Le géant laitier français Lactalis a officialisé jeudi 16 avril une décision qui inquiète les consommateurs : l’entreprise dirigée par Emmanuel Besnier va répercuter sur ses tarifs l’impact financier de la guerre au Moyen-Orient. Cette annonce survient tandis que le groupe familial vient de dévoiler ses résultats annuels 2025, caractérisés par une croissance robuste mais également par des défis géopolitiques d’envergure.
Les hostilités qui ravagent la région depuis fin février ont engendré des surcoûts considérables pour l’industriel lavallois. « Un impact significatif sur les coûts, tant au niveau des transports que des emballages », comme l’a souligné le PDG lors de la conférence de presse organisée à Grenade. Cette situation illustre parfaitement l’interdépendance énergétique mondiale et ses répercussions directes sur l’industrie agroalimentaire.
Lactalis confronté aux répercussions énergétiques du conflit moyen-oriental
Paradoxalement, Lactalis affiche des performances remarquables pour l’exercice 2025. Le chiffre d’affaires s’établit à 31,2 milliards d’euros, enregistrant une progression de 2,9% par rapport à l’année précédente. Le bénéfice net connaît une évolution spectaculaire, bondissant de près de 50% pour atteindre 528 millions d’euros, contre 359 millions en 2024. Cette amélioration substantielle s’explique notamment par la résolution d’un contentieux fiscal qui avait lourdement grevé les comptes de l’exercice précédent.
Emmanuel Besnier a particulièrement mis en avant les succès du groupe sur le continent américain, où les ventes ont franchi pour la première fois le seuil symbolique des 10 milliards d’euros. Cette expansion stratégique confirme la dimension véritablement planétaire de Lactalis, qui exploite désormais 260 sites de production et emploie 85 000 collaborateurs à travers le monde.
L’ampleur des surcoûts énergétiques et logistiques
Thierry Clément, directeur général des opérations, a chiffré les répercussions du conflit moyen-oriental à « plusieurs dizaines de millions d’euros » pour le groupe. Ces surcoûts substantiels découlent principalement de la flambée des prix énergétiques consécutive aux tensions géopolitiques régionales.
La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran depuis le 28 février a provoqué une envolée des cours du pétrole et du gaz, affectant directement les coûts de transport et de production d’emballages. Cette situation rappelle cruellement la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales face aux crises géopolitiques.
Le dirigeant a néanmoins assuré que l’entreprise s’efforcerait de « minimiser l’impact selon les catégories » de produits. Cette approche différenciée suggère que certains segments, notamment les produits de première nécessité, pourraient bénéficier d’une protection relative contre les hausses tarifaires.
Des négociations tendues avec la grande distribution
Face à ces surcoûts inattendus, Lactalis réclame, à l’instar d’autres industriels de l’agroalimentaire, la réouverture immédiate des négociations commerciales avec les distributeurs. L’objectif consiste à partager ces frais imprévus dans un contexte où les marges se trouvent sous pression.
Cependant, les enseignes de la grande distribution manifestent actuellement peu d’enthousiasme pour cette démarche. L’enjeu revêt une dimension stratégique cruciale : il s’agit de déterminer qui, du producteur, du distributeur ou du consommateur, supportera in fine le coût de cette crise énergétique. Les rapports de force commerciaux jouent ici un rôle déterminant dans la répartition de cette charge financière supplémentaire.
Impact différencié sur les ménages français
Les conséquences de cette hausse annoncée varieront considérablement selon les profils de consommation et les capacités financières des foyers. Les produits laitiers représentent une part incompressible du budget alimentaire, particulièrement pour les familles avec enfants et les personnes âgées.
Les marques phares du groupe – Président, Lactel, Galbani, Leerdammer ou encore Parmalat – occupent des positions dominantes sur leurs segments respectifs. Cette situation de quasi-monopole sur certains produits limite les possibilités de substitution pour les consommateurs, qui se trouveront contraints d’accepter ces augmentations.
L’inflation alimentaire, déjà préoccupante ces dernières années, risque de s’accentuer avec cette nouvelle vague de hausses. Les ménages les plus modestes, qui consacrent une proportion plus élevée de leurs revenus à l’alimentation, subiront proportionnellement un impact plus lourd.
Perspectives d’évolution du secteur laitier
Au-delà des difficultés conjoncturelles, cette situation révèle les fragilités structurelles de l’industrie laitière face aux chocs énergétiques. La dépendance aux hydrocarbures pour les transports et la production d’emballages constitue un talon d’Achille majeur du secteur.
Paradoxalement, Lactalis poursuit son expansion internationale avec l’acquisition récente des activités grande consommation de la coopérative néo-zélandaise Fonterra. Cette stratégie de croissance externe témoigne de la confiance du groupe dans ses perspectives à long terme, malgré les turbulences actuelles.
Les investissements prévus en Espagne, à hauteur de plus de 200 millions d’euros d’ici 2030, s’orientent vers la modernisation des équipements et la décarbonisation des activités. Cette démarche s’inscrit dans une logique de réduction de la vulnérabilité énergétique à moyen terme.






