Energie : les saisines du Médiateur baissent, mais…

Le Médiateur de l’énergie révèle un paradoxe en 2025 : malgré une baisse de 10% des saisines globales, des dysfonctionnements persistants chez certains opérateurs et une dégradation de la qualité du réseau électrique inquiètent. Enedis, Primagaz et JPME sont particulièrement pointés du doigt.

Publié le
Lecture : 4 min
Compteur Linky : vous n'en voulez pas mais vous payerez quand même
Energie : les saisines du Médiateur baissent, mais… © L'EnerGeek

Le secteur de l’énergie français affiche un paradoxe en 2025

Le rapport annuel du Médiateur de l’énergie, publié le mardi 2 juin 2026, dresse un tableau contrasté du marché énergétique français. Si les saisines globales ont reculé de 10 % en 2025, avec 10 475 demandes de médiation enregistrées, cette amélioration de façade dissimule des dysfonctionnements persistants chez certains opérateurs et une dégradation préoccupante de la qualité du réseau électrique.

Sur les 28 076 litiges recensés l’année dernière, 6 545 saisines ont été déclarées recevables, soit un recul de 8 % par rapport à 2024. Cette « accalmie sur le marché de l’énergie« , selon les termes mêmes du médiateur Bernard Doroszczuk, tient principalement au reflux des prix de gros et à la généralisation des compteurs communicants Linky.

Une baisse trompeuse des contentieux énergétiques

Le repli des contestations tarifaires constitue le principal ressort de cette embellie. Les saisines liées à la facturation du gaz et de l’électricité ont chuté de 62 % en 2025, reflet de la stabilisation des cours énergétiques après la crise de 2022-2023 et de la fiabilisation des factures rendue possible par les compteurs intelligents.

Cette vue d’ensemble rassurante cache pourtant des évolutions bien moins réjouissantes dans certains segments du marché. Comme le souligne MoneyVox, « cette amélioration ne doit toutefois pas masquer quelques hausses notables de saisines recevables qui appellent à la vigilance ».

Enedis dans l’œil du cyclone : une qualité de réseau qui se dégrade

Le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité concentre les critiques les plus vives du Médiateur. Les saisines recevables relatives aux réseaux de distribution électrique ont bondi de 21 % par rapport à 2024, Enedis étant impliqué dans près de neuf cas sur dix.

Les saisines de raccordement ont progressé de 24 % pour atteindre 354 dossiers, celles portant sur les ouvrages réseau ont augmenté de 11 % avec 210 saisines, et les litiges liés à la qualité de fourniture ont grimpé de 23 % pour s’établir à 444 dossiers. Ces trois catégories représentent ensemble 15 % des saisines recevables. Le médiateur pointe particulièrement « la prise en charge des demandes des consommateurs particulièrement insuffisante dans les régions Provence-Alpes du Sud ainsi qu’Île-de-France Ouest ».

Comme le détaille Selectra, la qualité de l’électricité livrée aux consommateurs se détériore sensiblement, avec des coupures répétées, des microcoupures et des baisses de tension qui frappent en priorité les zones rurales. Ces incidents posent une question de fond : le réseau français sera-t-il en mesure d’absorber l’électrification massive des usages, des véhicules électriques aux pompes à chaleur ? Une problématique d’autant plus aiguë que, comme le rappelle notre enquête sur la consommation énergétique de l’intelligence artificielle, les besoins en électricité ne cessent de s’intensifier.

Deux cartons rouges pour des pratiques inacceptables

Pour la deuxième année consécutive, le Médiateur de l’énergie a distribué des cartons rouges à Primagaz et JPME, deux opérateurs dont les pratiques sont jugées gravement défaillantes, comme le relèvent Le Figaro et Que Choisir.

Primagaz traverse une situation catastrophique depuis fin 2023, date à laquelle le fournisseur a déployé un nouveau système de facturation. Ce spécialiste du gaz de pétrole liquéfié (GPL) a enregistré 638 saisines de clients en 2025, dont près de 500 déclarées recevables. Les dysfonctionnements sont multiples : facturation perturbée, prélèvements bloqués, service clientèle défaillant et absence totale de traitement des réclamations. « Beaucoup de consommateurs ne trouvent pas de solution directe avec ce fournisseur, alors que ce dernier pourrait et devrait leur accorder systématiquement des facilités de paiement et des dédommagements », déplore le médiateur. Certains clients se retrouvent aujourd’hui avec des factures de rattrapage considérables, accumulées au fil de plusieurs mois sans émission de relevé.

JPME (société Actelios Solutions) concentre quant à elle 80 % des litiges liés au photovoltaïque en 2025, avec 621 saisines enregistrées, soit plus du double par rapport à l’exercice précédent. Cette entreprise spécialisée dans le rachat de la production d’électricité solaire des particuliers s’est illustrée par des retards et des défauts de paiement devenus systématiques.

Le photovoltaïque, nouveau terrain de conflits dans l’énergie

L’explosion des litiges dans le secteur photovoltaïque s’impose comme l’une des tendances les plus marquantes de l’année 2025. Le Médiateur de l’énergie constate un doublement des saisines recevables dans ce domaine entre 2024 et 2025, évolution symptomatique d’une filière en pleine croissance mais insuffisamment encadrée.

JPME s’était fait remarquer par des tarifs de rachat attractifs et un dispositif de « batterie virtuelle », assorti de frais d’entrée pouvant atteindre 800 euros. Une fois ces sommes encaissées, de nombreux producteurs se sont heurtés à un « défaut de paiement quasi généralisé » et à des modifications unilatérales des prix de rachat, pratiques qui ont conduit le ministère de l’Économie à retirer, début 2026, l’agrément autorisant JPME à exercer l’activité de fournisseur d’énergie. Ses anciens clients ont depuis été basculés vers EDF ou des distributeurs de dernier recours.

Des défis structurels pour l’avenir énergétique français

Au-delà des défaillances ponctuelles d’opérateurs, le rapport du Médiateur de l’énergie soulève des questions structurelles d’une tout autre ampleur. Le vieillissement du réseau de distribution coïncide avec une électrification accélérée des usages, créant une tension croissante sur une infrastructure nationale conçue pour un monde énergétique bien différent.

Les fraudes aux compteurs Linky constituent un phénomène émergent particulièrement préoccupant : les saisines recevables liées à ces pratiques ont été multipliées par quatre en 2025, avec des fraudes techniquement avérées dans plus de neuf cas sur dix selon le médiateur.

L’autorité s’inquiète par ailleurs des risques géopolitiques qui pèsent sur les approvisionnements. Interrogé sur l’impact potentiel des tensions au Moyen-Orient, Bernard Doroszczuk estime qu' »il y a quelque chose un peu sous le radar » à surveiller de près, particulièrement à l’approche de l’automne 2026. Une vigilance partagée par les observateurs du secteur, à l’heure où les capacités d’enrichissement nucléaire font l’objet de décisions industrielles majeures à l’échelle mondiale.

La situation contrastée du secteur énergétique français illustre, en creux, les contradictions de la transition énergétique : si la volatilité tarifaire s’apaise temporairement, les infrastructures et les acteurs du marché peinent à s’adapter aux nouveaux usages et aux exigences légitimes des consommateurs. La baisse globale des litiges ne doit pas faire illusion ; elle masque des fissures profondes dans l’édifice énergétique national, dont les prochains hivers révéleront peut-être toute l’étendue.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.