Technologies propres : l’Asie du Sud-Est pourrait dépasser 80 milliards de dollars de marché en 2035

Le marché des technologies propres en Asie du Sud-Est pourrait plus que tripler d’ici 2035, selon un scénario de l’Agence internationale de l’énergie. La montée des batteries et des véhicules électriques ouvre des perspectives industrielles, mais accentue les enjeux de dépendance aux fournisseurs étrangers.

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Technologies propres : l’Asie du Sud-Est pourrait dépasser 80 milliards de dollars de marché en 2035 © L'EnerGeek

Le marché des principales technologies propres en Asie du Sud-Est, évalué à environ 25 milliards de dollars en 2025, pourrait dépasser 80 milliards en 2035. Cette trajectoire figure dans le rapport publié le 26 octobre par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Elle correspond à son scénario fondé sur les politiques déclarées des États : dans celui qui ne retient que les politiques actuellement en vigueur, le marché atteindrait plutôt 55 milliards de dollars.

Le changement d’échelle concerne les voitures électriques, les batteries, les équipements solaires et éoliens, mais aussi les pompes à chaleur et les électrolyseurs. Il place les pays de la région devant une double question : comment répondre à une demande d’électricité croissante et quelle part de la valeur industrielle conserver sur leur territoire ?

Les batteries prennent le relais du solaire dans les investissements

La consommation d’électricité en Asie du Sud-Est a progressé de plus de 70 % depuis 2015, selon l’AIE. L’électrification des transports y gagne du terrain : à la fin du troisième trimestre 2026, plus d’une voiture vendue sur quatre dans la région était électrique. Dans le scénario des politiques déclarées, les nouvelles capacités annuelles de solaire et d’éolien pourraient presque tripler au cours de la prochaine décennie pour atteindre environ 26 gigawatts par an.

La transformation est également industrielle. La région dispose d’environ 40 gigawattheures de capacité annuelle installée de fabrication de cellules de batteries en 2025. Les projets annoncés pourraient porter ce chiffre à plus de 100 gigawattheures en 2030. Pour les voitures électriques, la capacité de production annoncée passerait d’environ un million de véhicules en 2025 à 1,8 million en 2030. Ces chiffres décrivent des capacités et des projets, et non des volumes de fabrication déjà acquis.

Le photovoltaïque suit une trajectoire différente. L’Asie du Sud-Est dispose d’une capacité de fabrication de modules supérieure à trois fois sa demande régionale actuelle. Mais elle est passée du deuxième au troisième rang mondial des fabricants, derrière la Chine et désormais l’Inde. La surcapacité mondiale et les changements de droits de douane américains ont freiné les investissements. Selon l’analyse détaillée de l’AIE, les investissements manufacturiers dans les technologies propres de la région ont reculé depuis leur sommet de 2023, tandis que ceux consacrés aux voitures électriques et aux batteries ont continué de progresser.

Une diversification industrielle encore étroitement liée à la Chine

L’essor de nouvelles usines en Thaïlande, au Vietnam, en Indonésie ou en Malaisie pourrait élargir les sources mondiales d’approvisionnement. La Chine reste néanmoins au cœur de cette expansion. Elle représente, selon les estimations de l’AIE, environ 30 % des investissements étrangers cumulés dans la fabrication régionale de technologies propres entre 2015 et 2025.

Les constructeurs dont le siège se trouve en Chine exploitent environ la moitié des capacités de production de voitures électriques installées dans la région. Ils portent aussi plus de 70 % des capacités supplémentaires annoncées d’ici 2030. Dans les cellules de batteries, les entreprises chinoises contrôlent déjà un peu plus de la moitié des capacités régionales ; leur part approcherait les trois quarts si tous les projets recensés aboutissaient.

Les écarts de coûts expliquent une partie de cet intérêt industriel. L’AIE estime que produire des batteries en Asie du Sud-Est coûte actuellement environ 10 % de plus qu’en Chine, mais 25 % de moins que dans l’Union européenne. Cette compétitivité pourrait faire de la région une base d’exportation plus importante, notamment vers l’Europe, l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour les véhicules électriques.

La sécurité énergétique dépend aussi des chaînes de fabrication

La dépendance ne concerne plus uniquement les importations de pétrole et de gaz. Elle porte également sur les cellules, les matériaux actifs, les composants et les équipements nécessaires à l’électrification. Lors de la Singapore International Energy Week, le 27 octobre, le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a souligné le risque lié à la concentration de ces chaînes d’approvisionnement entre un petit nombre de pays, selon Reuters.

La région possède des ressources minérales, des sites industriels et des coûts de production qui peuvent soutenir une diversification. L’AIE relève cependant que les stratégies nationales arbitrent entre l’accès rapide à des équipements importés abordables et la constitution de filières locales créatrices d’emplois. Les investissements, les transferts de technologie et la solidité des débouchés détermineront la place réelle de l’Asie du Sud-Est dans la fabrication mondiale des technologies énergétiques.

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