L’Allemagne a franchi une nouvelle étape dans la transformation de son parc électrique. Le 3 novembre 2026, Berlin a attribué des contrats portant sur 5,16 gigawatts de capacité, principalement des centrales au gaz, pour un montant global d’environ 12 milliards d’euros. L’objectif est de conserver des moyens de production mobilisables lorsque l’éolien et le solaire ne suffisent pas à couvrir la demande, selon les informations publiées par Reuters.
Ces contrats ne signifient pas que les centrales sont déjà construites ni qu’elles produiront immédiatement. Les installations concernées doivent pouvoir assurer leur rôle au plus tard en 2031. L’appel d’offres s’inscrit dans la stratégie allemande de sortie du charbon et de maintien d’une capacité électrique pilotable.
LEAG et RWE parmi les principaux bénéficiaires
LEAG, entreprise contrôlée par le groupe EP de l’homme d’affaires tchèque Daniel Křetínský, a remporté environ 3 GW de capacité. RWE a obtenu 2,12 GW et prévoit de développer trois centrales. Uniper n’a pas obtenu de capacité lors de cette première procédure, d’après les résultats rapportés.
Les aides rémunèrent la disponibilité de capacités de production, même si celles-ci ne fonctionnent pas en permanence. Les bénéficiaires doivent pouvoir intervenir pendant les périodes où les sources renouvelables variables ne fournissent pas assez d’électricité. Ce type de mécanisme répond à une question centrale pour les systèmes électriques : comment garantir la puissance nécessaire pendant les heures les plus tendues, sans maintenir toutes les centrales en production continue ?
Le montant moyen annoncé pour les attributions est d’environ 155 296 euros par mégawatt, inférieur au plafond de 244 000 euros. Les versements s’étaleront sur quinze ans. Les coûts doivent être répercutés sur les consommateurs à travers un prélèvement supplémentaire, mais le montant exact sur les factures individuelles ne peut pas être déduit du seul volume des contrats.
Un arbitrage entre sécurité d’approvisionnement et émissions
Le recours à de nouvelles centrales au gaz souligne la difficulté de remplacer les moyens pilotables dans un pays qui a déjà fermé ses derniers réacteurs nucléaires. Les énergies renouvelables peuvent produire des volumes importants sur l’année, sans garantir à elles seules une puissance suffisante à chaque instant.
La décision allemande ouvre toutefois une autre question : ces nouvelles installations auront une durée de vie économique longue alors que l’Union européenne cherche à réduire ses émissions. Leur niveau réel de fonctionnement, leur combustible et leur éventuelle adaptation future détermineront leur empreinte climatique. L’attribution de contrats de disponibilité ne constitue pas, à elle seule, une prévision du volume de gaz qui sera brûlé.
LEAG prévoit de privilégier des sites de centrales existantes dans l’est de l’Allemagne, ce qui pourrait limiter certains coûts de construction et faciliter les raccordements. Il s’agit d’une perspective industrielle annoncée par l’entreprise, dont la réalisation reste à suivre.
Cette première série d’attributions appartient à un programme plus large, estimé entre 11 et 12 GW, dont le coût potentiel pourrait atteindre 35,2 milliards d’euros. D’autres procédures sont envisagées en décembre puis en 2027. Pour les pays voisins, dont la France, l’évolution du parc allemand compte en raison des échanges transfrontaliers d’électricité, sans que cette annonce permette de prédire à elle seule les prix français.






