En Corée, impossible de trouver un radiateur collé au mur ou un poêle planté au milieu du salon. La chaleur vient pourtant bel et bien, mais elle monte du sol. Ce système s’appelle l’ondol, et il surprend presque systématiquement les visiteurs étrangers. « Les espaces de vie coréens ne sont pas encombrés de radiateurs », résume le Korea Times.
Le principe tient en une idée simple : utiliser le feu de la cuisine comme source de chauffage, sans laisser la fumée entrer dans la maison. Plutôt qu’une flamme visible au centre de la pièce, le système fait circuler les fumées chaudes dans des conduits creusés sous le plancher, directement reliés au foyer de cuisson.
« La fumée chaude passait sous le plancher et sortait par une cheminée du côté opposé de la maison », détaille le journal coréen. Le foyer, appelé agungi, restait toujours à l’extérieur de l’espace habité. L’endroit du sol le plus proche du feu, logiquement le plus chaud, devenait traditionnellement la place d’honneur de la famille.
On y mangeait, on s’y asseyait, on y dormait à même le plancher, une habitude qui explique en partie pourquoi les Coréens retirent encore leurs chaussures en entrant chez eux.
Un système vieux de plusieurs millénaires, affiné sous les Trois Royaumes
Les premières traces archéologiques de l’ondol remontent à l’âge du bronze, vers 900 avant notre ère. Le système s’est ensuite généralisé pendant la période des Trois Royaumes, entre 57 avant J.-C. et 668 après J.-C., et son principe de fonctionnement n’a quasiment pas changé depuis. Le Korea Times, dans un article publié en 2021, estimait qu’« aucun système n’était tout à fait comme cette méthode ingénieuse et économe en énergie développée en Corée ».
Son efficacité a longtemps étonné les étrangers de passage, parfois jusqu’à l’excès. L’historien Laurent Quisefit, cité par Linternaute, raconte que l’hospitalité coréenne poussait les hôtes à offrir le meilleur chauffage possible à l’honorable voyageur étranger, quitte à le ‘cuire’.
Après la guerre de Corée (1950-1953), le bois s’est fait rare. Les foyers sont alors passés aux briquettes de charbon, les yeontan, bon marché mais dégageant du monoxyde de carbone. Elles ont provoqué chaque hiver des intoxications, parfois mortelles.
Du charbon aux planchers chauffants modernes
Le dispositif a fini par se moderniser : les anciens conduits de fumée ont cédé la place à des tuyaux d’eau chaude, alimentés au gaz ou à l’électricité, qui répartissent la chaleur de manière uniforme dans toute la pièce. Le principe reste le même, chauffer depuis le sol plutôt que dépendre de radiateurs muraux, mais le pilotage se fait désormais par thermostat.
Cette invention coréenne a dépassé largement les frontières de la péninsule. « Bien avant la K-pop, l’une des premières exportations technologiques et créatives de la Corée fut le système de chauffage par le sol ondol », écrit le Korea Times. L’architecte américain Frank Lloyd Wright, connu pour ses lignes épurées, s’en serait inspiré pour certains de ses projets aux États-Unis, toujours selon le média coréen.
En France, le plancher chauffant hydraulique installé dans certains logements repose sur une logique comparable. Associé à une pompe à chaleur et réglé à basse température, il peut offrir un confort homogène, mais les économies d’énergie ne sont pas automatiques : elles dépendent de l’isolation du logement, de la température de l’eau et de la régulation du système.
Le chauffage pèse pour environ 60 % de la consommation électrique d’un foyer français, et baisser le thermostat d’un seul degré sans perdre en confort peut représenter jusqu’à 7 % d’économie sur la facture.
Reproduire un ondol ancien, avec son foyer et ses conduits de fumée sous le plancher, reste en revanche une opération à ne pas improvisation : les risques d’incendie et d’intoxication au monoxyde de carbone imposent une conception professionnelle.






