Au 30 octobre 2025, le nucléaire confirme sa dynamique d’embauche sur l’ensemble du territoire. Selon la filière, les effectifs atteignent « autour de 250 000 » emplois, contre 220 000 en 2023, et la trajectoire de recrutement s’étire désormais jusqu’en 2035, avec une cible de 100 000 équivalents temps plein. Cette poussée répond à la prolongation des centrales, à la construction des EPR2 et aux projets innovants, tandis que la pénurie de techniciens se fait pressante, malgré des formations existantes mais encore trop peu fournies.
Prolonger, construire, innover : pourquoi le nucléaire a soif de techniciens
Première explication, le nucléaire doit allonger la durée de vie d’un parc majeur, ce qui requiert une main-d’œuvre qualifiée et disponible sur le terrain. La filière chiffre désormais « autour de 250 000 » emplois, contre 220 000 en 2023, une progression attribuée à la relance et à la préparation des chantiers. Or, pour absorber les arrêts programmés, les opérations lourdes et la maintenance accrue, le besoin de techniciens devient central, notamment dans la chaudronnerie, la soudure, la robinetterie ou la radioprotection, métiers où la tension s’intensifie selon EDF dans un dossier de presse régional récent.
Deuxième moteur, la montée en puissance des EPR2 et des petites innovations de conception ou d’ingénierie exige des profils capables d’intervenir du génie civil aux essais de mise en service. Le nucléaire entre dans une phase de charge élevée : le Gifen anticipe « une augmentation de près de 30 % des achats des maîtres d’ouvrage sur les 5 ans à venir », peut-on lire sur BFMTV, et des pics d’activité en 2026 puis vers 2032, en lien avec la montée des EPR2. Dans ce cadre, les techniciens sont appelés à représenter « les deux tiers des recrutements », a précisé Olivier Bard, délégué général du Gifen : « les techniciens représentent les deux tiers de ces recrutements ».
Une décennie à 100 000 embauches : où, quand, comment ?
Cap vers 2035, le nucléaire vise 100 000 recrutements en dix ans, moitié remplacements, moitié croissance. Le Gifen confirme « 100 000 équivalents temps plein nouveaux pour l’ensemble de la filière » sur la période. Cette cadence, soutenue, suppose un rythme moyen annuel de l’ordre de 10 000 postes. EDF la décline déjà sur le terrain : « La filière nucléaire prévoit 10 000 recrutements annuels sur les dix prochaines années », indique l’électricien. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, plus de 450 postes liés au nucléaire sont annoncés entre 2025 et 2027 au sein d’un plan de 2 700 embauches régionales, avec des techniciens et des ingénieurs visés en priorité.
D’un point de vue métiers, la filière nucléaire bascule progressivement de la phase gros œuvre vers l’intégration d’équipements, ce qui déplace la focale vers des techniciens de maintenance, de conduite, d’essais, ou de contrôle-commande. Les besoins se répartissent entre exploitants et sous-traitants, avec un tissu national de PME-ETI qui concentre près de la moitié des postes selon la filière. À l’échelle du flux, l’effort de formation et de reconversion devient stratégique : la création de l’Université des Métiers du Nucléaire, citée par EDF, s’inscrit dans cet impératif, tout comme les parcours d’apprentissage ciblant les compétences rares de projeteur ou de tuyauteur, afin d’alimenter durablement les chantiers nucléaires.
Marges, prix, investissements : l’équation économique derrière l’essor de l’emploi
Le nucléaire est un secteur capitalistique ; ses marges dépendent du signal prix et du cadre régulatoire. En 2023, la filière a généré 30 milliards d’euros de valeur ajoutée, dont 17 milliards pour EDF ; mais les besoins d’investissement restent considérables, avec des ordres de grandeur évoqués à 25 milliards d’euros par an pour l’électricien, a rappelé la filière. Pour éclairer le contexte, la CRE fixe un repère : le coût complet du parc nucléaire historique est évalué à 60,3 €/MWh (euros 2026) pour 2026–2028. Cette donnée, méthodologiquement structurante, permet de mieux relier les trajectoires d’investissement au besoin d’emplois, notamment dans les équipes de techniciens mobilisées sur la maintenance et la sûreté.
Par ailleurs, le cadre change : l’ARENH s’éteint le 31 décembre 2025 ; un mécanisme de « versement nucléaire universel » entrera en vigueur dès 2026, prévoyant une taxation des revenus nucléaires à 50 % puis 90 % au-delà d’un seuil d’écrêtement. Ce basculement affectera la répartition de la rente et pourrait, selon les volumes de production et les prix de marché, influencer les marges réinvesties dans les programmes industriels. Dans un tel scénario, l’enjeu est d’aligner visibilité économique et trajectoire RH : garantir les flux de formation, fidéliser des techniciens très recherchés et sécuriser les compétences critiques au rythme des pics d’activité identifiés en 2026 et vers 2032.






