Thales UK teste une arme à micro-ondes pour stopper les attaques par essaims de drones

Thales UK franchit une étape décisive avec son arme RapidDestroyer qui a neutralisé 80 drones lors d’essais récents. Cette technologie à micro-ondes révolutionne la lutte anti-essaims avec un coût de seulement 10 pence par tir, transformant l’économie de la défense aérienne moderne.

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Thales UK teste une arme à micro-ondes pour stopper les attaques par essaims de drones
Thales UK teste une arme à micro-ondes pour stopper les attaques par essaims de drones © L'EnerGeek

Une arme à micro-ondes neutralise 80 drones d’un coup

Le groupe français Thales vient de franchir une étape décisive dans la guerre électronique anti-drones. Lors d’essais menés en avril 2026 sur le site de Pershore dans le Gloucestershire, son système d’arme à énergie dirigée RapidDestroyer a neutralisé 80 drones en un seul essai. Cette performance marque une rupture technologique majeure face aux essaims d’aéronefs sans pilote qui transforment les conflits modernes.

Contrairement aux systèmes de brouillage traditionnels qui perturbent les communications, le RapidDestroyer détruit physiquement les composants électroniques embarqués. Cette arme à radiofréquences émet des ondes de haute intensité qui s’infiltrent dans les circuits sensibles des drones, provoquant leur chute immédiate sans possibilité de redémarrage.

Cette démonstration intervient dans un contexte géostratégique où les essaims de drones commercialisés saturent les défenses conventionnelles. En Ukraine, ces appareils représentent désormais près de 80 % des pertes au combat, exploitant leur nombre et leur coût dérisoire pour submerger les systèmes d’interception classiques.

Une révolution économique dans la défense aérienne

L’avantage économique du système développé par Thales UK bouleverse l’équation de la défense anti-aérienne. Chaque tir coûte environ 10 pence, soit quelques centimes d’euro, contre plusieurs centaines de milliers d’euros pour un missile intercepteur. Cette rupture tarifaire rend enfin viable la neutralisation de drones fabriqués en série pour quelques dizaines d’euros.

L’entreprise britannique Teledyne e2v, partenaire technologique de Thales dans ce programme, a contribué à optimiser l’architecture du système. La nouvelle génération d’émetteurs intègre quatre antennes plates disposées en réseau, concentrant davantage d’énergie sur les cibles et augmentant significativement la portée effective.

Intelligence artificielle et automatisation poussée

Le RapidDestroyer se distingue par son haut degré d’automatisation. Un seul opérateur peut piloter l’ensemble du système, épaulé par des algorithmes d’intelligence artificielle qui gèrent la détection, le suivi et l’évaluation des menaces. Cette intégration technologique réduit drastiquement les temps de réaction face aux attaques coordonnées.

Le système s’intègre naturellement dans l’écosystème de défense ForceShield de Thales, aux côtés des missiles LMM (Lightweight Multi-role Missile). Cette approche multicouche optimise l’allocation des ressources : les munitions coûteuses pour les cibles de haute valeur, l’énergie dirigée pour les essaims.

Les spécifications techniques révèlent une portée effective d’environ un kilomètre, suffisante pour protéger des installations fixes ou des convois militaires. Cette limitation altimétrique restreint toutefois son usage contre des appareils évoluant à haute altitude.

Une course technologique mondiale

Cette percée de Thales s’inscrit dans une compétition technologique mondiale intense. Outre-Atlantique, l’US Air Force développe le système THOR (Tactical High-power Operational Responder), tandis qu’Epirus équipe la marine américaine de son Leonidas, capable de neutraliser même les drones pilotés par fibre optique.

Au Royaume-Uni, le consortium DragonFire (MBDA, Leonardo, QinetiQ) a décroché en novembre 2025 un contrat de 316 millions de livres pour intégrer un laser sur destroyer de type 45 dès 2027. La France privilégie l’approche laser avec le programme Syderal, confié à MBDA, Safran, Thales et Cilas pour un déploiement prévu vers 2030.

Vulnérabilités et contraintes opérationnelles

Malgré ses performances remarquables, le RapidDestroyer présente certaines vulnérabilités. Les drones pilotés par fibre optique échappent aux ondes radio, tandis que d’autres embarquent des protections contre le brouillage ou des blindages électroniques spécifiques.

Son large cône d’action pose également des défis en zone urbaine ou près d’infrastructures sensibles. Selon Justin Bronk du Royal United Services Institute (RUSI), « l’arme excelle pour défendre une base isolée ou un navire, mais convient mal à un aéroport, où les dégâts collatéraux deviennent menaçants ».

Les implications énergétiques soulèvent par ailleurs des questions pratiques. Alimenter en permanence des émetteurs haute puissance nécessite des générateurs robustes ou des connexions au réseau électrique, contraintes logistiques non négligeables sur le terrain. Ces systèmes énergivores posent des défis similaires à ceux rencontrés dans d’autres technologies émergentes gourmandes en électricité.

Vers un déploiement opérationnel

Le ministère britannique de la Défense finance actuellement ce programme sans calendrier officiel de mise en service. Le consortium associe QinetiQ, Teledyne e2v et Horiba Mira, créant plus de 135 emplois qualifiés outre-Manche. La prochaine étape prévoit une phase d’intégration sur véhicule militaire en conditions opérationnelles réelles.

Cette montée en puissance technologique illustre une transformation profonde des conflits contemporains. En brisant la logique économique des attaques de masse, Thales et ses partenaires redéfinissent les règles d’engagement dans un environnement où la saturation numérique remplace progressivement la puissance de feu traditionnelle.

L’enjeu dépasse toutefois le cadre militaire. Entre de mauvaises mains, ces technologies pourraient menacer des infrastructures civiles critiques ou servir d’instruments de répression. L’encadrement juridique international de ces armes à énergie dirigée reste largement à construire.

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