En octobre 2026, l’Inde a produit beaucoup plus d’électricité, mais a aussi accru fortement sa dépendance aux centrales à charbon. Selon les données quotidiennes du gestionnaire de réseau Grid-India analysées par Reuters le 1er novembre, la production au charbon a augmenté de 25,7 % sur un an, sa progression la plus rapide depuis trois ans. Dans le même temps, l’hydroélectricité a reculé de 26 %.
Cette divergence illustre un problème central de la transition électrique : augmenter la capacité solaire ne suffit pas toujours à satisfaire une consommation qui progresse vite, particulièrement lorsque la production hydraulique faiblit et que les besoins se prolongent après le coucher du soleil.
Le charbon fournit désormais près de 72 % de l’électricité indienne
La production totale d’électricité a atteint 172,53 milliards de kilowattheures en octobre, soit 21,1 % de plus qu’un an auparavant. Le charbon a représenté 71,7 % de cette production, contre 66,03 % en septembre. L’accélération de l’activité industrielle a contribué à la demande, tandis que les précipitations insuffisantes, associées à l’épisode El Niño, ont limité l’apport des barrages.
Le recul de 26 % de la production hydroélectrique est le plus marqué depuis février 2024, d’après les calculs publiés par Reuters. Pour les exploitants du réseau, cette perte de production pilotable complique l’équilibre entre offre et demande, notamment aux heures où les panneaux photovoltaïques ne produisent plus.
Le solaire progresse de 62 %, mais sa part reste insuffisante
La poussée du charbon intervient pourtant au cours d’un mois favorable aux renouvelables : leur production a augmenté de 34,7 %, à 26,61 milliards de kilowattheures, portée par un bond de 62 % du solaire. Ces chiffres montrent que les deux phénomènes peuvent se produire simultanément. Lorsque la consommation totale augmente plus vite que certaines sources bas-carbone disponibles aux heures critiques, les centrales thermiques prennent le relais.
La part des renouvelables considérées dans ce décompte est ainsi descendue autour de 15 % de la production totale, contre 17 % en septembre. Une hausse en volume ne garantit donc pas une progression de la part relative dans le mix électrique. L’enjeu porte aussi sur la disponibilité de l’électricité, son transport et la possibilité de la déplacer d’une heure à l’autre grâce aux batteries ou à d’autres moyens de stockage.
Des stocks de charbon sous tension, malgré une amélioration des livraisons
La forte sollicitation des centrales a pesé sur leurs réserves de combustible. À un moment du mois d’octobre, 100 des 191 centrales à charbon suivies présentaient des stocks classés comme critiques. Le gouvernement indien a ensuite accéléré les livraisons, ce qui a contribué à détendre la situation. Des informations communiquées fin octobre par les autorités faisaient état d’un rythme d’approvisionnement de 2,6 millions de tonnes par jour.
En septembre, les pénuries d’électricité avaient atteint 560 millions de kilowattheures, leur niveau le plus élevé depuis août 2023. Elles se sont quelque peu atténuées à la fin d’octobre, avec l’augmentation de la production au charbon et le retour de températures moins élevées. Les séries de données de réseau compilées pour le Gujarat illustrent néanmoins la vigueur de la demande industrielle : la consommation quotidienne moyenne y a dépassé celle d’octobre 2025 de près d’un tiers.
Une difficulté qui dépasse le seul cas indien
Le cas indien souligne la différence entre capacité électrique installée et production effectivement disponible. Une centrale solaire peut fournir davantage d’énergie sur l’ensemble d’un mois sans couvrir le pic de consommation du soir ; une baisse des apports hydrauliques réduit en parallèle les possibilités d’ajustement. Le renforcement des réseaux, du stockage et des autres moyens de production flexibles devient alors déterminant pour limiter le recours aux combustibles fossiles.
Pour l’Inde, le prochain enjeu sera de répondre à la croissance de la demande sans transformer chaque épisode de faibles précipitations en nouvelle accélération de la production charbonnière. Les chiffres d’octobre rappellent que la décarbonation se mesure dans l’électricité réellement fournie, à chaque heure, et pas seulement dans les capacités renouvelables mises en service.






