À Fos-sur-Mer, le nucléaire modulaire veut reconquérir l’industrie

Le Groupe Unitel, Énergie Hub et Stellaria ont signé le 16 juillet un accord pour développer un hub énergétique intégré à Fos-sur-Mer, autour de réacteurs nucléaires modulaires à sels fondus. L’objectif affiché est de fournir une électricité décarbonée et compétitive aux industriels du bassin. Le projet intervient dans un contexte de réindustrialisation où la maîtrise de l’énergie redevient un enjeu stratégique.

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À Fos-sur-Mer, le nucléaire modulaire veut reconquérir l’industrie © L'EnerGeek

Un hub énergétique pour réindustrialiser sans carbone

Le 16 juillet 2026, trois acteurs aux profils disparates ont signé un mémorandum d’entente pour développer à Fos-sur-Mer un hub énergétique intégré. D’un côté, le Groupe Unitel, connu pour ses activités dans les technologies numériques et l’intelligence artificielle. De l’autre, Stellaria, start-up issue du CEA et de Schneider Electric, spécialisée dans les réacteurs nucléaires à neutrons rapides à sels fondus. Entre les deux, Énergie Hub, consortium créé par Unitel pour porter des infrastructures énergétiques stratégiques.

L’annonce intervient dans un contexte où l’industrie européenne cherche à concilier décarbonation, compétitivité et souveraineté énergétique. Fos-sur-Mer, bassin industriel historique du sud de la France, concentre des besoins énergétiques massifs et une dépendance encore forte aux énergies fossiles. Le projet propose de déployer progressivement plusieurs réacteurs modulaires de nouvelle génération, baptisés « Stellariums », pour fournir électricité bas-carbone, chaleur industrielle et services de flexibilité au réseau local.

Des réacteurs à sels fondus, promesse ou pari technologique ?

Le Stellarium repose sur une technologie de réacteur à sels fondus, filière nucléaire explorée depuis les années 1960 mais jamais déployée à l’échelle industrielle. Le principe : le combustible nucléaire est dissous dans un sel liquide, ce qui permet théoriquement de fonctionner à pression atmosphérique, de simplifier la gestion des déchets et de réduire certains risques liés aux réacteurs classiques. Stellaria affirme que son réacteur peut détruire plus de déchets qu’il n’en produit, argument souvent mis en avant par les partisans des réacteurs de quatrième génération.

Mais reprenons. Si le concept séduit sur le papier, la réalité industrielle reste à démontrer. Stellaria a déposé en décembre 2025 une Demande d’Autorisation de Création pour son installation Alpha, étape administrative indispensable mais qui n’engage en rien la viabilité économique ou technique du projet. Le groupe a signé en 2025 un premier contrat de précommande avec Equinix, géant mondial des data centers, signe d’un intérêt réel du secteur numérique pour des sources d’électricité décarbonées et continues. Reste que ce type de contrat ne garantit pas la mise en service effective des réacteurs, ni leur rentabilité à long terme.

Un modèle intégré pour contourner les faiblesses du réseau

Le projet de Fos-sur-Mer ne se limite pas à la production nucléaire. Il prévoit également le développement d’une plateforme numérique de pilotage énergétique intégrant l’intelligence artificielle. L’objectif affiché est d’optimiser en temps réel la production, la consommation, le stockage et la distribution d’énergie sur le site. Autrement dit, il s’agit de créer un micro-réseau intelligent, capable de s’adapter aux besoins des industriels sans dépendre entièrement du réseau national.

Cette approche répond à une réalité : le réseau électrique français, bien que robuste, peine à absorber les pics de demande industrielle dans certaines zones. Les réseaux locaux, souvent vieillissants, ne sont pas dimensionnés pour les besoins croissants des industries électro-intensives. En contournant partiellement cette contrainte, le hub de Fos-sur-Mer pourrait offrir une solution de court-circuit, au sens propre comme au figuré. Mais cela suppose une coordination étroite avec RTE, gestionnaire du réseau de transport, et une capacité à gérer les flux énergétiques sans créer de déséquilibres.

Une souveraineté énergétique à géométrie variable

Le discours de Kevin Polizzi, président du Groupe Unitel, insiste sur la souveraineté et la résilience. Il est vrai que l’industrie européenne a pris conscience, notamment après la crise énergétique de 2022, de sa dépendance aux importations d’énergie. Mais parler de souveraineté énergétique en s’appuyant sur des technologies encore non éprouvées, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Le nucléaire modulaire à sels fondus n’a jamais été exploité commercialement. Les délais de déploiement, les coûts réels, la gestion des déchets, la formation des opérateurs : autant de défis qui ne sont pas résolus par un simple mémorandum d’entente.

Par ailleurs, la souveraineté ne se décrète pas. Elle suppose une maîtrise complète de la chaîne de valeur, de la conception à l’exploitation, en passant par la fabrication des composants critiques. Or, Stellaria est issue du CEA et de Schneider Electric, deux acteurs français, mais cela ne garantit pas l’absence de dépendances technologiques ou industrielles à l’étranger. Le diable, comme souvent, se cache dans les détails des contrats et des chaînes d’approvisionnement.

Un test grandeur nature pour le nucléaire modulaire français

Le projet de Fos-sur-Mer constitue un test grandeur nature pour le nucléaire modulaire en France. Si Stellaria parvient à construire et exploiter ses réacteurs dans les délais et les budgets annoncés, cela pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d’infrastructures énergétiques, adaptées aux besoins des industriels et des data centers. Si, en revanche, le projet accumule les retards ou les surcoûts, il rejoindra la longue liste des promesses technologiques non tenues.

Reste que l’initiative a le mérite de poser la question de l’avenir énergétique des bassins industriels français. Fos-sur-Mer, comme d’autres zones, ne pourra pas se décarboner sans une source d’électricité massive, continue et compétitive. Le nucléaire modulaire peut-il être cette solution ? La réponse viendra du terrain, pas des communiqués de presse.

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