Le Parlement taïwanais doit amender une loi encadrant les télécommunications afin de faciliter l’implantation de Starlink sur l’île. Le Legislative Yuan a déjà adopté l’examen initial de ces modifications au Telecommunications Management Act, qui assouplissent les restrictions imposées aux opérateurs satellites étrangers.
Concrètement, la loi actuelle oblige tout opérateur télécom à avoir un président taïwanais et plafonne la participation étrangère à 49 %. Les députés veulent introduire un examen au cas par cas, qui permettrait d’exempter des entreprises comme Starlink de ces plafonds.
Le texte a déjà reçu le feu vert d’une commission parlementaire, et fait l’objet d’un consensus rare : le Kuomintang et le Parti populaire de Taïwan, qui contrôlent l’assemblée, votent dans le même sens que le Parti démocrate progressiste du président.
La peur d’un isolement total en cas de conflit
Taïwan ne possède aucun satellite en orbite et dépend entièrement des câbles sous-marins pour communiquer avec le reste du monde. Un talon d’Achille, selon le député du Kuomintang Huang Chien-hao : « Pour le dire clairement, si un conflit éclatait entre les deux rives du détroit et que le PCC (Pékin) coupait tous les câbles sous-marins de Taïwan […] Taïwan se retrouverait en théorie sans aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur. »
Pékin considère l’île comme partie intégrante de son territoire et n’exclut pas d’y recourir à la force, tandis que le gouvernement de Taipei revendique le statut d’État souverain. Dans ce climat, les satellites en orbite basse comme Starlink sont vus comme une redondance bienvenue face à un scénario de coupure totale.
Huang Chien-hao rappelle que ce type de système a déjà servi de relais dans plusieurs crises récentes : « Nous avons également constaté, lors des récents conflits, notamment la guerre entre l’Iran et les Etats-Unis, la guerre entre l’Ukraine et la Russie, ainsi que lors des premières manifestations en Iran, qu’une grande partie des informations parvenues au monde extérieur avait été transmise via le satellite Starlink. »
Washington aurait d’ailleurs fait entrer clandestinement des milliers de terminaux Starlink en Iran au plus fort de la répression à Téhéran, pour connecter les manifestants au monde extérieur.
Son collègue Ko Ju-chun défend une ouverture plus large encore : « Taïwan devrait pouvoir se connecter à n’importe quelle constellation de satellites, car c’est un endroit qui a plus que tout besoin d’une connexion Internet suffisante pour garantir notre sécurité. »
Starlink, encore tiède sur ce marché
L’amendement lève un verrou juridique, mais rien ne garantit que Starlink s’installera à Taïwan. L’entreprise a fait savoir au gouvernement taïwanais que son intérêt pour ce marché n’était « pas particulièrement élevé », selon la ministre des Affaires numériques Lin Yi-jing.
La raison tient en un chiffre : la 4G et la 5G couvrent déjà plus de 99,9 % de la population de l’île, ce qui limite selon l’entreprise le potentiel commercial d’un déploiement satellitaire grand public.
L’analyste politique Cathy Fang, de l’Institut de recherche pour la démocratie, tempère la portée du texte dans une déclaration à l’AFP : « L’amendement lèverait un obstacle juridique majeur, mais la décision finale resterait un choix commercial qui reviendrait à Space X. »
Elle liste les points que les opérateurs devront encore régler :
- les questions d’accès au spectre
- d’infrastructures au sol
- de déploiement des terminaux
- de cybersécurité et de gouvernance des données
- ainsi que sur la taille du marché et la viabilité commerciale
En attendant, l’opérateur historique Chunghwa Telecom a déjà signé des accords avec d’autres entreprises satellites pour prendre le relais en cas de guerre ou de catastrophe naturelle, mais pas avec Starlink. Son président, Alex Chien, s’est dit disposé à devenir « l’agent exclusif » de l’entreprise d’Elon Musk ou à monter une coentreprise avec elle.






