La production agricole française, au cœur de la transition énergétique ?

Les prix à la pompe s’envolent, tout comme la dette. L’examen du budget 2027 rappelle les débats de 2026, avec la recherche de nouvelles recettes. Menacée de nouvelles taxes, la filière biocarburants mettait déjà en avant son rôle pour le pouvoir d’achat et le climat. Un enjeu plus actuel que jamais alors que de nouvelles négociations réglementaires s’ouvrent pour la filière en France et en Europe.

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La production agricole française, au cœur de la transition énergétique ? © L'EnerGeek

Les prix à la pompe s’envolent, tout comme la dette. L’examen du budget 2027 rappelle les débats de 2026, avec la recherche de nouvelles recettes. Menacée de nouvelles taxes, la filière biocarburants mettait déjà en avant son rôle pour le pouvoir d’achat et le climat. Un enjeu plus actuel que jamais alors que de nouvelles négociations réglementaires s’ouvrent pour la filière en France et en Europe.

Dans les stations-service de l’Hexagone, la réalité économique s’impose chaque jour avec une sévérité accrue. Alors que gazole et sans-plomb s’affichent durablement au-delà du seuil des 2 euros le litre, l’exécutif a dû acter au début du mois d’octobre, de concert avec ses partenaires du G7, la libération d’une partie des réserves stratégiques de pétrole pour tenter d’enrayer la poussée des cours. Les longues files d’attente constatées devant les stations TotalEnergies, seule major en capacité d’amortir temporairement le choc sur ses marges en plafonnant ses tarifs, illustrent à quel point le coût des carburants est redevenu le premier motif d’asphyxie pour le budget des ménages et des entreprises de transport.

C’est dans ce climat de tension sociale que s’ouvre l’examen du projet de loi de finances (PLF). Confronté à une dette publique qui dépasse désormais les 3 200 milliards d’euros, l’État s’est engagé dans une quête de 54 milliards d’euros d’économies et la recherche de nouvelles rentrées fiscales. Cet exercice ravive le souvenir de l’automne dernier, quand, parmi d’autres pistes, le gouvernement avait envisagé de relever la fiscalité du superéthanol-E85 de 380 % et celle du B100 de 400 %, avant que le Parlement ne rejette la mesure à la suite des vives alertes de la FNSEA et des professionnels du secteur, qui craignaient tant pour leur filière que pour le pouvoir d’achat des Français – tandis que la question écologique semblait avoir été reléguée au second plan du débat politique.

C’est précisément à cette intersection que la filière française des biocarburants cherche à faire entendre sa voix. En maintenant un carburant comme l’E85 aux alentours de 0,90 euro le litre, le secteur entend démontrer qu’il constitue un amortisseur direct pour le pouvoir d’achat tout en assurant une réduction effective des émissions de carbone. Mais pour inscrire cet outil industriel dans la durée et inciter les transporteurs routiers à convertir leurs flottes, les acteurs agricoles et industriels réclament une sortie de l’instabilité fiscale récurrente. Un besoin de visibilité qui passe, selon eux, par la fixation dans la loi de taux d’incorporation minimaux de biocarburants en vue de 2027.

L’équation industrielle du double usage agricole

Pour la filière, c’est aussi la survie des 99 sites de transformation répartis sur le territoire national qui est en jeu. Au-delà des usines, cette activité offre un débouché diversifié et régulier à 120 000 exploitants agricoles, tout en pérennisant 30 000 emplois spécialisés ancrés au cœur des régions de grande culture. La transformation des graines oléagineuses ne se limite d’ailleurs pas à la seule extraction de carburant, elle s’appuie sur une co-production : chaque hectare mobilisé pour ces cultures fournit simultanément de l’huile destinée aux biocarburants et des tourteaux à haute valeur protéique réservés à la nutrition animale. Les volumes travaillés en France permettent au pays de couvrir 55 % de ses besoins en protéines végétales, un niveau nettement supérieur à la moyenne de l’Union européenne qui plafonne à 30 %.

À l’autre bout de la chaîne, dans le domaine de la mobilité, les biocarburants de deuxième génération et les carburants durables pour l’aviation (SAF) apportent des réponses immédiates. Ces carburants s’incorporent directement dans les moteurs et les réseaux de distribution existants, évitant le remplacement prématuré des flottes terrestres et aériennes. En analyse de cycle de vie, ces alternatives réduisent les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 80 % à 90 % en comparaison avec les combustibles fossiles de référence.

Un calendrier politique décisif et le risque d’une rupture stratégique

Pour transformer ces avancées environnementales en une trajectoire industrielle durable, l’agenda réglementaire des prochains mois sera déterminant. L’examen du projet de loi de finances réinterrogera la fixation de la taxe incitative à l’incorporation des carburants renouvelables (TIRUERT). La définition de taux d’incorporation minimaux clairs et inscrits dans la durée constitue le levier attendu par les professionnels pour sécuriser les investissements et stabiliser le cadre fiscal en vue de 2027.

Cette recherche de lisibilité nationale s’articule avec un calendrier européen tout aussi dense. L’Union européenne doit trancher sur la liste exacte des matières premières éligibles en lien avec la directive RED III, un arbitrage décisif pour la valorisation des cultures intermédiaires dans les rotations agricoles. Parallèlement, la clause de revoyure de l’initiative ReFuelEU Aviation, prévue pour le début de l’année 2027, fixera les modalités d’ajustement des mandats d’incorporation des carburants de synthèse (e-SAF), dessinant la complémentarité entre la biomasse et les électro-carburants.

À ces rendez-vous politiques s’ajoute la question de la régulation du marché mondial. En 2023, l’importation sur le Vieux Continent de 3 millions de tonnes d’huiles faussement présentées comme usagées en provenance de Chine, représentant environ 20 % de la consommation européenne de biocarburants, a mis en évidence la vulnérabilité du secteur face aux flux frelatés. Pour la filière tricolore, le renforcement des contrôles aux frontières demeure une condition essentielle pour éviter les distorsions de concurrence vis-à-vis des productions soumises à une traçabilité rigoureuse.

L’enjeu de ces arbitrages dépasse le seul cadre de la politique énergétique. Fragiliser l’outil français de trituration risquerait de stopper net la co-production d’huile décarbonée et d’alimentation animale locale. Une telle rupture contraindrait l’élevage national à combler son déficit protéique par des importations accrues de soja d’Amérique du Sud, déplaçant l’empreinte écologique du pays vers des zones exposées à la déforestation tropicale. La capacité des pouvoirs publics français à offrir un cadre réglementaire cohérent et pérenne déterminera ainsi le rôle et la place souhaités pour son activité agricole.

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