les cours du brut s’effondrent, le président américain Donald Trump a vivement critiqué mercredi les grandes compagnies pétrolières, les accusant de ne pas répercuter suffisamment vite la baisse sur les prix à la pompe pour les consommateurs. « Les grandes compagnies pétrolières ne baissent pas leurs prix à la pompe proportionnellement aux prix beaucoup plus bas qu’elles paient pour le pétrole. Ces prix chutent comme une pierre ! », a écrit Trump sur Truth Social.
Le président américain est allé plus loin en dénonçant ce qu’il considère comme une pratique abusive : « En d’autres termes, les clients se font ‘arnaquer’. J’ai demandé au ministère de la Justice de commencer immédiatement à enquêter sur cette question. Les prix de l’essence doivent commencer à baisser beaucoup plus vite que ce que je constate ! » CNBC a contacté le département de la Justice américain pour obtenir des commentaires, sans réponse immédiate.
Karen Young, chercheuse principale au Center on Global Energy Policy de l’université Columbia, a qualifié l’intervention de « théâtre politique », soulignant que « ce n’est pas vraiment comme cela que fonctionnent les prix de l’essence aux États-Unis ». Elle a rappelé à CNBC que « il y a des taxes étatiques et locales qui s’appliquent au prix de l’essence dans les stations-service américaines » et que « cela dépend vraiment des raffineurs, et il faut quelques semaines avant que les prix du brut ne baissent, puis les prix dans les raffineries, puis pour les consommateurs, avant qu’ils puissent vraiment réagir ». En France, TotalEnergies maintient son plafonnement des prix, une mesure qui illustre la diversité des mécanismes de régulation tarifaire selon les pays.
Des chaînes d’approvisionnement mondiales perturbées
Au-delà des cours du pétrole, la crise du détroit d’Ormuz a provoqué des perturbations majeures dans les chaînes logistiques internationales. Aditi Rasquinha, directrice générale de DHL Global Forwarding pour la Grande Chine, a expliqué à CNBC que « les pressions sur la chaîne d’approvisionnement ont augmenté en raison de délais de transit plus longs pour les navires piégés dans le détroit d’Ormuz et des perturbations de la capacité de fret aérien ».
« Avec la réouverture du détroit, une grande partie de cela devrait s’atténuer », a-t-elle ajouté, tout en précisant qu’il faudrait du temps pour que la chaîne d’approvisionnement se normalise complètement. Les entreprises du monde entier, qui avaient dû recourir à des routes alternatives coûteuses et plus longues, anticipent désormais une amélioration progressive de leurs conditions d’acheminement.
Les valeurs pétrolières chutent, d’autres secteurs en profitent
La chute des cours du brut a eu des répercussions immédiates sur les Bourses mondiales. Les valeurs pétrolières ont particulièrement souffert : selon le Winnipeg Free Press, Exxon Mobil a perdu 2 % et Chevron a chuté de 2,6 % à Wall Street. À l’inverse, d’autres secteurs ont bénéficié de la détente. En Inde, par exemple, les indices de référence ont fortement progressé mercredi, soutenus par la baisse du pétrole brut qui apaise les craintes inflationnistes.
Le Sensex a grimpé de 790,54 points, soit 1,04 %, pour clôturer à 76 991,22, tandis que le Nifty a gagné 197,55 points, soit 0,83 %, pour s’établir à 24 021,65. Les secteurs bancaire et technologique ont mené la hausse, les investisseurs saluant la perspective d’une inflation maîtrisée grâce à des coûts énergétiques plus faibles. La roupie indienne s’est également renforcée de 11 paise pour atteindre 94,65 face au dollar américain, aidée par la baisse des prix du pétrole.
Incertitudes diplomatiques et inflationnistes
Si la tendance baissière actuelle rassure les consommateurs et les économies importatrices nettes, plusieurs zones d’ombre subsistent. Les négociations entre les États-Unis et l’Iran restent complexes et fragiles. Le président Trump a affirmé mardi que Téhéran avait accepté des inspections nucléaires indéfinies, une déclaration immédiatement contestée par l’Iran, jetant un doute sur la solidité de l’accord en cours de discussion.
Par ailleurs, les marchés financiers anticipent désormais avec une probabilité de 86 % une hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine d’ici décembre 2026, en réponse à une inflation persistante alimentée notamment par les récentes tensions sur l’énergie. La probabilité d’une hausse dès juillet est passée de 8,5 % il y a une semaine à 36 %, tandis que celle de septembre a bondi de 29,1 % à plus de 70 %, selon les données du CME FedWatch.
Les investisseurs attendent avec impatience la publication jeudi de l’indice des prix PCE (Personal Consumption Expenditures), la mesure d’inflation privilégiée par la Fed. Les économistes prévoient que les prix ont augmenté de 4,1 % en mai, ce qui constituerait le niveau le plus élevé depuis trois ans. Une telle donnée pourrait compliquer davantage la trajectoire des prix de l’énergie et des matières premières, à l’image du fioul domestique dont les tarifs restent étroitement liés aux fluctuations du brut.
Enfin, la production de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar pourrait revenir à la normale dans les prochaines semaines, à mesure que le trafic maritime à travers Ormuz se rétablit progressivement. La perspective contribue également à apaiser les tensions sur les marchés énergétiques européens et asiatiques, fortement dépendants des importations qataries.
Le retour du pétrole sous les 70 dollars pour le WTI et autour de 74 dollars pour le Brent marque une étape importante dans la normalisation post-conflit. Toutefois, la volatilité reste de mise tant que les négociations diplomatiques n’auront pas abouti à un accord définitif et vérifiable entre toutes les parties concernées.






